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Impérialisme : "Les questionnements que nous pose le monde"
lundi 15 juin 2026 par Odette Auzende/Bruno Drewski
Les questions du moment… que l’on élude en général dans les « grands » médias ou qui sont évoquées de façon rapides et/ou biaisées : humanitaire, ingérences, interventionnisme, (néo)-colonialisme, autoritarisme, fascisation, agressions, défense, désarmement... sommes-nous toujours au clair là-dessus ? Ces notions essentielles, nous évitons aussi parfois de les aborder. Par peur de voir nos contradictions en face ? Par peur du jugement de nos concitoyens ? Il est peut-être temps d’en parler...
Autoritarisme, colonialisme :
Nos milieux dirigeants fuient les vraies questions sociales et internationales car ils n’ont pas de réponses satisfaisantes pour la masse de la population à proposer, mais ils veulent garder le contrôle du pouvoir. Cela étant, "nos peuples", les peuples des pays qui dominent l’économie mondiale... ou qui croient encore la dominer, se sont habitués à "recevoir les miettes de la table du Seigneur" ; or ces miettes proviennent de rapports économiques inégaux, voire de guerres et de pillages directs, et elles pourraient ne plus être acquises en cas de refonte du système politique local, mais surtout du système international.
Ce qui constitue sans doute une des causes de la peur qu’inspirent les immigrés venus des pays que nos dirigeants pillent.
Ces pays sont en fait le miroir de « nos » propres crimes... même si les immigrés eux aussi, dans une certaine mesure, et cela concerne même les plus pauvres, profitent du pillage et des miettes arrachées à leurs pays d’origine... en pouvant toutefois, pour leur part, justifier la chose en arguant qu’ils sont venus "récupérer" ici ce qu’on a volé et qu’on continue à voler chez eux.
C’est en moins caricatural sans doute, mais aussi en moins clair, la situation du soldat allemand moyen sur le front en 1942, qui savait, sans oser le dire et se le dire, que sa famille vivait mieux que dans toute l’Europe occupée, car on pillait celle-ci pour donner des miettes à sa famille, et même envoyer des travailleurs forcés pour exploiter sa ferme s’il était paysan…
L’ouvrier allemand savait de son côté qu’il n’était pas envoyé au front parce qu’il faisait un métier essentiel pour l’effort de guerre... mais il côtoyait dans son usine des prisonniers maltraités qui travaillaient à côté de lui mais n’étaient pas traités comme lui, car lui recevait un salaire décent.
Ensuite vint pour les Allemands vers la fin de la guerre la confrontation avec la responsabilité des crimes, et avec la terreur de voir débouler de la part des armées victorieuses chez les siens ce que le soldat avait vu et, au pire, ce à quoi il avait participé dans les plaines de Russie, de Pologne, d’Ukraine, de Biélorussie, dans les montagnes de Yougoslavie, de Grèce, d’Albanie, puis à la fin même en France et en Italie… avant qu’on lui donne l’ordre de fusiller ou de voir pendus des réfractaires allemands dans les derniers mois de la guerre.
En quoi cette situation de guerre mondiale est-elle comparable à la guerre mondiale hybride menée par les impérialistes contre les peuples en lutte pour leur souveraineté ?
Voilà une question que nous devons poser et nous poser.
« l’État d’Israël » est aujourd’hui la parfaite illustration du syndrome nazi transféré, dans ce cas, chez des juifs devenus l’avant-poste de l’impérialisme mondialisé. Mais qu’ont-ils encore de "juifs", ces « Israéliens » qui foulent au pied toute l’histoire de leur "communauté"... Existe-t-elle encore d’ailleurs la « communauté » juive du coup ?
Et si les sentiments propalestiniens sont plus visibles en Irlande, en Espagne, en Italie, en Grèce, voire en Pologne ou en Slovaquie, c’est parce que ces pays n’ont pas ou ont eu moins de traditions coloniales, et profitent aussi moins du système inégalitaire mondialisé...
À quoi on rajoutera peut-être des éléments d’antisémitisme décomplexé ?
Alors se laisser engluer dans des événements ou des problèmes secondaires est pour une partie de la population des pays impérialistes une façon de fuir le réel et la confrontation avec des événements qui nous gênent.
Humanitaire :
Celui-ci ne peut pas se séparer de la politique, et donc nos ennemis sont d’abord ceux qui, chez nous, bloquent la machine impérialiste et guerrière. Nous n’avons pas le droit de demander aux "tribus" dominées de renoncer à leurs rites et coutumes, ou à leurs « dictatures » : c’est un travail qu’eux seuls doivent faire, s’ils le souhaitent et quand ils le souhaitent.
