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La politique française vient peut-être de vivre un moment historique.

mercredi 17 juin 2026 par Alain Chancogne

Après des décennies de débats compliqués sur les retraites, le pouvoir d’achat, la dette, l’énergie, l’immigration, la réindustrialisation ou le climat, Raphaël Glucksmann semble avoir trouvé la solution : dire des choses avec lesquelles absolument personne n’est en désaccord.

Et il faut reconnaître que c’est une stratégie audacieuse.
Pendant que certains s’obstinent à proposer des mesures précises qui risquent de fâcher quelqu’un, lui a choisi une voie plus rassembleuse :
« La démocratie, c’est bien. »

Difficile de lui donner tort.
Même les dictateurs, quand on les interroge, répondent généralement qu’ils adorent la démocratie. Ils ont simplement une définition très personnelle du concept.
Puis vient une autre proposition d’une audace presque déstabilisante :
« L’égalité, c’est important. »

Là encore, le courage politique force le respect.
On attend désormais avec impatience la prochaine étape du programme :
« Les bébés phoques méritent le bonheur. »
Ou :
« Les chatons ont droit au respect. »

Le candidat poursuit ensuite avec un message d’une profondeur philosophique remarquable :
« La paix, c’est préférable à la guerre. »
Enfin quelqu’un ose le dire.
Des générations de stratèges militaires sont probablement en train de se frapper le front :
— Mais bien sûr ! Pourquoi n’y avions-nous pas pensé plus tôt ?
Dans les chancelleries du monde entier, les diplomates prennent des notes fébrilement.
L’OTAN est en réunion d’urgence.
Le prix Nobel de la paix tremble déjà.

Puis arrive sans doute le point le plus ambitieux du projet :
« Les gens devraient être gentils entre eux. »
Et là, on touche au génie.
Car pendant des millénaires, l’humanité a fonctionné sur le principe exactement inverse.
Les guerres, les conflits, les insultes sur Facebook, les disputes de voisinage, les embouteillages, les réunions de copropriété...
Tout cela pourrait enfin disparaître grâce à cette idée révolutionnaire :
être gentil.

Qui aurait pu imaginer une telle rupture intellectuelle ?
Certains esprits chagrins reprochent à ce type de discours son caractère un peu flou.
Ils demandent des réponses concrètes.

  • Comment financer les services publics ?
  • Comment réindustrialiser le pays ?
  • Quelle politique énergétique ?
  • Quelle réforme fiscale ?
  • Quelle stratégie européenne ?

Mais ces gens-là n’ont manifestement rien compris à la modernité.
Pourquoi s’encombrer de détails techniques quand on peut affirmer des vérités universelles ?
D’ailleurs, plusieurs pistes seraient actuellement à l’étude pour enrichir encore le programme.

Parmi elles :

  • Le soleil est préférable à la pluie.
  • Il faut respirer pour vivre.
  • La maladie est moins agréable que la santé.
  • Les gens aiment généralement être heureux.
  • Les chiots sont sympathiques.
  • Une plateforme politique cohérente et fédératrice.

Le véritable exploit est là.
Réussir à construire un discours tellement consensuel qu’il pourrait être applaudi simultanément par un militant social-démocrate, une institutrice à la retraite, un participant à Miss France, un entraîneur de football amateur et un biscuit apéritif.

Au fond, le programme semble reposer sur une intuition simple :
si l’on remplace toutes les propositions concrètes par des principes moraux auxquels tout le monde adhère déjà, il devient presque impossible d’être contredit.

Et c’est peut-être cela, le futur de la politique.

  • Moins de conflits.
  • Moins de débats.
  • Moins de choix.
  • Plus de slogans tellement consensuels qu’ils pourraient être imprimés sur des calendriers de bureau ou des mugs vendus à la sortie d’un salon du développement personnel.
  • La démocratie, c’est bien.
  • L’égalité, c’est important.
  • La paix, c’est mieux que la guerre.
  • Et l’eau, sauf erreur, ça mouille.

La campagne est lancée. 😄
Texte : Paolo Bolo

   

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