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Faut-il voter Mélenchon par réalisme politique ?

lundi 1er juin 2026 par Gilles Questiaux

Un article provocateur pour susciter le débat. Un certain nombre de vérités difficiles à éviter qui doivent nous autoriser à prendre une position communiste. La chose n’est pas aisée et la discussion indispensable. Une année, nous avons une année pour réfléchir, si la guerre voulue par Macron et celle de Trump nous en laisse le temps.(JP)

Disons tout de suite que si on ne le fait pas il n’y a pas mort d’homme.

On se dirige peut-être vers un duel au second tour entre Mélenchon et Bardella. On nous offrirait donc le choix entre un tour de vis réactionnaire immédiat, et une gestion social-démocrate pouvant conduire, selon le précédent de Tsipras en Grèce, à une trahison de plus qui aggraverait encore les conditions de ce tour de vis, repoussé de quelques années. Certains ont l’air d’ailleurs de penser que s’opposer à Mélenchon ce pelé, ce galeux, serait comme un test de virginité orthodoxe marxiste-léniniste.

Pour commencer disons tout de suite que voter dans une démocratie libérale de marché n’est pas une action réaliste, mais plutôt une manifestation symbolique identitaire, avec au niveau subconscient une déclaration de loyauté au système que l’on va parfois critiquer radicalement dans d’autres contextes.

En tout cas l’importance et la signification d’un vote individuel sont très relatifs, infinitésimaux presque ! La moindre familiarité avec la statistique nous fera comprendre qu’en termes réalistes, elle peut être assimilée à une "grande quantité d’importance nulle".

Pourtant on a beau y faire ce système de légitimation de la dictature de la bourgeoisie sur la société est très puissant parce qu’il nous oblige à nous positionner, au prix sinon de la marginalisation, et de l’inexistence politique. Lénine en avait donc conclu que des révolutionnaires prolétariens ne pouvaient pas ne pas participer aux élections.

Mais une telle participation si elle est faite à la manière de LO comme pur témoignage ne va guère plus loin et ne risque pas de révéler les contradictions. Dans la réalité elle exige pour être cohérente de revendiquer par la voie d’alliances l’accès au pouvoir en suivant les règles du jeu fixées par la bourgeoisie.

Donc rebelote, faudra-t-il voter social-démocrate une fois de plus, sachant que le candidat en question s’il est peut-être un peu social n’est sans doute pas démocrate du tout ?
À vrai dire ce n’est pas très grave.

Dans notre cas présent, il s’agira prosaïquement de voter vers la fin du mois de mai 2027 pour un candidat peu satisfaisant, puisqu’il n’existe plus de parti légitimement représentatif de la classe ouvrière (les velléités du PCF sous la direction de Roussel en la matière, à base de beefsteack et d’OQTF ne sont pas convaincantes du tout) avant d’en être réduit deux semaines plus tard à voter contre un autre, ou pas du tout.

C’est dans ce système verrouillé qu’on nous propose Roussel, Mélenchon ou Artaud, sinon Tondelier, Autain, Ruffin, Hollande et Glucksmann, c’est à dire de choisir entre pas grand chose, rien, des libéraux, et des agents américains.

Parvenus à ce point de la réflexion désabusée il faut revenir au tableau sociologique de cette France désindustrialisée et économiquement en recul qui approche du milieu du XXIème siècle. On y remarque plusieurs faits marquants.

Les classes moyennes qui sont diverses au plus haut point et de cultures politiques variées sont très majoritaires dans ce pays dont la courbe de revenu représente une belle cloche de Gauss, il est vrai décalée vers la gauche, autour d’un revenu médian bien faible. Majoritaires, mais plutôt pauvres.

Il faut remarquer que jamais les marxistes n’ont fondé d’espoir sur le nombre des ouvrier proprement dits, au point d’espérer un triomphe électoral de leur révolution, sauf pendant un moment court d’égarement en Allemagne vers 1900 (dénoncé à l’époque par Rosa Luxembourg).

La classe ouvrière n’est pas seulement moins nombreuse que l’agrégat formé par les classes moyennes, elle est tout aussi fractionnée, non seulement suivant des clivages ethnico-religieux, mais aussi selon que son statut est protégé ou non, par des traditions idéologiques divergentes, et enfin par la pénétration plus ou moins grande du mode de vie individualiste consumériste postmoderne.
Il est à noter qu’un certain laissez-aller dans le style semble pénétrer très vite chez les jeunes travailleurs qui sont de plus en plus séparés de leurs collègues sur le terrain et ne sont donc plus guère tenus à des exigences de présentations. Certains sont maintenant couverts de tatouages comme un mur de squat tandis que les bourgeois recentrés se rangent des voitures et se les font effacer en masse ...

Il apparait de plus en plus clairement qu’il y a une nouvelle classe ouvrière étymologique majoritairement immigrée, voire saisonnière, qui occupe les emplois manuels, à risque, mal payés, dévalorisé dans une sorte apartheid social.