Les sociétés "peaux-rouges" d’Amérique étaient-elles idylliques et justes pour tous/tes ? Sans doute pas ; c’est d’ailleurs pour cela qu’on pouvait les traiter de "sauvages" et justifier ainsi leur élimination... mais les envahisseurs avaient au moins à l’époque le mérite de dire qu’ils allaient les tuer pour leur "sauvagerie" et leur "inutilité productive", sans jamais affirmer qu’ils allaient les "libérer" de leurs injustices, réelles ou imaginaires.
Aujourd’hui, nos dirigeants et parfois nous-mêmes prétendons "libérer" les "peaux-rouges" d’aujourd’hui, femmes, musulmans, Arabes, Afghans, Cubains, Chinois, Iraniens, Kurdes, etc. ce qui rend nos dirigeants hypocrites et ridicules... et nous en même temps.
Les "Indiens" ont droit à leur mode de vie, à leurs rituels, à leurs tortures, à leurs peines de mort, à leurs formes de mariage, à leurs lois qui proviennent d’une "sagesse" ancestrale produite par une expérience ancestrale dans un contexte donné. Ils évolueront car c’est la loi de la vie, mais c’est à eux de mûrir dans ce sens, alors que nous, et nos dirigeants, bloquons en fait leur mûrissement.
Une partie des répressions, des tortures, des exécutions qui existent dans les pays dominés et/ou exploités sont dues à notre propre système qui braque ses adversaires et les force à "faire front", donc à s’affirmer et à répondre en légitimant tout ce qui les différencie du dominant impérialiste.
C’est comme l’homosexualité en Afrique ou ailleurs dans les pays du « Sud » ou de « l’Est ». Elle a toujours été traitée discrètement dans les sociétés "primitives", avec une certaine tolérance. Mais quand Mme Clinton avec ses O« N »G (et Macron en réserve) a lancé le conditionnement de "l’aide" (cynique) à l’Afrique au "gay rights are human rights !", elle n’a fait que provoquer les sociétés africaines qui ont alors réagi en inventant des lois répressives.
Même chose pour la peine de mort, la torture, etc... Au lieu de permettre ce que Tariq Ramadan a formulé sous le nom de "moratoire" contre la lapidation dans les pétromonarchies (pro-occidentales par ailleurs), on a eu une indignation hypocrite et un durcissement des éléments les plus durs dans les sociétés qui se sont senties ciblées.
Ingérences :
Quelle est la limite à établir entre humanitaire et ingérence ?
La flotte Summud est, de fait, ambivalente, car parmi ses financiers il y a des pêcheurs en eaux troubles, et parmi ses militants, des naïfs. Toute lame a deux côtés.
Le rôle de la Turquie et l’OTAN dans cette flottille par exemple ne peut pas être jugé uniquement au "premier degré". Le cas d’Amnesty International en est un autre. "Faire gracier des condamnés pour délit d’opinion" paraît a priori correct, mais est-ce que certaines "opinions" dans les pays dominés et surexploités ne doivent pas être éradiquées ?
Est-ce qu’en 1942 on n’aurait pas dû éliminer les porteurs des "opinions SS" dans les pays en guerre avec le 3e Reich ? Est-ce que c’est à des organisations basées dans les pays dominant le monde et financées par des personnes ou des organisations profitant de cette domination de traiter ces sujets, même si individuellement on peut compatir... mais avons-nous le droit de prendre parti pour l’individu contre l’intérêt collectif ?
Car si l’individu a des activités contraires à l’intérêt collectif, on sauve un individu pour sans doute condamner à mort directement ou indirectement à cause des rapports inégaux une masse d’autres individus. Finalement est-ce que ce sont les droits collectifs d’un peuple ou les droits individuels qui doivent avoir la priorité ?
Tout ceci est une vérité que nous devons affronter quotidiennement puisque nous profitons ici, dans nos pays, au moins un peu de ce système.
La question n’est pas que seuls les pays du sud sont autorisés à agir, la question est d’agir dans nos pays contre "nos" commanditaires de mort, sans illusion sur les régimes X ou Y qui luttent ou qui prétendent lutter contre leurs commanditaires. Mais c’est à ces peuples-là de les affronter. Nous, nous devons affronter nos démons et ne pas cautionner le déguisement humanitaire que nos démons prennent...
Même si financer un puits en Afrique est louable et si les méthodes expéditives de la lutte anti-impérialiste sont parfois regrettables, n’est-ce pas notre devoir de privilégier la lutte anti-impérialiste ?
Les Cubains ont parcouru le chemin de faire peu à peu reculer la dimension répressive de leur révolution puisqu’ils ont peu à peu limité la pratique de la peine de mort contre les tueurs qui débarquaient chez eux.
Une masse de Cubains a fini par comprendre qu’exécuter un tueur d’enfants et de femmes débarquant de Miami n’était pas "rentable". Mais cela ne doit pas nous empêcher de rappeler que les commandos « anticastristes » de Floride débarquaient après la révolution et tuaient les civils trouvés sur leur chemin, et que la réaction à ces agressions constituait une réaction à un crime.
