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Visa US et délit d’opinion : la Gestapo 2.0 ressuscitée

mercredi 10 juin 2026 par Strategika5100

Personne ne semble s’offusquer du fait : le visa d’entrée aux États-Unis est soumis à un concept qui se rapproche du délit d’opinion et l’interdiction d’entrée aux États-Unis à un arbitre somalien international de la FIFA pour avoir simplement mis un « j’aime » à une vidéo banale sur un réseau social vient nous rappeler que le gouvernement américain est l’un des premiers au monde à imposer le crime de la pensée tel qu’il a été imaginé par George Orwell dans son roman dystopique « 1984 ».

Voici une phrase qu’on n’aurais jamais pensé devoir écrire : pour mettre les pieds sur la « terre de la liberté » (Land of the free), il faut d’abord livrer ses pensées intimes à l’examen du gouvernement.

Si vous faites une demande de visa américain aujourd’hui — touristique, étudiant, professionnel, peu importe —, le Département d’État exige que vous lui communiquiez l’historique de vos identifiants sur les réseaux sociaux remontant à cinq ans.
Pas seulement ceux d’aujourd’hui. Les anciennes plateformes. Les comptes désactivés. Les pseudonymes que vous utilisiez sur les forums universitaires et autres. Et une fois que vous les avez fournis, des algorithmes et des examinateurs humains particulièrement tordus passent au crible votre vie numérique à la recherche de propos spécifiques basés sur des critères inconnus.

Une blague, une saillie d’humour, un retweet ou reposting qui ne leur plaît pas, un mème satirique sur un homme politique ou un commentaire pertinent ou impertinent, une caricature — n’importe lequel de ces éléments peut vous valoir d’être signalé, refusé ou banni définitivement.

Disons-le sans détours diplomatiques : le gouvernement américain met aujourd’hui en œuvre un système de contrôle idéologique obligatoire qui passe au crible les opinions personnelles de millions d’étrangers, sanctionne la dissidence et fonctionne en toute opacité.

Il ne s’agit pas d’une simple bizarrerie bureaucratique. C’est un dispositif totalitaire qui ferait pâlir d’envie la Gestapo (Geheime Staatspolizei) et rendrait la GPU (ou Guépéou) nostalgique.

La « Schutzhaft » de la Gestapo s’appuyait sur des informateurs, des dénonciations de voisins et la correspondance saisie pour évaluer la « fiabilité » d’une personne. La GPU soviétique (qui deviendra plus tard le NKVD/KGB) a perfectionné l’art des dossiers regorgeant de conversations chuchotées, de lettres interceptées et de cette question fatale :
« Que vouliez-vous dire quand vous avez dit… ? »

La différence en 2026 ?
Les États-Unis n’ont plus besoin de mettre votre appartement sur écoute ni de soudoyer votre concierge. Ils vous ordonnent simplement de leur remettre sur un plateau numérique l’intégralité des archives de votre vie numérique : vos tweets, vos coups de gueule sur Telegram, vos stories Instagram, vos faux comptes Reddit, vos courriels Gmail ou autres etc.
Et vous vous exécutez, car l’alternative serait de ne plus jamais revoir vos proches, de ne pas pouvoir assister à cette conférence ou de ne pas décrocher un emploi.

Il ne s’agit pas ici de sécurité aux frontières.
C’est un contrôle idéologique déguisé en mise en scène de la sécurité intérieure. Lorsqu’un agent des visas passe en revue vos publications à la recherche de » sentiments anti-américains », c’est-à-dire la moindre critique de la politique d’Israël, il ne traque pas des complots terroristes. Il évalue ce qui relève d’un discours normatif acceptable pour l’État profond US.

Dépassez les limites, et le rideau électronique tombe.

L’incohérence dont personne ne parle

Les États-Unis ne cessent de donner des leçons au reste du monde en matière de liberté sur Internet. Les rapports sur les droits de l’homme du Département d’État critiquent la Chine pour ses systèmes de crédit social, la Russie pour ses lois sur l’ extrémisme qui criminalisent certaines publications, et l’Iran pour l’arrestation de blogueurs subversifs.
Pourtant, Washington a mis en place un système mondial de surveillance préventive des discours qui est, à bien des égards, bien plus intrusif et infiniment plus vicieux : il s’applique au-delà des frontières nationales, passe au crible le passé, ne repose sur aucun critère clair et n’offre aucune voie de recours valable.

Quel autre pays au monde exige que les visiteurs potentiels nettoient rétrospectivement leur « âme numérique » pour obtenir l’aval de l’État ?
Même le PCC ne demande pas aux touristes de fournir l’historique de leur compte WeChat pour un examen idéologique avant même de descendre de l’avion. Sur ce point, les États-Unis ont surpassé les régimes autoritaires.

Et priere de mettre fin à cette charade en langue de bois massif selon laquelle « c’est volontaire » : quand il s’agit de choisir entre renoncer à sa liberté d’expression et ne jamais pouvoir accéder à la plus grande économie mondiale, il n’y a rien de volontaire là-dedans. Il s’agit d’une asymétrie de pouvoir colossale utilisée comme une arme contre des gens ordinaires qui souhaitent simplement voyager, étudier ou se construire une vie.