Il est clair que si une "gauche" l’emporte à de telles élections, représentant un tel corps électoral, il ne faut s’attendre en matière économique et sociale à guère mieux que l’effet de la simple non-élection des autres : des fanatiques de l’Europe et du libre marché, des libéraux vendus à l’impérialisme et des nationalistes chauvins pervers, et à condition que cette gauche le soit suffisamment pour ne pas rallier le consensus sous le premier prétexte venu (une pseudo menace d’invasion russe par exemple).

Ce n’est que la situation créée par un tel succès électoral qui pourrait conduire dans la foulée à un changement majeur dans ces domaines, provoqué moins par le vote lui-même que par la réaction de classe de nantis de plus en plus rigidement accrochés à des privilèges exorbitants (le fameux 1% qui fait l’unanimité contre lui), et par les ingérences étrangères grossières et massives qu’on peut prévoir.

Mais le changement proposé pour commencer ne peut être qu’un changement souhaité par ces classes moyennes majoritaires qui sont comme on sait remplies d’illusions individualistes et idéalistes, qui croient qu’on peut tout régler par des lois proscriptives et contradictoirement par la "désobéissance", en s’en prenant qui aux radars, qui aux bassines.

Or de même que les ouvriers sont séparés les uns des autres par la gestion médiatique des conflits sociétaux entre autochtones et immigrés, les classes moyennes sont divisées entre les pseudos-patriotes racistes qui ont peur des moquées mais pas de l’OTAN et de l’UE, les écolos à la mie de pain qui ne veulent "pas de ça près de chez moi" et les libéraux-libertaires arrogants de bas de gamme, tous tant qu’ils sont angélistes, naïfs et moralisateurs !

Pourtant ces pauvres classes moyennes ont toutes en commun le besoin essentiel de la protection de l’État et du bon fonctionnement des services publics. Face à la démesure de l’argent et du capital financier, toutes leurs positions, qu’il s’agisse de celles des salariés protégés par un statut ou des travailleurs indépendants du secteur privés sont violemment attaquées par l’évolution économique et technologique.

Donc seul peut l’emporter dans une compétition électorale dans un tel pays un candidat qui endosse ce besoin de protection de classes moyennes nombreuses, paupérisées et fragilisées, mais aussi qui leur propose son programme dans les termes idéalistes et moralisateurs qui leur parlent. De là à ce qu’il tienne ses promesses il y a une marge mais ce n’est pas forcément ce qu’on attend de lui car s’il était du bois qui fait les grands leaders prolétariens on ne l’aurait surement pas laissé monter si haut.

On ne peut pas se tenir complètement à l’écart de ce débat, sous peine de se scléroser à la manière de LO ou du KKE grec, qui n’a pas trahi au moment de la crise de la dette en 2015, mais qui pire que cela, n’a rien fait du tout et qui continue son existence sans se mouiller qui consiste à toucher des subventions de l’UE, à balader des drapeaux rouges et à obtenir ses 5 à 8 % à chaque élection.

Une bonne ligne qui ne change pas du tout suivant les situations est ipso facto une mauvaise ligne.

Les partis communistes européens qui ont résisté sur leurs fondamentaux après la catastrophe continentale de1989 (portugais, tchèque), et avec raison, ont fini par dépérir, faute d’avoir réussi à se créer un espace d’action. Le PTB belge étant peut être l’exception (mais sans doute parce qu’il est devenu le porte-parole paradoxal de ce qui reste de patriotisme dans ce petit pays très divisé).

Enfin, Mélenchon a au moins le mérite d’avoir débusqué le caractère fondamentalement impérialiste et liberticide du lobby sioniste, et les attaques les plus invraisemblables qu’il suscite sur le thème de l’antisémitisme dans la sphère médiatique sont autant de points qui légitiment sa démarche.
Volens nolens, il a touché là un nerf sensible.

Que peut-on raisonnablement - mais sans garantie - espérer de lui, s’il est élu ?
Une mise à distance de l’UE et de l’OTAN, une action favorable à la paix en Ukraine, des sanctions effectives contre Israël, et un protectionnisme économique de facto (sous prétexte écologique) ?
Il faut cependant souhaiter que la CGT pèserait suffisamment lourd dans son bloc politique pour qu’il remise aux accessoires de la démagogie pour les neu-neu ses propositions anti-nucléaires ...

Que peut-on espérer des autres candidats à la candidature ?
Rien de cela, parce que d’abord ils ne seront pas élus, parce qu’ils sont fondamentalement consensuels, et qu’ils sont dépourvus de tout courage politique.

NOTE 1  : Lorsque le PCF obtenait environ 20% des votes au débat des années 1970 la classe ouvrière atteignait presque 40% des CSP en France. Un PCF restauré "sur les rails de la lutte des classes" pourrait envisager selon ce rapport 8 à 10% aujourd’hui, ce qui n’est pas assez pour viser l’hégémonie.

NOTE 2  : les sondages de deuxième tour qui mettent Mélenchon à 33% face à Bardella sont manifestement fantaisistes pour le dire gentiment.


Voir en ligne : https://www.reveilcommuniste.fr/202...

   

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