Et que, aujourd’hui encore, les « dissidents » aidés depuis la Floride participent de l’étranglement de leur peuple et de la mort de ceux qui n’ont plus accès à certains soins ou besoins vitaux. Méritent-ils la mort ? On a au moins le droit de poser la question, même si nous nous réjouissons qu’on ne pratique de fait plus la peine de mort à Cuba.
Fascisation et agressions
Dans les années 1930, l’empire britannique et le Reich allemand participaient d’une même logique capitalisto-germanique ayant des apparences évolutives et donc des différences de formes et de mutations, mais leur fond idéologique et de classe était identique. Et leurs méthodes coloniales étaient comparables, même si les Britanniques les exerçaient aux dépens de populations de « couleur » alors que les Allemands les exerçaient aux dépens de populations « blanches » d’Europe orientale.
La Grande-Bretagne n’a pas basculé vers le fascisme simplement parce que l’impérialisme britannique avait à l’époque encore des réserves qui lui ont permis de faire passer le pays de Chamberlain à Churchill, du traité de Münich à la bataille d’Angleterre.
Puis la politique brutale et de gros sabots allemande n’a pas aidé le Reich et a contribué à remettre en selle ses concurrents impérialistes. À chaque fois les impérialistes allemands perdent parce qu’ils ne savent pas s’arrêter quand ils gagnent, alors que jusqu’à aujourd’hui les autres impérialistes ont mieux su jouer de la carotte et du bâton.
Erreur germanique que répètent aujourd’hui les sionistes agressant les Palestiniens alors que bientôt sans doute les USA et la Grande-Bretagne avec leurs alliés sur le continent européen, désormais tous en dégénérescence, se trouvent dans une situation les amenant et nous amenant fort probablement vers la fascisation.
Car le rejeton yankee, lui aussi mondialisé, capitaliste, impérialiste et culturellement largement anglo-germanique, est aussi l’héritier parfait de la logique de guerre mondiale et de guerres coloniales, avec en prime les Anglo-sionistes made by Palmerston & Balfour co. ltd., et les collabos français ou autres qui protègent, grâce à ce "bloc impérial", "leur empire".
D’où le récent sommet "franco-africain" à Nairobi, Kenya, Commonwealth, sur les bords de "l’Indo-pacifique". Ce dernier concept géostratégique a été inventé par les stratèges du Pentagone et il semble partagé par Macron & co. ltd. Qui rêve de jouer un rôle d’appoint remarqué et récompensé de la part du bloc impérialiste, de Mombasa à l’île Clipperton, en passant pas Djibouti, Mayotte, la Réunion, la Kanaky, Wallis et Futuna et la Polynésie "française".
Désarmement :
Quoiqu’on pense de l’URSS et du camp socialiste, il y a eu des avancées en direction du désarmement (limitées mais réelles) de 1945 à 1991... et le fait qu’il y a eu régression depuis dans ce domaine n’est pas dû au hasard, mais à la fin du contrepoids communiste au niveau international.
Ce qui pose des problèmes que beaucoup de gauchistes ou de « démocrates » n’osent pas poser car, finalement, est-ce que "l’invasion" de la Hongrie en 1956 et celle de la Tchécoslovaquie en 1968 sont condamnables pour les raisons que l’on connaît et qui ont été martelées pendant des décennies ou, au contraire, avec le recul, ne peut-on pas réfléchir autrement à la décision des dirigeants soviétiques ?
Ceux-ci dirent à l’époque que leur intervention était nécessaire car elle visait à renverser des équipes au pouvoir qui, objectivement, naïvement ou pas, facilitaient le boulot des "fauteurs de guerres impérialistes".
Vasil Bilak (voir ses mémoires éditées chez Delga) a appelé l’URSS à intervenir dans son pays contre Dubcek, et ne peut-on pas aujourd’hui faire ressortir cet aspect des choses ? Alors Bilak fut-il un traître ou un homme de paix ? ... et Dubcek fut-il un homme de paix ou, objectivement, un traître ? Dubcek était sans doute humainement tout aussi sincère que Bilak... sauf que la question politique doit être posée indépendamment de la question "morale" et individuelle dans les deux cas.
Aujourd’hui donc, qu’on le veuille ou non, nous sommes lancés dans nos pays dans une course aux armements que nous estimons injustifiable si nous nous plaçons du côté du progrès social et humain… mais une course à la militarisation qui semble être devenue inévitable.
Il faudrait que les peuples se réveillent… pour ne pas aboutir à une catastrophe analogue à celles du passé.
Mais dans quelle mesure nos peuples sont-ils piégés comme l’étaient les prolétaires allemands en 1941 et dans quelle mesure peuvent-ils et veulent-ils desserrer le piège ?
Source Image : https://sinedjib.com/index.php/2026/04/06/abdelaziz-menouer-ben-lekhal-symbole-de-la-lutte-contre-limperialisme/


