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« Les “crimes” du 7 octobre : la falsification au service de la justification du génocide | Mediapart : la « gauche » française adopte le discours israélien »
dimanche 17 mai 2026 par Al Akhbar
Voici la traduction de l’une des voix de la résistance antisioniste et anti impérialiste concrète (ici le journal progressiste libanais Al Akhbar) qui répond directement, c’est rare, aux abstractions et à l’incapacité d’une certaine "gauche" occidentale eurocentrée, quand elle relaye sciemment la propagande de l’oppresseur, sous une forme éthérée de "féminisme". Nous estimons que de telles réactions méritent un relai dans nos réseaux, pour ouvrir les consciences à l’inconséquence d’une fausse gauche sioniste.(URC)
| Le site Mediapart relaie les rapports israéliens accusant le Hamas d’avoir commis des agressions sexuelles lors du « Déluge d’Al-Aqsa », malgré l’absence de vérification indépendante de la plupart des récits, en phase avec le discours d’une partie de la gauche française qui reprend ces narratifs. Ghadeh Haddad Vendredi 15 mai 2026 |
Le site Mediapart relaie les rapports israéliens accusant le Hamas d’avoir commis des violences sexuelles lors du « Déluge d’Al-Aqsa », malgré l’absence de vérification indépendante de la plupart des récits. Cette position s’inscrit dans une convergence avec une partie de la gauche française qui reprend ces narratifs, mettant sur le même plan occupation et résistance et ignorant le contexte colonial dans lequel vivent les Palestiniens.
Des rapports évoquant des agressions sexuelles et des viols supposément commis par des membres du Hamas contre des femmes israéliennes lors de l’opération du 7 octobre 2023 ont récemment refait surface. Ces informations ont été relayées par des médias et agences de presse étrangers, y compris par des plateformes censées soutenir la cause palestinienne, sans qu’aucune vérification indépendante sérieuse ne soit effectuée.
Une remarque pour Israël, une autre pour la Palestine
Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart et ancien directeur de la rédaction, a partagé un article intitulé :
- « 7 octobre : un nouveau rapport accuse le Hamas d’avoir commis des violences sexuelles “systématiques” et “à grande échelle” ».
L’article s’appuie sur une dépêche de l’Agence France-Presse évoquant un rapport intitulé : - « Nous ne nous tairons plus », qui accuse le Hamas d’avoir exercé des violences sexuelles « systématiques » et « massives ».
Selon ce rapport, une commission d’enquête israélienne a publié, le 12 mai dernier, des conclusions affirmant que « le Hamas et d’autres groupes palestiniens ont commis des violences sexuelles systématiques et à grande échelle lors de l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël et pendant la détention des otages à Gaza ».
Le rapport, long de 300 pages, affirme que l’enquête a duré deux ans et s’est appuyée sur 430 entretiens, auditions et réunions, ainsi que sur l’analyse de 10 000 photos et vidéos représentant plus de 1 800 heures de matériel visuel. Ces documents ne sont toutefois « pas accessibles au public en raison de leur nature sensible », bien qu’ils puissent être consultés par des experts sur demande.
L’enquête conclut « sans ambiguïté » que « les violences sexuelles et les violences fondées sur le genre ont constitué un élément central de l’attaque du 7 octobre et de la détention des otages ». Cette « commission civile » a été créée en novembre 2023 par une juriste israélienne, en parallèle d’autres enquêtes menées notamment par les Nations unies et des ONG internationales.
L’article indique également s’appuyer sur des rapports de l’ONU et d’organisations gouvernementales. Ainsi, un rapport des Nations unies publié le 6 mars 2026 a documenté trois cas de viols commis contre des Israéliennes le 7 octobre, tandis que les autres cas n’ont pas pu être vérifiés, même si l’équipe d’enquête a estimé qu’il existait des « raisons plausibles » de les juger crédibles.
Cependant, aucune rédaction n’a pu confirmer ces accusations de manière indépendante. L’agence Associated Press elle-même a précisé :
- « Associated Press n’a pas été en mesure de vérifier indépendamment les conclusions du rapport, et certains critiques ont contesté les travaux antérieurs d’Ellieam-Levy. »
Après le partage de l’article par Plenel, plusieurs réactions indignées ont émergé : certains ont qualifié ces récits de mensongers, d’autres ont rappelé les violences sexuelles exercées par Israël contre les Palestiniens. Plenel a alors repartagé un autre article de Mediapart intitulé :
- « Viols, torture et privations : Israël écrase les corps et les âmes des Palestiniens dans ses prisons ».
