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Les fantômes de la Baie des Cochons et géopolitique de la cible résiduelle
jeudi 21 mai 2026 par Strategika5100
Dans un monde aussi absurde que celui d’aujourd’hui, où les imbéciles sont au pouvoir, tout est devenu possible. Bon, allez, assez de simagrées, enfilez un de vos anciens bérets si vous en avez ( le fondateur de cet espace a perdu le sien, un noir, disparu dans un déménagement aussi chaotique que précipité) et allumez-vous un Montecristo n° 2, de préférence un exemplaire passé en contrebande, car l’actualité nous oblige à plonger dans une histoire de la guerre froide qui refait surface à l’occasion d’une vendetta de vieux retraités et des suites de l’échec épique de l’administration Trump en Iran.
La résurrection juridique pour le moins embarrassante d’un révolutionnaire âgé de 94 ans, pour des pilotes « humanitaires » qui détestaient vraiment, vraiment Fidel Castro, marque non seulement la volonté de Washington d’en finir avec Cuba (l’île est littéralement étranglée depuis quelque temps) avec l’arrivée à la tête du Département US d’un Secrétaire issu du milieu des exilés cubains ayant fui l’île après la chute de Batista mais met en avant la revanche ultime de quelques baby-boomers ayant survécu à l’invasion de la Baie des Cochons : la quête du lobby de Miami pour réhabiliter un débarquement sur la plage si bâclé qu’il fait passer le carnaval de Rio de Janeiro pour le débarquement de Normandie du 6 juin 1944.
Remontons dans le temps jusqu’aux années 1990, une des décennies les plus pourries du 20e siècle. Alors que le reste du monde faisait semblant de s’inquiéter du bug de l’an 2000 (une manipulation psychologique de plus pour tenir les gogos dans l’anxiété) et de quelques fadaises de l’industrie du showbiz, un groupe appelé « Brothers to the Rescue » sillonnait le détroit de Floride. Sur le papier, il s’agissait d’une organisation bénévole au cœur tendre qui venait en aide aux réfugiés fuyant Cuba à bord de radeaux de fortune.
En réalité ?
Ces types comptaient plus d’anciens agents de la CIA dans leurs cockpits que toute la troisième saison de la série « Air America ».
Les médias dodo-subventions-dodo servant les puissants et anesthésiant les foules/masses/populaces les qualifie pudiquement de « groupe militant anti-Castro ». Bon, au delà du » zzzzzz » distribué à la louche pour roupiller sur un vieux canapé, Ce que ces gens-là étaient en réalité, c’était un résidu temporel vivant et des années 1960 (la meilleure décennie du 20e siècle selon beaucoup de témoignages mais passons).
Ce n’étaient pas seulement des pilotes bénévoles : c’étaient les fantômes de la baie des Cochons, refusant obstinément d’accepter que le plan d’invasion de la Brigade 2506 — conçu sur une serviette en papier par un type nommé comme par hasard « Rip » — n’ait pas du tout fonctionné.
Ils étaient les petits-enfants spirituels de l’opération Mongoose, pilotant des Cessna 337 au lieu de bombardiers Martin B-26 Marauder, larguant des tracts au lieu de bombes, car les coupes budgétaires à Langley ont été brutales après l’effondrement de l’Union soviétique.
On a beau leur chercher des circonstances atténuantes, leur mission de « sauvetage » n’était qu’une vaste supercherie. Envoyer un petit avion dans l’espace aérien cubain pour rechercher des réfugiés sur des radeaux, c’est comme prétendre s’introduire dans la Zone 51 pour rendre un artifact d’un extraterrestre égaré.
C’était une provocation, un passe-temps de vieux aigris grisés par les liqueurs fortes, et une façon très coûteuse d’agacer La Havane.
En 1996, la situation a fini par dégénérer.
Le 24 février 1996, un Mikoyan MiG-29 de l’armée de l’air cubaine a abattu deux Cessna 337 non armés appartenant au groupe « Brothers to the Rescue », causant la mort des quatre personnes à bord. L’incident s’est produit près de la côte nord de Cuba. Le gouvernement cubain a affirmé que les appareils avaient violé son espace aérien.
Raúl Castro, un nonagénaire alerte qui se soucie sans doute davantage de tailler ses soucis de santé que des manœuvres géopolitiques, a été visé en mai 2026 par une mise en accusation US pour le crash de ces avions.
Sur le plan juridique, c’est une manœuvre tellement dépassée qu’il faudrait la dater au carbone 14.
Imaginez qu’on tente de faire porter la responsabilité d’un engagement militaire de 1996 à un homme de 94 ans. Ce serait comme inculper le fantôme de la reine Elisabeth II pour le soulèvement des Mau Mau. Ce n’est pas de la justice ; c’est du cosplay historique.
Ce n’est pas une procédure judiciaire ; c’est le « je vous l’avais bien dit » ultime lancé depuis une maison de retraite en Floride.
Le système judiciaire américain-totalement corrompu-, est désormais, en réalité, une machine à remonter le temps où les vétérans vieillissants de la guerre froide peuvent régler des comptes anciens et oubliés.
Relions les points au crayon, comme le veut la tradition. En 1963, la CIA et le complexe militaro-industriel — appelons-les l’État profond — en auraient eu assez de la poésie de Jack Kennedy et de son flirt avec la détente après la crise des missiles de Cuba.
Après le fiasco de la baie des Cochons (1961), John Fitzgerald Kennedy ou JFK aurait déclaré vouloir « réduire la CIA en mille morceaux ». C’est le genre de plainte qui vous vaut un cortège à Dallas avec des balles magiques aux trajectoires presque impossibles.
