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Georges Ibrahim Abdallah : 41 ans d’ouverture au monde
mercredi 13 mai 2026 par Charles Hoareau
« Même si on me lie les mains, même si on m’enchaine les pieds, même si on me ferme la bouche, mon cœur criera toujours pour la liberté » (Brésil, statue en hommage aux victimes de l’esclavage)
De tous temps et dans tous les pays, les dirigeants nationaux autoritaires, qu’ils soient rois, présidents ou dictateurs assumés, pour ne pas répondre aux besoins des peuples et maintenir leur pouvoir, ont utilisé la domination et la force.
De tous temps et dans tous les pays, ils ont pensé qu’enfermer celles et ceux qui s’opposaient à eux, pouvait non seulement les réduire au silence, mais aussi les vaincre humainement et les soumettre à leur ordre.
De tous temps et dans tous les pays, ils ont pensé que grâce à ces enfermements ils pouvaient aussi soumettre celles et ceux qui en dehors des geôles de leur régime auraient tenté de résister.
Ils n’ont jamais compris que nulle part, de tous temps et dans tous les pays, aucun pouvoir n’a pu enfermer un esprit libre.
Ils n’ont jamais compris que la liberté d’un résistant ne s’arrête pas aux grilles qui enserrent son corps, aux murs qui entravent ses déplacements. La liberté d’un résistant est dans sa tête et aucune prison du monde ne peut l’empêcher de continuer à rêver de justice, d’égalité, d’un monde où le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes serait reconnu, de se sentir en solidarité avec tous les peuples opprimés de tous temps et dans tous les pays.
C’est exactement cela qu’ils n’ont pas voulu comprendre et accepter avec Georges Ibrahim Abdallah :
- 41 ans de prison n’ont pu l’empêcher de continuer à être solidaire non seulement de la Palestine, mais de tous les peuples du monde
- 41 ans de prison n’ont pu l’empêcher de continuer d’être curieux de tout ce qui touche à l’être humain.
- 41 ans de prison n’ont pu l’empêcher de continuer à s’informer, apprendre et lire les écrits émancipateurs d’hier et d’aujourd’hui.
- 41 ans de prison dans un réduit de 9m², ne l’ont pas enfermé dans la plainte et la soumission : il a toujours refusé de renier son combat, celui des Palestiniens et des Libanais
Contrairement à « Nicolas le petit » [1] il n’a pas écrit en 15 jours un livre aussi grotesque que racoleurs d’esprits faibles, mais tout au long des 41 ans, il a lu des milliers de pages. Non seulement il les a lues mais en plus il les a relues, annotées en de multiples endroits, faisant de la lecture de chaque livre un moment d’enrichissement de sa réflexion sur laquelle il échangeait après avec les camarades qui le visitaient les enrichissant à leur tour.
On ne sortait jamais indemne d’une visite au parloir avec Georges...
J’ai eu l’occasion de raconter cette anecdote au sujet d’un livre sur l’agriculture biologique en Chine qu’il m’avait demandé et dont sa lecture a été l’occasion d’un entretien de 2h 50 (sur les 3h de parloir !) sur la Chine, son régime et la perception que nous en avions. Et c’est loin d’être un cas unique...
Au fur et à mesure des années de prison il s’est forgé une hygiène de vie de fer, sa journée et sa semaine se partageant entre gymnastique, information sur l’actualité, lecture des livres, moments réservés à ses proches au Liban et temps consacré aux visites.
C’est tout ce qui précède qui explique qu’au bout de quelques années, il lui a fallu aménager l’espace dans sa cellule en déplaçant les livres chaque matin au lever pour libérer un chemin pour ses pieds en recouvrant son lit de livres et en les redéposant au sol le soir pour se coucher.
Quand après tant d’années les portes ont été ouvertes par la volonté du résistant et la poussée de la solidarité militante, il a bien fallu vider la cellule et ensuite envoyer les livres au Liban pour qu’il les reçoive malgré la guerre.
Une palette a donc été faite pour envoi par bateau : poids du colis 400kg !!! Quasiment 10 kg par an...
Le transport assuré par la solidarité qui ne s’est pas démentie (collectif 65, union départementale CGT du Nord, Union Palestine Marseille, l’ANC/URC et bien sûr les camarades libanais) finalement les livres sont bien arrivés à destination...
Georges a toujours été non seulement un homme libre, mais aussi un homme du monde, non pas au sens des mondanités, tel qu’on l’entend habituellement, mais au sens de l’ouverture au monde illustrant magistralement le mot de Térence, l’esclave dont il se dit que c’est la force de sa pensée qui a été à l’origine de son affranchissement :
« Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».
Voir en ligne : https://rougemidi.org/spip.php?arti...
[1] NdR Victor Hugo qualifiait Napoléon III de « Napoléon le petit »

