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Entre la drôle de guerre et le Sitzkrieg

vendredi 8 mai 2026 par Strategika5100

L’histoire se répète et si elle ne se répète pas exactement comme les fois précédentes, elle rime ou perpétue le même écho.

Mise à jour importante : des frappes aériennes US ont commencé à cibler le QG des forces armées iraniennes et plusieurs autres cibles en Iran au moment de la publication de cette analyse.

En 1939, l’Europe était dans une situation de « drôle de guerre ». Une période fort étrange de tension durant laquelle des armées gigantesques se faisaient face au-delà de lignes défensives jugées impénétrables (lignes Maginot et Siegfried) sans qu’aucune bataille décisive n’ait lieu.

En 2026, l’administration Trump se retrouve piégée dans une sorte de trappe à grizzly géopolitique qui nous fait rappeler cette période.

Le Chancelier allemand Friedrich Merz, fort impopulaire dans son pays, a brisé un tabou en exprimant à haute voix ce que tous les observateurs et analystes murmurent : « l’Iran humilie les États-Unis ». Phrase qui a irrité au plus haut point Washington.

Pour une fois et c’est rarissime, Merz n’a pas tort. L’assaut aérien massif connu sous le nom de code « Epic Fury » (Furie épique), visait à briser l’Iran et l’amener à capituler avec ou sans changement de régime. Les États-Unis et Israël avaient balancé tous ce qu’ils avaient sur l’Iran- hormis le nucléaire-, et au lieu d’une victoire décisive au demeurant impossible, se sont retrouvés dans une « drôle de guerre » où il n’y a plus aucun indicateur ou point de repère dans une sorte de zone grise où l’Iran a non seulement encaissé les coups mais en a donné en ciblant les intérêts stratégiques US et israéliens dans sept pays de la région.

Ne vous fiez pas aux pertes iraniennes et elles sont nombreuses à l’image du porte-drones IRIS Shahid Bagheri, un ancien porte-conteneurs (le « Perarin ») transformé en navire militaire et détruit par les forces aériennes US début mars 2026.
Le génie stratégique iranien est réel.

La génie stratégique de la riposte iranienne réside dans son caractère asymétrique. Le casus belli initial était une menace existentielle pour Israël : le programme nucléaire iranien. Pourtant, bien que les États-Unis se sont précipités pour entrer en guerre de manière spectaculaire afin de neutraliser ce programme, la coalition américaine constate aujourd’hui que l’infrastructure nucléaire de Téhéran — bien que manifestement mise à mal par les frappes aériennes — est politiquement plus intacte que jamais.

En dépit de l’utilisation jusqu’à épuisement des stocks américains et de leurs alliés de munitions sophistiquées et rares, le changement de régime n’a pas eu lieu ; l’assassinat de l’ayatollah Khamenei et de hauts responsables politiques et militaires a donné lieu à une succession immédiate et une relève encore plus radicale et plus défiante que jamais.

Enfin, les frappes complexes n’ont pas neutraliser les forces armées iraniennes et encore moins le Corps des Gardiens de la Révolution. L’image montrant l’acharnement obstiné de la police provinciale iranienne pour tenter d’abattre des hélicoptères US en mission de sauvetage en dépit du bruit caractéristique du Gatling rotatif (le fameux brrrrr) résume bien l’esprit hautement combatif et « têtu’ caractérisant les iraniens.

Les iraniens ont non seulement tiré les leçons des guerres d’Afghanistan, d’Irak et de Libye mais ont utilisé une arme asymétrique de destruction massive. Nul besoin d’un champignon atomique pour dissuader Washington ; il suffit de contrôler un point d’étranglement stratégique mondial. C’est la stratégie du blocage du détroit d’Hormuz.

Tandis que le Pentagone vante l’affaiblissement des forces balistiques iraniennes — en affirmant que le taux de réussite des tirs a chuté de 90 % —, cette victoire tactique en trompe l’œil est vaine sur le plan stratégique. À quoi bon que Téhéran ne puisse plus lancer d’un seul cojp une salve de 300 missiles s’il peut faire grimper le prix du baril de brut à 100 dollars, mettant ainsi à genoux l’économie occidentale avec une flambée des prix de l’essence qui fait chuter la cote de popularité d’un président américain ?

Plus grave encore, l’Iran a mis en place un piège à grizzly sur la base perdant-perdant dans lequel les États-Unis se sont enfoncés.

Cela nous amène à la critique la plus cinglante du chancelier Merz, qui a suscité une vive réplique de la part de Trump : les États-Unis n’ont pas de « stratégie de sortie » et sont humiliés par la maîtrise dont fait preuve le Corps des Gardiens de la Révolution en matière de « non-négociation ». Trump se heurte actuellement de plein fouet à un piège qu’il s’est lui-même tendu. Il exige la capitulation inconditionnelle d’un régime qu’il ne peut vaincre militairement sans une invasion terrestre lourde et politiquement impossible.

Il ne s’agit pas d’une négociation pour une paix désormais impossible pour des décennies car l’Iran n’oubliera jamais cet affront, mais d’un bras de fer acharné dans lequel Téhéran fait traîner en longueur les pourparlers d’Islamabad et les cessez-le-feu afin d’aggraver au maximum les difficultés internes du Parti républicain à l’approche des élections de mi-mandat.
Il en résulte un « Sitzkrieg » – une guerre statique où l’armée américaine reste bloquée tandis que l’économie s’épuise, épuisant les stocks de missiles Patriot dont elle désespérément besoin en Asie.

Cette campagne militaire américano-israélienne apparaît désormais comme l’une des plus étranges jamais menées par une superpuissance mondiale ou par toute autre puissance de second ordre. Elle fait paraître la campagne de Suez (1956) comme un bien meilleur exemple.
C’est une guerre dont les objectifs déclarés ont évolué : il ne s’agit plus de détruire un programme nucléaire, ni de faire tomber un régime, mais simplement de tenter de rouvrir une voie navigable que les États-Unis contrôlaient avant même que le premier missile de croisière ne soit lancé sur l’Itan.

Nous assistons au spectacle tragique d’une superpuissance militaire et technologique très mal gouvernée présentant un cessez-le-feu comme une victoire, tandis que l’adversaire rejette aussitôt ce discours en le qualifiant de « faits alternatifs » et de « délire ».

Les opérations ambitieuses sur plan menées de manière sporadique par l’administration Trump, comme le « Projet Freedom » , qui visait à forcer unilatéralement l’ouverture du détroit avant d’être suspendu en l’espace de quelques heures, incarnent à merveille ce titan désorienté qui tente de chasser des fantômes.
Ses alliés voudraient bien lui venir en aide mais qui risquerait de perdre un porte-avions ou de précieux navires de guerre pour un pays entraîné dans une guerre par un autre dont les dirigeants sont dans un délire psychotique permanent ?

Il faut vraiment être stupide pour aller se faire coincer dans une trappe à grizzly visible.

La « drôle de guerre » de 2026 restera dans les annales comme le moment où la théorie de la puissance aérienne s’est heurtée à la réalité géopolitique et a échoué.

   

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