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Jeu d’échecs nucléaire

lundi 22 juin 2026 par Strategika5100

Le ballet à distance entre Washington et Téhéran autour d’un nouveau protocole d’accord sur le nucléaire commence à ressembler à un numéro de funambule diplomatique sans filet de sécurité à très haute altitude. Depuis des mois, les pourparlers indirects menés à Oman, au Pakistan, au Qatar et en Suisse ont permis d’esquisser les contours d’un accord fragile, lequel a pris forme en tant que Mémorandum d’entente (MoU) signé électroniquement et à distance.

Mais ce MoU, qui n’a jamais été officialisé sous forme de Traité, n’a de solidité que celle des tempêtes régionales qui l’entourent. Et à l’heure actuelle, Téhéran mène un jeu d’interdépendance bien plus habile et intelligent que ne l’avaient prévu ses interlocuteurs occidentaux : l’Iran lie tout accord nucléaire directement au comportement militaire d’Israël au Liban où la situation semble insoluble.

En subordonnant le dossier nucléaire à la conduite de la guerre par Israël, l’Iran a de facto transformé les pourparlers en négociations sur la sécurité régionale sans inviter Israël à la table des négociations.
Négocier un virage serré sans toucher le parapet est une chose ; le franchir sans dégât en est une autre. Dans ce jeu, l’Iran se montre pour le moment comme une puissance diplomatique de premier plan.

Pourquoi ?

Cela fait peser sur Washington la responsabilité de freiner son allié dont l’image est très gravement détériorée à l’international.

Cette tâche quasi impossible pour une administration qui perd déjà tout son capital politique à cause de la crise à Gaza. La fragilité du Mémorandum d’entente dépend désormais directement de chaque frappe aérienne israélienne, de chaque annonce de nouvelle colonie, de chaque opération militaire que l’Iran peut mettre en avant comme preuve du deux poids deux mesures de l’Occident.

Cela signifie que l’Iran joue sur le temps et ne fait nullement confiance à ses interlocuteurs. Ce marathon d’endurance diplomatique cache à peine une volonté de ne pas céder sur l’essentiel (entendre une dissuasion suffisante).

Cela fait passer le centre de gravité du conflit du détroit stratégique d’Hormuz au Liban et de la belligérance avec les États-Unis et la rivalité avec les pays du Golfe au conflit entre Israël et le Hezbollah libanais.

Pour un diplomate, il s’agit, dans ce cas de figure précis, d’une prouesse technique rarement égalée. Mais la diplomatie iranienne se heurte à présent à une nouvelle forme de guerre hybride israélienne. Celle-ci étant à la fois corrélée et en apparence hostile à un courant de l’administration américaine.

Si l’Iran mise sur la persévérance diplomatique, le contre-argument israélien le plus virulent provient d’un horizon inattendu ou du moins « délibérément » peu visible : l’ancien Premier ministre Naftali Bennett.
Bennett, qui s’était retiré de la scène politique après son bref et tumultueux mandat à la tête du gouvernement, vient de refaire surface avec un plan détaillé visant à faire s’effondrer la République islamique — non pas par une guerre totale, impossible dans l’état actuel des choses, mais par le biais d’une guerre économique, cybernétique et hybride.

La crédibilité de Bennett en matière de conflits non conventionnels est étonnamment solide. Rares sont ceux qui se souviennent à quel point il a joué un rôle central dans les premières phases de la guerre en Ukraine. Certains analystes conviennent que c’est Naphtali Bennett qui aurait arraché la garantie du président russe Vladimir Poutine de ne pas cibler Zelensky ou tenter de le neutraliser.

Quoi qu’il en soit et nous n’allons pas nous attarder sur ce point fort sensible, en mars 2022, Bennett s’est rendu à Moscou pour une rencontre de trois heures avec Vladimir Poutine, devenant ainsi l’un des rares dirigeants alignés sur l’Occident à s’entretenir face à face avec Poutine après la reprise de la guerre en Ukraine et l’invasion russe.

Il a ensuite fait la navette entre Berlin et Kiev alors que les forces russes s’approchaient de la capitale ukrainienne, tentant officiellement de négocier un accord de cessez-le-feu qui aurait vu l’Ukraine renoncer à ses aspirations à l’OTAN en échange d’un retrait russe vers les lignes d’avant l’invasion.
Cette initiative a échoué en quelques jours durant lesquels les colonnes russes sont demeurées immobiles dans l’attente d’ordres qui ne viendront jamais, mais la médiation de Bennett — menée en étroite coordination avec Washington et Berlin — lui a permis de se faire une idée précise de la manière dont les guerres entre grandes puissances se déroulent dans la zone grise.

Aujourd’hui, il tente d’appliquer cette perspective à l’Iran après l’échec de la voie militaire.
L’approche de Bennett consiste essentiellement à reprendre à son compte la stratégie appliquée en Ukraine : affaiblir la cohésion de l’ennemi de l’intérieur, faire de l’économie un champ de bataille et garder l’option militaire en réserve.

La coexistence difficile de ces deux dynamiques — les manœuvres diplomatiques de l’Iran et l’appel de Bennett à un effondrement interne — fait apparaître ce fragile MoU comme un mirage.

Les négociateurs de Téhéran savent que chaque opération de sabotage israélienne, chaque assassinat perpétré par le Mossad sur le sol iranien ou ailleurs, renforce l’argument selon lequel on ne peut pas compter sur l’Occident pour respecter ses engagements en matière d’allègement des sanctions ou d’une solution durable au conflit.

De son côté, les États-Unis sont dans une impasse.
La Maison Blanche souhaite que le protocole d’accord reste en vigueur jusqu’aux élections de mi-mandat, mais ne peut ignorer l’influence grandissante de Bennett au sein des milieux de la sécurité israéliens, où sa doctrine gagne du terrain parmi ceux qui considèrent que la logique des Accords d’Abraham est révolue depuis le 7 octobre.

L’Iran a, avec beaucoup d’habileté, fait de son ambiguïté nucléaire l’otage de la posture d’Israël dans la région.
Et Bennett a, sans mâcher ses mots, proposé un moyen de » tirer » sur cet otage.
Ce n’est pas une voie vers une hypothétique stabilité mais une autoroute directe vers l’enfer.


Voir en ligne : https://strategika510.com/2026/06/2...

   

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