Il a commenté : - « Ouvrez les yeux sur tous les fils à la fois : Mediapart avait publié un article sur les violences sexuelles contre les Palestiniens dans les prisons israéliennes près de quatre mois avant ce rapport sur les violences commises par le Hamas le 7 octobre. "
Un média colonial
Le problème ne réside pas seulement dans la question de la vérification, mais aussi dans la manière dont les médias occidentaux reproduisent le même récit. Plus grave encore : une partie de la gauche française adopte et renforce ces narratifs, dans une tentative constante de mettre sur un pied d’égalité le colonisateur et le colonisé, le bourreau et la victime, en réduisant la situation à une « tragédie humaine réciproque » détachée de son contexte colonial et militaire.
Lorsque le corps de la femme israélienne et celui de la femme palestinienne sont placés dans le même cadre moral abstrait, on efface le fait que le corps palestinien vit déjà sous blocus, bombardements, arrestations, famine et violations quotidiennes. Il ne s’agit donc pas seulement de « violences sexuelles » comme acte isolé, mais d’un rapport de domination global dans lequel l’occupation israélienne contrôle la vie, les corps, les déplacements et jusqu’aux conditions d’existence des Palestiniens.
Historiquement, l’accusation de viol a souvent accompagné les discours coloniaux de guerre. Elle a servi à justifier des guerres et des interventions militaires en présentant « l’Autre » comme sexuellement barbare et menaçant pour la « civilisation » occidentale et pour le corps de ses femmes. Aujourd’hui, ce langage réapparaît dans le contexte d’une guerre d’anéantissement menée contre Gaza, avec une instrumentalisation politique et médiatique massive d’accusations dont la plupart n’ont pas été établies de manière indépendante, tandis que les crimes documentés contre les Palestiniens sont relégués au rang de simples « excès » ou d’« allégations nécessitant enquête ».
Cette affaire révèle également les limites de la reconnaissance occidentale du récit palestinien. Même lorsqu’il est directement impliqué dans la guerre, l’Israélien est considéré comme une source crédible, tandis que le témoignage palestinien demeure constamment suspect et ne gagne en légitimité que lorsqu’il est reformulé par des institutions occidentales ou des médias européens et américains.
Même les rapports documentant la torture et les violences sexuelles commises contre des Palestiniens dans les prisons israéliennes ne bénéficient ni de la même visibilité ni du même poids moral et politique, sauf lorsqu’ils sont relayés par des institutions occidentales.
Une gauche française blanche
Même Edwy Plenel, malgré ses critiques de la guerre israélienne contre Gaza et sa dénonciation des doubles standards occidentaux, reste prisonnier d’un discours libéral français classique, fondé sur une équivalence morale entre les deux camps et sur l’invocation d’une « humanité commune » détachée du déséquilibre colonial des rapports de force.
S’il critique régulièrement le soutien occidental inconditionnel à Israël et voit dans ce qui se déroule à Gaza l’expression d’une hypocrisie européenne, son discours replace souvent Palestiniens et Israéliens dans le même cadre moral, comme s’il s’agissait d’une « tragédie partagée » entre deux camps égaux, et non d’un peuple sous occupation face à un État disposant d’une armée et d’un soutien occidental massif.
Son approche reflète celle d’un intellectuel européen blanc cherchant à concilier condamnation des crimes israéliens et maintien d’un discours d’« équilibre » et de « distance morale » entre colonisateur et colonisé. Elle s’inscrit plus largement dans une partie de la gauche française qui demeure incapable de rompre complètement avec l’héritage colonial français et avec une vision eurocentrée du monde.
Même dans les milieux se déclarant solidaires de la Palestine, la question palestinienne est souvent réduite à un « dossier humanitaire » ou à une « crise des droits humains », plutôt qu’à une lutte de libération nationale menée par un peuple vivant sous colonialisme de peuplement.
Ainsi, la gauche occidentale semble en quête permanente d’un « équilibre moral » entre occupation et résistance, comme si les Palestiniens devaient prouver leur pureté morale absolue pour mériter la solidarité. Chaque condamnation d’Israël s’accompagne alors d’une condamnation parallèle des Palestiniens, et chaque évocation des massacres à Gaza est immédiatement suivie d’un rappel des « violences du Hamas », transformant le crime colonial en simple « cycle de violences réciproques » entre deux parties supposément égales.
Cette dynamique révèle également les limites du féminisme occidental dominant, qui parle de « liberté du corps » de manière abstraite, sans relier cette question à la structure politique et coloniale qui détermine ce corps.
Le corps palestinien n’est pas un corps « libre » victime d’une atteinte ponctuelle : c’est un corps vivant sous surveillance, siège, arrestation, bombardement, famine et déplacement forcé.
Dès lors, placer le corps palestinien et le corps israélien dans la même équation morale, sans reconnaître la relation de domination qui les structure, revient concrètement à effacer la réalité même du colonialisme.
Source Al Akhbar :
Traduction URC
Voir en ligne : https://www.al-akhbar.com/Newspaper...

