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Actualité Corse 2026

vendredi 19 juin 2026 par Francis Arzalier

L’univers médiatique qui enserre la Nation française au service des dogmes idéologiques édictés par sa Bourgeoisie dirigeante, s’efforce de modeler les esprits en dressant les images adéquates d’une actualité mouvante, au gré des événements successifs.
Pour cette foule méprisable d’experts (es) en tout et rien, sachants causer sans émettre une idée ordonnée, les réalités ne sont que le prétexte au commentaire rétribué.

Il n’est qu’à voir comment ces derniers mois le meurtre abject d’une petite fille souriante a permis à nos télévisions et aux idéologues sans scrupules qui les font parler de ressasser des semaines durant « le laxisme des magistrats » face au « mal des banlieues » submergées de migrants plus où mois musulmans, cela entre deux diatribes bellicistes a la Macron ( « Réarmons nous, mes Frères, avant le prochain conflit antirusse ! ») et trois saynètes dans lesquelles Trump et sa Cour de milliardaires fous règlent le sort des peuples, en bombardant de ci de là.

Vers la fin du XXème siècle, ils nous parlaient souvent du désastreux « Problème corse », cet amas de cagoulés irrationnels en Méditerranée française obstinés à exploser les belles villas dont on avait orné ses côtes.

Évidemment, dans le tumulte de ces derniers mois issu du brasier ukrainien et des charniers du Moyen-Orient, de Gaza à Beyrouth et Téhéran, les sujets corses n’étaient plus de mise sur nos petits écrans.

Ils ont pointé leur nez pourtant en ce début juin, à l’occasion d’un débat feutré au sein de l’Assemblée nationale, sur l’éternel problème du plus ou moins d’autonomie de l’ile. France-TV 2 a programmé le 9 juin dans la foulée un récit rappelant au public qui fut Yvan Colonna, cet insurgé nationaliste corse, condamné à finir ses jours en prison, pour avoir assassiné le préfet Erignac sur un trottoir d’Ajaccio en 1998.

L’émotion causée par cette exécution, en Corse et dans toute la France, fut énorme, et suivie des mois durant, d’une comédie politico-policière, nourrie des pires phantasmes anti-corses qui traînent dans notre pays depuis Merimee : des médias enflammés contre les indigènes sanguinaires, poursuivant leur « vendetta » contre un saint homme bien de chez nous transplanté dans une île arriérée ; un chef d’État, Sarkozy, autopromu en protecteur des « vrais Français », annonçant l’arrestation du « coupable » à la télé, avant toute enquête judiciaire ; un « berger » présenté comme ignare et haineux, Colonna, longtemps caché dans le maquis par une population complice…

Tout cela pour aboutir à un procès-psychodrame national, qui ne pouvait qu’entériner la condamnation à perpétuité dans une cellule Haute Sécurité du continent, ce qui permit d’alimenter à Ajaccio les campagnes des clandestins en faveur du « martyr corse ».

Et comme s’il en fallait une confirmation, l’assassinat de Colonna dans sa prison française par un codétenu, qui laissait supposer quelques complicités…

Les documentaires télévisés de 2026 ont retracé à peu près les éléments factuels de cette curieuse histoire, 20 ans plus tard, sans toutefois focaliser sur ce qui en fut et reste l’interrogation majeure :

  • Comment et pourquoi ce jeune militant, fils d’un élu socialiste niçois d’origine insulaire, égaré dans ses rêves d’indépendance d’une île qu’il connaissait assez mal, a-t-il pu verser dans cette action lâche d’exécuteurs, par désir de refonder une fois pour toutes par cet « acte de sang » un mouvement clandestin (ex-FLNC) englué dans les ambitions personnelles et la corruption délinquante ?

Aucune preuve véritable n’a été donnée que Colonna ait tenu lui-même l’arme dont jaillirent les balles dans la nuque du préfet. Même s’il a endossé ce crime, par solidarité avec ses compagnons du commando.
Pas plus que n’ont été fournies des réponses claires sur son élimination en prison.
La relecture 2026 ne nous éclairera pas davantage sur le personnage.

