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Élections, miroir de la société ?

lundi 18 avril 2022 par Francis Arzalier (ANC)

Ainsi, Monsieur Macron a obtenu le 10 avril ce qu’il voulait, un second tour face au Rassemblement National, de façon à être reconduit dans sa fonction de Président, malgré le mécontentement populaire. Lui et ses acolytes des médias travaillaient à ce résultat depuis 2017, en achevant de discréditer les partis politiques, vecteurs auparavant du débat citoyen, jusqu’à mener les plus exploités à s’abstenir massivement, puisque selon ces escrocs politiciens qui se disent porteurs de la « Démocratie « , à quoi servirait de voter puisque toute politique est pourrie, sauf celle qu’ils pratiquent, évidemment.

Leur soit-disant Démocratie française se limite donc pour les Français, soigneusement manipulés par une armée de préposés à la parole, à choisir périodiquement un chef qui aura tout pouvoir pour 5 ans, aidé par une majorité de députés-godillots, élus dans sa foulée pour lui donner blanc-seing.

Ce cérémonial biseauté d’élections a permis en 2017 de donner tout pouvoir à Macron, qui n’avait pourtant recueilli sur son nom qu’un électeur sur 4 à peine, et s’apprête à le refaire en 2022, n’ont pas pour but d’exprimer la volonté des citoyens, mais de le faire croire. Ce qui ne signifie en rien qu’elles n’ont aucune importance, et qu’il soit futé de laisser en s’abstenant les pires prédateurs aggraver notre sort.

Mais elles ne sont qu’un moment de l’histoire du pays, de ses luttes sociales et politiques, et il en connaîtra demain bien d’autres, plus décisives quand la majorité des citoyens sera convaincue de devoir les imposer.

S’il ne faut pas sacraliser les échéances électorales, tout scrutin est révélateur des forces qui agitent l’opinion, il faut l’analyser, car ils est un miroir plus pertinent que les sondages, trop souvent manipulés par ceux qui les financent, et qui sont de toute façon des prévisions qui se révèlent parfois fausses.

Quelques pistes de réflexion en ressortent, les unes sont des constats négatifs, et d’autres positifs au contraire.

1/ le volume des abstentions est important, un citoyen sur trois environ se détourne des urnes, estimant cette élection non représentative de l’opinion, ou persuadé du refrain « tous pourris », militants bénévoles et politiciens professionnels, ce qui, dans les deux cas, revient à laisser décider les « élites » auto désignées.
Mais le plus dramatique dans ce constat, est que cette masse de citoyens qui ne veulent plus l’être sont essentiellement les plus jeunes et les moins fortunés. Cette exclusion de fait d’une partie des milieux populaires n’est pas spécifique à la France, les USA la connaissent depuis longtemps, les quartiers noirs et latinos les plus pauvres ne votent guère, mais ce mal est devenu plus massif en notre pays en 20 ans, un effet direct de la « contre-révolution idéologique libérale.

2/ le second phénomène négatif est la croissance de l’extrême-droite, dont les deux candidats majeurs recueillent les suffrages de près du tiers des électeurs, et surtout de l’idéologie d’extrême-droite, puisque les idées xénophobes qui sont leur marque de fabrique, faisant des immigrés et des musulmans, les boucs émissaires accusés de tous les maux, ont été complaisamment reprises par la candidate des Républicains.

Cette croissance de l’extrême-droite est un processus ancien : sous le règne de Mitterrand, les stratèges du PS avaient déjà imaginé que gonfler délibérément l’électorat Le Pen était « le moyen adéquat d’éviter la Droite au pouvoir. »

Bien d’autres inconscients ont fait depuis le même raisonnement électoraliste, Sarkozy, Chirac, et, finalement le poulain du CAC40 en 2017, Macron, qui nous rejoue le même scénario malhonnête en 2022 : « Moi ou le Rassemblement National ! ».

