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Le gouvernement détourne les fonds de l’Ademe pour financer l’un des plus gros pollueurs de France
jeudi 18 juin 2026 par Floriane Louison
Le résumé de notre enquête
Les services de Matignon et de Bercy ont forcé l’Agence de la transition écologique (Ademe) à financer un géant de la pétrochimie. Son nom : Ineos. Plus de 300 millions d’euros doivent lui être attribués au titre de la décarbonation de l’industrie, selon des documents confidentiels obtenus par Disclose.
Problème : les chantiers présentés par Ineos ont été jugés irrecevables par les expert·es de l’agence de la transition écologique. Ils concernent des aménagements pour son usine de fabrication de plastique à Martigues (Bouches-du-Rhône), qui n’est autre que le troisième plus gros émetteur de CO2 en France.
Malgré la fragilité des projets d’Ineos, la multinationale du plastique a reçu le soutien appuyé d’un intime d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’industrie Marc Ferracci. « [Le ministre] a dit : "je veux m’en mêler et décider quel industriel on va aider" », résume un syndicaliste de l’Ademe.
La multinationale a bénéficié d’une première subvention de 297 millions d’euros, en février dernier, pour un chantier contraire au cahier des charges de l’Ademe. Une seconde subvention d’environ 6 millions d’euros doit lui être attribuée dans les prochains jours pour un autre projet qui n’aurait jamais dû être financé. Ces fonds alloués indûment font courir à l’État un risque de « délit de favoritisme ».
Sollicités par Disclose, les services de l’Ademe et du Premier ministre indiquent que les deux dossiers d’Ineos sont « en cours de contractualisation [et qu’]aucune aide n’a encore été versée ». Alors que le gouvernement a récemment présenté un projet de loi visant à affaiblir l’Ademe, notre enquête révèle que le démantèlement de cette institution centrale dans les politiques écologiques a déjà commencé.
« Nos révélations pourraient conduire à annuler 300 millions d’euros de subventions »
On ne s’étonne plus des discours « pro-business » d’Emmanuel Macron : l’industrie avant l’écologie ; les emplois avant le climat. Mais l’enquête que nous publions aujourd’hui va bien au-delà des paroles. Elle révèle une collusion d’une ampleur inédite entre l’État et une multinationale, qui a conduit à détourner 300 millions d’euros dédiés à la transition écologique.
Alors que la France vit déjà sa deuxième canicule de l’année, ces fonds publics auraient pu soutenir des mesures ambitieuses d’adaptation au changement climatique, comme la lutte contre la sécheresse ou le développement des transports en commun. Le gouvernement a préféré arroser un industriel qui, non content de fabriquer du plastique, extrait aussi du pétrole et du gaz de schiste à travers le monde, contribuant à réchauffer dangereusement notre atmosphère.
Si le pouvoir politique a pris ces décisions iniques, la justice pourrait bien les invalider. Nos révélations pourraient conduire à annuler les subventions versées à Ineos, comme nous l’ont confirmé plusieurs expert·es juridiques.
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