Association Nationale des Communistes

Forum Communiste pour favoriser le débat...

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Agenda |  Adhésion

Accueil > Voir aussi > Billets d’humeur > Liberté d’expression : pas pour tout le monde ! Comme quoi, n’est pas Charlie (...)

Liberté d’expression : pas pour tout le monde ! Comme quoi, n’est pas Charlie qui veut.

Un #Députédelahonte porte plainte pour diffamation, en guise d’appel au calme

dimanche 20 décembre 2020 par Nicolas Gary

Au lendemain du vote à l’Assemblée nationale de la loi Sécurité globale, trente dessinatrices et dessinateurs prenaient les armes. La seule qu’ils connaissent : le dessin. Et voici qu’étaient exprimés, sur la place publique du net, les portraits des 380 députés qui s’étaient exprimés en faveur de la législation. Cela, juste avant que leurs portraits ne soient exposés dans les rues, à l’occasion de la manifestation du 28 novembre contre ladite loi. Un mois et demi plus tard, les représailles fusent.

Ils avaient été qualifiés de « députés de la honte », pour avoir entériné une législation liberticide, sans avoir sourcillé. Et pour les créateurs, cette position nécessitait que les citoyens soient informés, mieux informés. Pour ce faire, les 30 dessinateurs avaient choisi d’illustrer le vote, dont le détail est public, avec 380 représentations — ni caricature ni satire : juste une représentation.
Parce que cette fois, c’en était trop.

« Imaginer que des députés LREM s’accordent avec des représentants Front national, c’est le monde à l’envers : on avait élu Macron pour faire barrage au FN, et désormais, Marine Le Pen se félicite de la législation approuvée ? » , s’interrogeait Loïc Sécheresse dans nos colonnes.

retrouver le site Députés de la honte

Les députés avaient majoritairement ignoré cette démarche — à la marge, quelques-uns avaient joué aux margoulins, allant jusqu’à la violation du droit d’auteur, par pure provocation. Terreur graphique et Cy avaient dû manifester patience et pédagogie pour arriver à faire entendre raison — et encore, avec des résultats peu probants. La dessinatrice avait même pointé les conséquences juridiques.

Ainsi, « ce sont des députés de cour d’école. Soit ils ignorent qu’en modifiant nos dessins, même à la marge, ils commettent une violation du droit moral, soit… » Un bref silence valait ici mieux qu’un grand dessin. Mais d’ajouter, auprès de ActuaLitté : « Dans les faits, la députée Laurianne Rossi avait tout à fait le droit de reprendre mon dessin : nous avons à ce titre accompagné d’un guide tous les dessins, en précisant dans quel contexte et comment ils pouvaient être réutilisés. Qu’elle décide de s’en servir comme photo de profil en supprimant la mention “a voté pour la loi sécurité globale”, cela en fait une contrefaçon. Point. »

Diffamation et intimidation

Pour l’heure, aucune procédure n’avait été intentée par les auteurs lésés. En revanche, du côté des parlementaires, Jacques Maire, député de la 8e circonscription des Hauts-de-Seine, n’a pas une seconde hésité. Et voici comment l’on passait des 380 « députés de la honte » au « député de la honte bue ».

Le Parisien nous apprenait ce 16 décembre qu’un enseignant d’histoire de l’art, à Meudon, avait été convoqué par la police, pour avoir diffusé le dessin de Quentin Faucompré — lequel représentait ledit député. « Je voulais informer les Meudonnais, leur dire que leur député avait voté cette loi, car contrairement à ce qui est dit, il n’est pas si simple de retrouver sur le site de l’Assemblée nationale qui a voté quoi », notait l’enseignant.

De fait, Jacques Maire avait clamé haut et fort et sur Twitter qu’il n’entendait pas laisser ainsi des trublions se jouer de lui. Et portait plainte pour « acte d’intimidation envers un élu public », mais également « diffamation envers un fonctionnaire dépositaire de l’autorité publique ». Diable, on ne plaisante plus. « Je défends la caricature. Mais la placarder à [Meudon] et la relayer de façon injurieuse sur les Réseaux Sociaux relève de la stigmatisation publique classique pratiquée par l’extrême droite. Combattons les idées, pas les personnes. Plainte contre X transmise au Parquet. »

« La réaction de ce député est frappante, il prive les gens de leur liberté d’expression, surenchérit son avocat. Ce portrait dit une simple information, que ce soit qualifié de diffamation est ubuesque, je n’ai jamais vu ça », affirme Me Moad Nefati, l’avocat de l’enseignant. Mais le député estime que « #députédelahonte, c’est juridiquement une insulte et c’est nous désigner à la vindicte publique, appuie le parlementaire. Ce qui peut être au début un acte militant banal peut aussi, dans cette période violente, dégénérer. Des gens pourraient le prendre au pied de la lettre ».

Et d’affirmer que sa plainte est pour « adresser un message de retour au calme ». Et le Parquet de Nanterre se retrouve donc avec la responsabilité d’imposer par une possible condamnation ce retour au calme — de toute évidence, la méthode était la plus adaptée.

Sur LCI, il avait d’ailleurs insisté sur sa « [soumission] à la caricature et la transparence est une exigence ». Pour autant, le dessin de Quentin Faucompré et sa diffusion aurait eu pour intention « de faire une pression individuelle, pas uniquement politique, mais aussi mentale et psychique sur les élus de façon à influencer leur vote ». Pas du tout de faire œuvre de pédagogie auprès du public, pour l’informer des décisions prises en son nom par ses représentants parlementaires.