Faut-il le répéter encore ? Il est hors de question de mêler nos bulletins aux sectateurs de Zemmour et des Le Pen (Marine et sa nièce Marion) qui prônent la xénophobie anti-migrants et anti-Musulmans, menacés par eux de discrimination, et d’expulsion.
Ils sont les héritiers directs de Pétain et Laval, qui en 1942, livrèrent les Juifs « étrangers » aux Camps d’extermination nazis en même temps qu’ils cédaient à la Wehrmacht occupante les emprisonnés communistes comme otages à fusiller.

Et, plus près de nous, l’aurait-on oublié, ils sont les émules des tueurs racistes et anticommunistes de l’OAS, et des tortionnaires en Indochine et Algérie, dont s’honore d’avoir été le père de Marine.

Pour ceux qui l’auraient oublié, ces avatars policés du Fascisme d’antan rêvent toujours d’une France expurgée par la loi et la force des militants syndicalistes et communistes. Leur passé éclaire le présent et l’avenir qu’ils nous préparent, guerre civile entre Français d’origine diverse.
Comment pourrait-on s’aveugler en avalant leurs promesses lénifiantes d’accroître le bien être des plus pauvres, alors qu’il a coulé depuis un siècle des flaques de sang entre nous ?

Aucun raisonnement ne pourrait justifier que l’un d’entre nous vote pour Marine Le Pen !

3/Le troisième fait marquant de ce scrutin du 10 avril est l’accomplissement, presque définitif, de cette mort des partis organisés sur la ruine desquels Macron a construit son pouvoir personnel.

L’effondrement de la candidate du Parti Socialiste ( 1,78 pour cent des votants ), de celle des Républicains ( 4,79 pour cent ), et le fiasco du candidat des Verts, 4,58 pour cent au lieu du triple annoncé par certains sondages. C’est la conclusion vénéneuse d’une volonté politique et idéologique de la Bourgeoisie libérale qui contrôle notre pays, détruire les organisations politiques et syndicales qui ont structuré la société des Républiques successives, pour établir sur cette table rase un ordre politique d’inspiration monarchique, en tout cas hégémonique et autoritaire.

Mais à cette donnée générale s’ajoutent quelques autres, qui se résument à cette question : La France est aujourd’hui dirigée politiquement et idéologiquement par la bourgeoisie des métropoles, qu’on afflige souvent par excès du qualificatif les » Bobos parisiens ».

Le terme n’est pas faux, qui décrit une minorité détentrice de patrimoines confortables, capable d’essaimer ses capitaux aux contrées les plus lointaines et les plus lucratives par le biais des actions de multinationales, et qui s’est dégagée du vieux puritanisme catholique de ses grands-parents, qu’on disait autrefois la « morale bourgeoise » : cette bourgeoisie actuelle, qui a pu financièrement devenir quasi hégémonique dans les quartiers urbains dont la spéculation foncière et immobilière a chassé les catégories populaires, anime la mode vestimentaire et de consommation, et peuple les médias, surtout audiovisuels, qu’ils soient d’État ou privés.

Elle y révèle une ignorance totale des façons de vivre et de penser de la grande majorité des Français, aux prises avec les fins de mois désargentés, le quotidien rongé par les heures perdues en trajets imbéciles entre lieu de travail et de vie. Elle n’est pas que parisienne, et vit tout aussi bien dans les beaux quartiers des métropoles régionales, Bordeaux, Lille, Aix en Provence ou Nice.

Mieux, elle a même envahi la proche banlieue parisienne : en 20 ans, d’anciens quartiers ouvriers de Seine Saint Dénis ou du Val d’Oise ont changé de propriétaires, au profit de bourgeois refluant du centre de Paris, en quête de jardins et de tranquillité. Cela s’est traduit par le basculement de municipalités autrefois PCF, vers la Droite où les Écologistes.

Cette bourgeoisie dirigeante, dont la « libération morale « se complaît aussi bien à valoriser le « transgenre » que le « globish » venu d’outre-atlantique, exaspère, par son comportement, la plupart de nos concitoyens, de la France péri-urbaine et rurale.

