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jeudi 18 février 2021

Cercle Manouchian Marseille : Présentation du livre de Rachida BRAHIM : La race tue deux fois

Une histoire des crimes racistes en France de 1970 à 2000

Pour participer :
Au local soirée suivie d’une collation « tirée du sac »
Par visioconférence Zoom
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ID de réunion : 951 1254 7557
Code secret : 022806

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« La race tue deux fois », de Rachida Brahim, un complexe français

Rachida Brahim est chercheuse associée au Laboratoire méditerranéen de sociologie. Son livre « La race tue deux fois », paru en janvier, est un prolongement d’une thèse soutenue en 2017. Elle y rappelle combien la haine raciste peut s’avérer meurtrière dans un pays en paix.

« À nos défunts ». Cette dédicace, tout comme l’introduction, dit avec une sincérité et un engagement personnel rarement exprimés dans les sciences humaines, d’où parle l’autrice de ce livre : « Sur les parois de mon cervelet subsiste le tracé d’une langue que je ne sais ni lire ni écrire. (…) Le racisme postcolonial est un long désastre qui sait taire sa source. Il puise sa force dans l’anéantissement de notre historicité. »

L’objet de sa recherche est le racisme anti-maghrébin et la violence qu’il libère, du début des années 1970, très marqué encore par le souvenir de la guerre d’Algérie, à celui des années 2000. Ou, pour le dire autrement, de la loi Pleven de 1972, « pilier de la législation antiraciste française », qui condamne l’expression du racisme, mais non la violence qu’il déchaîne, à la loi de 2003, qui pour la première fois en France considère le mobile raciste comme circonstance aggravante d’une agression si toutefois son auteur l’a clairement exprimé.

35 victimes par an pendant trente ans

D’un point de vue statistique, sur une période comparable (1970-1997), Rachida Brahim a pu dénombrer quelques 731 crimes racistes - dénoncés comme tels par les victimes ou leurs proches, ou par des associations, non directement par l’État puisqu’il n’en reconnaît pas l’existence. Trois régions sont particulièrement touchées, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Île-de-France et Rhône-Alpes, et le bilan est lourd : 353 morts et 610 blessés, soit une moyenne de 35 victimes par an.

Ces violences sont de trois types, idéologique, avec des liens politiques à des groupuscules terroristes ou au Front national, situationnel, c’est-à-dire en réponse « à la nécessité de se protéger contre la menace qu’incarnait à ses yeux un Maghrébin » ou disciplinaire, autrement dit impliquant des représentants de l’autorité publique.

La première partie, qui décrit de nombreux « faits divers », plongera quelques lecteurs dans la sidération. Rachida Ibrahim revient longuement sur l’été 1973, quand, à la suite du meurtre d’un chauffeur de bus par un Algérien souffrant de troubles psychiatriques sévères, on assiste à un véritable déchaînement de violence, une cinquantaine d’agressions faisant 17 morts entre le 25 août et le 14 décembre. Ce jour-là, une bombe explose au consulat général d’Algérie de Marseille, faisant 4 nouveaux morts et une vingtaine de blessés.

Nommer pour combattre

L’été 1973 inspire à Yves Boisset le film Dupont Lajoie, boudé par la critique en France, mais récompensé par un Ours d’argent à la Berlinale en 1975. Pour autant, cet acmé de violence aussitôt perçu comme une réplique de la guerre d’Algérie retombe bien vite dans l’oubli. Il est peu conforme à l’image tautologique que la France aime à donner d’elle-même, celle du pays des Droits de l’homme où le racisme ne peut pas exister puisqu’il est incompatible avec ses valeurs universalistes.

Rachida Brahim montre que ce déni constant est en contradiction avec la politique racialiste de l’immigration qui se durcit après la crise pétrolière de 1973. Bien sûr, le livre du journaliste italien Fausto Giudice, intitulé Arabicides  : une chronique française 1970-1991, a ouvert la voie en 1992. S’y ajoute l’excellent essai d’Yvan Gastaut, L’Immigration et l’opinion en France sous la Ve République, paru en 2000, qui montre comment, pendant et après la guerre d’Algérie, la figure du Maghrébin est devenue une obsession du racisme hexagonal.

Tout récemment, la romancière Dominique Manotti a publié Marseille 73, éclairant ce qui constitue toujours un véritable lieu d’oubli. Le livre de Rachida Brahim arrive à point nommé alors que les mobilisations se sont multipliées ces derniers mois pour que soit mieux nommé et condamné le racisme en France. « Reconnaître que l’idée de race, écrit Rachida Brahim, puisse encore déterminer des trajectoires sociales, c’est enfin faire preuve de lucidité ».

La race tue deux fois, a-t-elle posé en titre, physiquement d’abord, puis par le déni de l’État censé œuvrer pour la justice. En redonnant un nom aux victimes, en énonçant « ce que partagent les morts » et « ce que disent les vivants », elle rompt avec ce qui s’énonce comme une troisième mort : le silence et l’oubli.

► Rachida Brahim, La race tue deux fois, une histoire des crimes racistes en France (1970-2000), Syllepses, 2021. 18€


Voir en ligne : https://www.msn.com/fr-fr/actualite...

   

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