Une histoire falsifiée

La deuxième partie de la » soirée télévisée Colonna « de 2026 était consacrée à l’histoire du peuple corse, présentée comme explication de ses comportements, ce qui est certes vrai. Encore faut-il ne pas la violenter, en ne prenant pour argument que quelques faits soigneusement triés pour démontrer ce que l’on veut prouver.

Les historiens de qualité, scientifiques attachés à la lecture dialectique et rationnelle de l’histoire de la Corse n’ont pourtant pas manqué vers la fin du XXème siècle.
Leurs travaux sont d’autant plus riches qu’ils émanent de chercheurs et universitaires aux idéologies diverses, et d’autant plus faciles à lire que la Region Corse a eu la chance de disposer d’une Université et de maisons d’éditions locales comme Albiana. [1]

L’émission a été faite en les ignorant, ce qui s’est traduit par une avalanche de faits historiques mineurs, au profit d’autres largement surévalués, le tout enveloppé d’un verbiage prétentieux psychologisant sur « l’identité corse », caractérisant selon les auteurs « LES CORSES », un ensemble indifférencié, dont on disparut les clivages de classe et idéologiques.
C’est ainsi qu’on en arrive à un récit émasculé, amputé de faits essentiels à la compréhension du déroulement historique.

Ainsi il n’est question ni de la Révolution corse contre l’oppression fiscale Génoise, ni de Pascal Paoli, cet « Homme des Lumières » qu’admira Jean Jacques Rousseau, ni de la conquête militaire de l’île par les troupes de la Monarchie de Louis XV, encore moins de la Révolution française de 1789 à laquelle Paoli vint apporter l’allégeance du Peuple corse, même s’il n’en partagea pas les emballements anticatholiques ultérieurs.

Autant d’événements de la fin du 18eme siècle, qui ont pourtant fondé l’identité du Peuple corse, ancrée par son histoire dans ses refus de l’oppression, mais aussi attaché délibérément à la Nation française durant ses épisodes émancipateurs.

L’émission prétendument « historique » va même occulter toute allusion à l’épopée napoléonienne, et au Bonapartisme qui renforça cette insertion de la Corse dans la Nation française.
Notons aussi le choix délibéré des auteurs d’effacer de l’histoire de l’île toute allusion aux divers partis politiques insulaires, à ceux « irrédentistes » qui lorgnaient volontiers avant 1939 vers le Fascisme mussolinien, et à contrario a « oublier » le rôle majeur des Communistes Corses, de Jean Nicoli, animateurs de l’insurrection résistante antifasciste de 1943.

Le sommet du ridicule est atteint, quand les auteurs décrivent avec un enthousiasme douteux l’apport civilisationnel des militaires Étatsuniens de la base aérienne installée au flanc de l’île libérée, qui auraient « apporté la modernité » à des insulaires archaïques, et permis en tuant les moustiques de la plaine orientale le développement ultérieur du tourisme et de l’agriculture…

Ne nous attardons pas sur les explications de la croissance ultérieure des autonomistes et séparatismes, elles sont pour le moins rudimentaires. Notamment parce qu’elles négligent l’essentiel, le non-développement, que ne solutionne pas une autonomie régionale liée à l’Union Européenne Capitaliste, laissant libre cours à la spéculation immobilière et foncière.

En guise de décryptage de l’histoire, l’émission se garde bien de poser les vrais problèmes du Peuple corse, l’inégalité sociale croissante, l’émigration contrainte faute de développement agricole et industriel, la destruction spéculative des rivages, alors que les jeunes salariés insulaires ont de plus en plus de mal à trouver un logis à prix accessible, etc.

Des conséquences directes du Capitalisme, que ne suffira pas à éradiquer le maintien de la langue corse, même si l’objectif est justifié.

Qu’importe que les décisions soient prises à Ajaccio, Paris ou Bruxelles, si elles vont dans le même respect du Capital !!


[1/ À titre d’exemple, deux ouvrages que j’ai publiés parmi bien d’autres sur l’histoire de la Corse :
/ « Jean Nicoli, un instituteur républicain, de la Corse à la Résistance « Éditions Donnya, Bamako, Mali, 2000.
Réédite en 2003, avec la collaboration de Francette Nicoli, aux éditions Albiana à Ajaccio
/ les Corses et la question coloniale », 2005, éditions Albiana, Ajaccio

   

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