Le scrutin présidentiel corseté par la Constitution française, confère une grande importance à la personnalité des candidats plutôt qu’à leur programme, et à leur apparence : le PS et le parti LR ont choisi pour candidates des incarnations vestimentaires, gestuelles et langagières, de cette minorité honnie, les « Bobos parisiens « à tel point que certains ont pu se demander si l’échec prévisible n’était pas délibéré »…

4/ Autre enseignement important du scrutin du 10 avril 2022, le score minime du dirigeant du PCF qui n’atteint que 2,31 pour cent, alors qu’il espéra un temps atteindre les 5 points nécessaires au remboursement par l’État des frais de campagne. Ce qui eut été d’autant plus remarquable qu’aucun candidat du PCF n’avait été présent depuis le score calamiteux de Marie Georges Buffet en 2007 (1,90 pour cent).

On peut comprendre que des militants attachés aux fondamentaux marxistes aient imposé au dernier congrès du PCF le remplacement au secrétariat du Parti de Laurent, chef de file des Réformistes par Roussel, député d’un Nord resté attaché à l’héritage ouvrier.

Dans la même optique, il était logique de présenter Roussel, avec l’espoir de renouveau d’un Parti qu’ils voudraient en rupture avec l’opportunisme droitier et l’électoralisme qui l’ont réduit à l’impuissance. Même si l’aventure était handicapée dès le départ par d’influents courants droitiers, au sein du Parti, à l’Humanité et jusque dans l’équipe de campagne du candidat, liée à la municipalité socialiste de Paris.

Roussel à fait une bonne campagne, s’efforçant à juste titre d’être représentatif des mentalités populaires contre l’idéologie Bobo (« une bonne viande, un bon fromage, un bon vin »).

Mas les tensions internes au Parti ont en tout cas pesé, au point de l’empêcher de se référer nommément à l’idéal communiste, et d’occulter dans son discours ce qu’il proposait auparavant au nom de son organisation : la sortie de l’OTAN et de l’UE, les nationalisations nécessaires, etc.

Cette démarche de nature électoraliste, au lieu de gonfler le score, l’a au contraire limité, en même temps que le « vote utile » propre au mode de scrutin majoritaire. Ce résultat signe en tout cas l’échec de la stratégie de reconquête d’un PCF à des positions de rupture avec sa dérive de « mutation » opportuniste. Il ne semble plus à même de rassembler en son sein ceux désireux de regrouper les Communistes impuissants à peser sur l’histoire parce qu’éparpillés aujourd’hui en groupes différents.

5/ Face à ces signes d’impuissance face au désastre fascisant possible, le vote du 10 avril apporte une lueur d’espoir à ne pas négliger. À la surprise quasi générale, et malgré une campagne acerbe des médias, sur le thème « Mélenchon est l’ami du monstre Poutine ! », le candidat de la France Insoumise a réuni presque 22 pour cent des suffrages exprimés, avec un programme reposant sur le républicanisme démocratique contre la « monarchie républicaine », la sauvegarde des services publics, l’égalité sociale, l’antiracisme, etc.

Certes, les considérations électorales l’ont parfois conduit à limiter ses propos en deçà de ses positions passées, par exemple en niant la nécessité du nucléaire français pour tenter d’appâter des voix écologistes, et en oubliant dans sa profession de foi son exigence antérieure de sortir la France de l’OTAN.

Globalement, ses engagements programmatiques sont anti-libéraux, et en rupture claire avec le Parti Socialiste dont il fut autrefois le Sénateur. Son score important relève évidemment de la logique majoritaire, qui se traduit par le « vote utile » en faveur du seul candidat capable d’accéder au second tour.

Mais tous les observateurs ont noté une autre dimension du vote Mélenchon.

Elle a amené aux urnes de nombreux Français des quartiers populaires, d’ascendance maghrébine ou de religion et culture musulmane, une démarche antiraciste de citoyens inquiets de la vague xénophobe, car ils s’abstenaient volontiers auparavant.