Une fois que la preuve irréfutable sur la butte herbeuse eut fait son effet, Lyndon Johnson se retrouva avec la tâche très peu enviable de prendre en charge le Vietnam. Les mêmes génies de l’État profond US qui pensaient qu’une invasion nocturne de la baie des Cochons déclencherait un soulèvement populaire spontané — tiens !
C’est ce que leur successeurs attendaient des iraniens avant de recevoir de gros râteaux sur le museau-, ça n’a pas été le cas évidemment, car les Cubains ne voulaient pas des pro Batista soutenus par les Gringos.
L’État profond a donc décidé que les jungles d’Asie du Sud-Est constituaient la prochaine cible facile et beaucoup rentable pour le complexe militaro-industriel et ses nuées de lobbyistes parasites.
Ce fut l’engrenage infernal de la guerre du Vietnam.
La logique était la même :
« avec un peu de pression, le changement de régime sera un jeu d’enfant ».
L’échec dans les Caraïbes a directement alimenté l’arrogance qui a présidé à l’incident du golfe du Tonkin. C’est le cercle vicieux sans fin des désastres interventionnistes.
Ça vous rappelle beaucoup de choses.
Les interventionnistes n’apprennent jamais de leurs erreurs.
Et nous arrivons maintenant aux marionnettistes de courtage : le lobby cubano-américain. Mine de rien, ce lobby se classe juste en dessous de l’AIPAC (le fameux lobby des lobbies, au-dessus duquel il y a le soleil), mais bien au-dessus du cartel du sirop d’érable (entendu dans un film des années 1990).
Depuis soixante ans, ce lobby joue la carte du long terme, finançant tous les mauvais coups et les documentaires anti-Cuba.
L’inculpation de Raúl Castro est leur chef-d’œuvre.
C’est un exorcisme psychologique de la honte de la Baie des Cochons. Pour ces types-là, toujours ivres morts, cette invasion ratée n’était pas seulement une défaite militaire ; c’était une humiliation métaphysique.
Ils ont vu l’accueil populaire triomphal qui leur avait été promis se transformer en un fiasco. Avoir perdu face à ce type barbu au cigare — puis avoir perdu une nouvelle fois avec l’affaire Iran-Contra, qui ressemblait à un marché aux puces — leur a laissé des cicatrices indélébiles.
Aujourd’hui, ils voient leur heure de gloire arriver. Ils ont affaire à une administration qui transforme la politique étrangère américaine en une émission de téléréalité loufoque où le prix à remporter est un trophée de changement de régime avec profusion de superlatifs.
Depuis l’échec retentissant en Iran — qui, soyons très honnêtes, n’est autre qu’une version 2.0 dopée de la Baie des Cochons, mais avec un casting encore plus raté —, les faucons ont besoin d’une victoire. On ne peut pas réduire Téhéran en parking à coups de bombes, alors pourquoi ne pas intimider une petite île étranglée soumise à un embargo total depuis l’époque de la télévision en noir et blanc et qui ne représente aucune menace ?
Vous constaterez qu’ils refont toujours les mêmes erreurs.
Le blocus, en vigueur depuis plus de 60 ans, est la plus longue crise de colère de l’histoire géopolitique. La logique Trump 2.0, que des lobbyistes auraient chuchotée autour d’un dîner de crabes de pierre à Mar-a-Lago, est la suivante :
« Bon L’Iran, c’était un fiasco. Dépoussiérons le scénario cubain, utilisons cette mise en accusation de Raúl Castro comme casus belli, et libérons enfin le détroit de Floride pour y installer des terrains de golf et des complexes hôteliers de luxe. »
La vérité, teintée délibérément de satire ici mais ancrée dans les faits historiques, c’est qu’il s’agit là d’un mouvement zombie. Ce sont des exilés fortunés, qui n’ont toujours pas déballé les valises qu’ils ont apportées avec eux en 1960, qui ont réussi à propulser un de leurs descendants-Marc Rubio- à la tête du Département d’État- ce qui n’est pas rien car c’est une chasse gardée des Juifs américains-, et qui tentent maintenant de réparer une erreur militaire vieille de 64 ans en utilisant un système juridique qu’ils jugent désormais opportun.
Ils tentent de faire condamner le dernier dinosaure encore en vie de la révolution cubaine pour prouver que l’invasion de 1961 était en réalité une bonne idée, mais qu’elle a simplement été mal menée.
Nous assistons à ce cirque, qui n’étonne personne. Après tout, il y a un autre cirque au Levant tentant de faire le remake du chemin de croix sous les hurlements d’un Ben Ghvir descendant en droite ligne d’un des hurleurs pharisiens (cela tombe bien il est originaire d’Irak et donc de Mésopotamie) criant à tue-tête en bavant d’écume blanche la mort de Jésus avec des activistes de 40 pays tentant maladroitement de rappeler au monde l’embargo de cette zone de la mort qu’est devenue la bande de Gaza.
Passons également cela. C’est devenu « normal » dans le bordel mondial actuel.
Mais rappelons-nous : les « Brothers to the Rescue » (si au moins c’était les Blue Brothers !) n’étaient pas seulement des pilotes, c’était un groupe d’anciens actifs de la CIA rendant hommage à grandes rasades de Rhum et de Gin à une époque révolue.
L’acte d’accusation contre Raúl Castro n’est pas un acte de justice, mais du théâtre.
Et l’État profond ? C’est toujours le même. Avec ses mêmes scénarios, qui se répètent et se ressemblent chaque décennie, avec cette fois, un plan visant à transformer une minuscule île socialiste en phase d’étranglement qui l’a propulsé à l’âge pré-industriel en la finale de saison qu’elle n’a jamais eue.
Ce monde est devenu une catastrophe permanente.
Voir en ligne : https://strategika510.com/2026/05/2...