Le silence des agneaux

Le pire, ce ne sont pas les refus de visa dont on entend parler. Ce qui est pire est le silence qui s’installe. Désormais, tout visiteur potentiel s’autocensure. Cette critique acerbe de certains aspects de la politique étrangère américaine que vous vouliez publier ? Mieux vaut vous abstenir.
Une blague sur les tocs du sénateur Lindsey Graham ? Vous êtes bon pour le peloton de la milice semi privée ICE. Vous avez partagé un article sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le suicide assisté de Marylin Menroe, les assassinats de Martin Luther King, Malcom X et Bob Kennedy ?
Oubliez les États-Unis.
Un doute sur l’assassin de John Lennon ? Ou encore une étude détaillée sur la fortune très mal acquise de la dynastie Bush ? Ce TikTok sarcastique sur le duo de surexcités génocidaires Benghvir et Smotrich ?
Supprimez-le.
Du jour au lendemain, l’espace public numérique mondial se plie aux caprices d’un agent consulaire américain qui a peut-être – ou peut-être pas – passé une mauvaise matinée.

Lisez bien ce qui suit car c’est d’utilité publique :

C’est exactement ainsi que les régimes totalitaires se maintiennent au pouvoir : non pas en frappant à toutes les portes, mais en semant la terreur au point que chacun surveille ses propos.
On a étudié ce cas théorique mais maintenant on l’observe de visu (pas uniquement aux États-Unis mais un peu partout). On est en train de vivre ou survivre actuellement avec ce paraphénomène totalitaire.
La question des visas pèse désormais sur des millions de claviers : ce tweet sur X sera-t-il la raison pour laquelle on me refusera l’entrée à l’aéroport dans cinq ans ? Ce n’est plus de la sécurité. C’est de l’occupation psychologique.

Voulez-vous être sous occupation pqychologique ?

La réponse est évidente et c’est un non catégorique et définitif.
Les « experts » de la torture et ils sont maintenant légion dans le monde dit libre et notamment au sein de l’ICE ( à l’origine police de l’immigration et des douanes US, transformée en milice paramilitaire surarmée et semi privée agissant en toute illégalité) rigolent quand ils croient qu’ils peuvent briser un individu qui ose dire non en attentant à sa dignité, son intégrité physique et morale. Il y a des techniques éprouvées et horribles pour facilement détruire l’individu sans lui enlever la vie mais même détruit, ce non subsiste.

La réalité de la chose

Parlons sans détours.
Exiger des demandeurs de visa qu’ils fournissent leurs identifiants sur les réseaux sociaux et les passer au crible à la recherche d’opinions politiques indésirables relève de la surveillance des pensées.

C’est la concrétisation d’une idée orwellienne : le crime de la pensée.

Cette demande incongrue et effrontée est l’avatar numérique des serments de loyauté, des listes noires et de l’inquisition « êtes-vous ou avez-vous jamais été »— sauf qu’aujourd’hui, ce processus est automatisé, évolutif et appliqué à l’échelle mondiale. Les bureaucrates qui le gèrent portent peut-être des tenues décontractées, mais la logique en est tout droit sortie de la Loubianka et de la Prinz-Albrecht-Straße.

Si cette pratique ne vous fait pas frémir ou du moins tiquer, c’est que vous avez perdu de vue ce à quoi ressemblent réellement l’autoritarisme et le totalitarisme.

Le totalitarisme se manifeste rarement dès le premier jour sous la forme de bottes militaires, de saluts spéciaux, de drapeaux uniformes et de barbelés partout. Il s’installe sous la forme d’un formulaire, d’une divulgation volontaire et d’un euphémisme invoquant la sécurité nationale. Puis, il devient la nouvelle norme.

Les États-Unis devraient être bien meilleurs qu’un régime qui juge les êtres humains sur la base de bribes de leur vie numérique interprétées par des algorithmes vaseux. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Et tant que cet appareil de contrôle dystopique n’aura pas été démantelé, chaque « Bienvenue en Amérique » sera un mensonge prononcé par une bouche pleine de cendres.

Honte aux gouvernements de plus de 160 pays et territoires qui se taisent chaque année à la publication par le Département d’État d’un livre blanc sur l’état des libertés dans le monde en jetant les bons et les mauvais points comme si c’était le parangon de la vertu alors qu’il pratique une nouvelle forme de totalitarisme pire que ceux que l’histoire nous a fait connaître jusqu’ici.

C’est la raison pour laquelle ceux qui croient encore à un pays qui puisse offrir une sorte d’alternative à l’enfer sur Terre créé par le système de domination actuel sont en pleine désillusion. Nous avons vu le panurgisme transnational et international lors de la crise du Covid-19.
Tout le monde a suivi, même ceux qui étaient sceptiques et se doutaient bien d’une manipulation relative au profit d’une oligarchie technocratique par des moyens répréhensibles et malhonnêtes.
Aucun gouvernement n’a osé émettre le moindre son de cloche discordant.

C’est la même chose avec ce visa américain.
C’est un scandale mais personne ne s’en offusque.
« Ils font ce qu’ils veulent, ils sont souverains ».

Pas quand on s’érige en qualité d’Empire hégémonique mondial. Désolé, cette logique boiteuse ne fonctionne plus. Blackrock et Blackcube sont passés par ce chemin et la souveraineté n’existe presque nulle part.

Nous avons connu un monde où l’on pouvait dire « M**** » en toute impunité. Ce monde est révolu. Mais cela n’est pas une raison pour devenir des zombies.


Voir en ligne : https://strategika510.com/2026/06/1...

   

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