Cet apport des « quartiers sensibles » comme disent les médias qui font profession de ne pas voir qu’il s’agit des plus pauvres et de ghettos ethniques de fait, a donné par exemple une majorité à Mélenchon dans les villes du Val d’Oise qui avaient il y a 40 ans des maires PCF.

Et un camarade qui est régulièrement assesseur au bureau de vote de la Belle de Mai, un des quartiers prolétariens de Marseille, a été le 10 avril impressionné par l’affluence inusitée de ces fils d’immigrés venus voter.

6/ l’élection présidentielle n’est pas la fin de l’histoire, et, quels que soient ses résultats du scrutin au second tour, d’autres luttes populaires auront lieu, qui feront l’histoire à venir de la Nation française. Ces luttes seront à la fois électorales, à commencer par les Législatives en mai 2022, qui peuvent très bien apporter à l’Assemblée une majorité de députés opposés aux projets néfastes de Macron (réformes réactionnaires des retraites, destruction-privatisation des services publics, etc …) ou les volontés xénophobes et autoritaires de Marine Le Pen.

Quel que soit le Président élu, la peste ou le choléra, il ne pourra pas imposer aux citoyens ce qu’il ou elle voudra si les luttes populaires sont massives et structurées par une coalition d’organisations politiques et syndicales, sur des bases clairement anti-capitalistes, démocratiques, anti-racistes et pacifistes.

D’ores et déjà, le scrutin du 10 a donné près de 25 pour cent aux candidats défendant des positions anti-libérales, sur les noms de quatre candidats, Mélenchon, Roussel, Poutou, Arthaud, ce qui fait un total tout à fait honorable en tant que socle de départ d’une renaissance du mouvement anti-capitaliste, anti-impérialiste, et anti-raciste.

D’autant que certains électeurs des Verts ou du Parti socialiste sont susceptibles de rejoindre ce regroupement anti-capitaliste et anti-fasciste.
Mais il ne sera crédible qu’en refusant les pièges mortels de l’ex « Union de la Gauche », qui ont entraîné le discrédit définitif de tous ceux qui y ont participé par électoralisme, comme le PCF, dont certains dirigeants carriéristes ne l’ont pas encore admis, comme l’a montré l’appel immédiat de Roussel en priorité aux dirigeants du PS et des Verts, tous deux ancrés dans l’observation libérale des dogmes du « marché libre « capitaliste.

Notre choix est pourtant simple pour la période qui vient :

  • L’unité nécessaire pour les luttes, possible si Partis et Syndicats représentatifs du Prolétariat (tous ceux n’ayant que leur travail pour vivre) sortent enfin de l’ornière électoraliste et carriériste pour promouvoir les intérêts des classes populaires
  • Dès les législatives pour une majorité anti-capitaliste à l’Assemblée Nationale !
  • Dès demain et plus tard dans la rue, les quartiers, les entreprises, pour les revendications populaires et leur financement par les profits aujourd’hui versés aux actionnaires du Capital où engloutis par la fraude fiscale !
  • Pour le renouveau des Services Publics et le contrôle de l’économie par la Nation et tous les travailleurs qui la composent, sans discrimination religieuse ou ethnique !
  • Pour la paix en Afrique comme en Ukraine, donc contre l’engagement militaire de la France.

Il est temps pour les organisations anti-libérales de bâtir cette « coalition des luttes », d’en finir avec les concurrences mortifères entre partis pour les strapontins du Pouvoir, et de retrouver ainsi la confiance des citoyens, que leur passé de collusion avec le clan des possédante et des xénophobes leur a fait perdre.

le 18 avril 2022

   

Messages

  • 1. Élections, miroir de la société ?
    18 avril, 20:45 - par RICHARD PALAO


    Voilà, une contribution qui vient " corriger" celle de De Castelnau qui était un appel à voter Le Pen qui m à beaucoup choquée et qui n aurait jamais du être publiée sur un site comme le nôtre..
    Je suis d accord avec l analyse et les propositions de Francis.

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