Kamehameha !

En revanche, le député va pouvoir goûter durant les prochains jours au fameux effet Streisand : en imaginant qu’une plainte pour diffamation, procédé relativement violent, aurait pour effet d’apaiser les uns et les autres, il s’est peut-être fourvoyé.

Car la réaction a été foudroyante : sur la page Facebook de Quentin Faucompré, les dessins ont afflué en soutien. Les 30 dessinateurs engagés dans « les députés de la honte » et d’autres, ont publié des dessins du député Jacques Maire, cette fois moins gracieux. Tenter d’étouffer le dessin par une plainte aura généré un retour de flamme : en s’aventurant sur le terrain judiciaire, Jacques Maire a déclenché un mouvement spontané des dessinateurs. Et des dessins à foison ont ainsi germé.

« Chacun, suite au dépôt de plainte, participe selon son envie. Il nous reproche de le jeter en pâture à la vindicte populaire, tout en nous classant dans le même camp que des terroristes — répétant à tour de bras, “Je suis Charlie”, ce qui n’a aucun sens », nous explique-t-on. Quentin Faucompré précisait d’ailleurs, ce 18 décembre : « Suite à la plainte du député Jacques Maire, nous allons être quelques-uns à refaire son portrait ce soir et à ajouter qu’il n’a pas honte. »

Morvandiau, Jean-Christophe Menu, Killofer, Loïc Sécheresse, Charles Pennequin ou encore Éric Pessan se sont engouffrés.

Et le dessinateur souligne : « M. Jacques Maire, l’un des 388 députés portraiturés (dont Marine Le Pen) pour avoir voté la loi d’extrême droite dite de Sécurité Globale, a porté plainte pour diffamation, insulte (pour l’expression" député de la honte »), acte d’intimidation, à propos de la diffusion de son portrait. Une loi dénoncée comme liberticide par la Ligue des Droits de l’Homme et Amnesty International.

Cerise sur le pompon, François de Vergnette, défenseur des Droits de l’Homme, professeur d’histoire de l’art et militant écologiste, a été convoqué ce jeudi au commissariat de Meudon pour avoir twitté le portrait du député, accompagné du hashtag #députédelahonte. Prenons alors au mot le député et confirmons qu’il a voté sans honte cette loi d’extrême droite. »

Joint par ActuaLitté, Quentin Faucompré évoque « une plainte bizarre et ridicule, à tous les niveaux. Notamment parce que cette attaque est centrée sur la diffusion de l’image. Or, toute l’ironie de la chose réside dans les reproches qui nous sont adressés : nous aurions utilisé des méthodes de l’extrême droite, alors que l’on parle d’une loi d’extrême droite qui a été votée ».

La lepénisation des esprits... en marche

Voilà qui entraîne un effet domino, « avec une mise en abîme qui nous permet au contraire de continuer de parler de ce texte. Avec un comportement révélateur. Notre action était factuelle, sans rien d’agressif. La réponse du député me rappelle cette expression courante des années 90 : on parlait de « lepénisation des esprits ». Aujourd’hui, le terme a disparu, parce que ce qui en découle a été assimilé ».

Robert Badinter fut le premier à se servir de cette « lepénisation », concernant la loi Debré de 1997. Elle dénonçait alors les mécanismes insidieux de l’extrême droite, et le fait que les thèses du leader du Front national se propageaient dans le tissu national – y compris les discours politiques.

« Cela implique les violences policières, la répression, la restriction des libertés… ou encore que l’on accepte de plus en plus les outils de contrôle, de surveillance, la stigmatisation et les expulsions », relève le dessinateur. « Personnellement, je me sens souillé et insulté, par ce gouvernement. Pour un peu, ils nous traiteraient de droitdelhommistes », un néologisme péjoratif, dont Jean-Marie Le Pen avait fait son miel… dès 1997.

Une loi "liberticide", ce n’est pas rien

« La plainte, cela va de pair avec le comportement des députés qui avaient repris les dessins, en les découpant, pour illustrer leur profil Twitter. Cela montre à quel point ils tentent de récupérer notre action pour la tourner à leur avantage. Sauf que nous, on n’en veut pas de leur loi d’extrême droite. Et on a pointé l’un de ses articles, mais il y en a pas mal d’autres qui sont scandaleux. D’ailleurs, qu’Amnistie internationale et la Ligue des Droits de l’Homme la qualifient de liberticide, ce n’est pas rien. »

D’autant que depuis la diffusion des portraits, les dessinateurs en ont entendu des vertes et des pas mures. « Les insultes ont fusé : on nous a traités de Khmers rouges, de fascistes… voire, d’être téléguidés par la France Insoumise. C’est débile : nous avons agi comme citoyens, en toute indépendance. »

Depuis l’annonce du dépôt de plainte, le député Jacques Maire n’a pour autant pas pris contact avec le dessinateur. « Depuis deux semaines, nous réfléchissions à la manière dont nous répondrions à cette plainte. Tout s’est vraiment enclenché en découvrant qu’un enseignant avait été convoqué. Maintenant, toute la procédure peut continuer dans l’absurde… ou s’arrêter net. »
Au Tribunal de Nanterre de définir la suite des événements.

photo d’illustration PublicDomainPictures CC 0


Voir en ligne : https://actualitte.com/article/9799...

   

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?