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La rupture suicidaire entre Israël et les États-Unis
mardi 23 juin 2026 par Chris Hedges
Israël peut provoquer et provoquera encore beaucoup de dégâts. Il peut infliger et infligera encore des morts et des souffrances. Mais il est en train de s’autodétruire.
Israël se retourne contre son dernier allié dans un accès d’orgueil suicidaire.
Israël sabote les négociations avec l’Iran et s’aliène son dernier allié important en refusant de mettre fin à ses attaques contre le Liban et de se retirer du sud du pays qu’il occupe. Il est déterminé à raviver un brasier régional qui pourrait conduire l’Iran à boucler définitivement le détroit d’Ormuz et plonger l’économie mondiale dans une dépression générale.
Et il poursuit le génocide à Gaza.
Israël est gangrené par le racisme et la violence génocidaire. Ce pays est aveuglé par une supériorité morale répugnante. Il est corrompu par une classe de milliardaires sionistes aux États-Unis qui mettent leur fortune au service de la politique étrangère pour servir les intérêts israéliens.
Il est doté d’un arsenal nucléaire que les responsables israéliens ont à plusieurs reprises menacé d’utiliser.
Cet État est un danger pour la région, un danger pour lui-même et un danger pour nous.
La première session d’une réunion quadripartite entre les États-Unis, l’Iran et des médiateurs pakistanais et qataris qui s’est tenue dimanche en Suisse — au cours de laquelle la délégation iranienne a refusé de serrer la main de ses homologues américains et de poser avec eux pour une photo officielle — s’est concentrée sur la mise en œuvre américaine des engagements fixés dans le protocole d’accord (MoU) pour une période initiale de 60 jours.
Mais la fermeture du détroit d’Ormuz — à la suite des attaques israéliennes contre le Liban — a perturbé les pourparlers. Cette fermeture a provoqué chez Trump une nouvelle crise de rage, comme à son habitude, au cours de laquelle il aurait déclaré au correspondant de Fox News, Trey Yingst, qu’il aurait informé les négociateurs iraniens que si le détroit d’Ormuz reste fermé,
- “[vous] ne pourrez même pas rentrer dans votre putain de pays”.
Lorsqu’on lui a fait remarquer que le président iranien Masoud Pezeshkian continue d’affirmer le droit de l’Iran à enrichir de l’uranium — un droit garanti par le Traité de non-prolifération des armes nucléaires dont les États-Unis sont l’un des cofondateurs —, Trump aurait déclaré :
- “[Le président Pezeshkian] ferait mieux de surveiller ses propos. Il ferait mieux de se ressaisir, sinon nous prendrons le contrôle du reste du pays.
- “L’Iran doit immédiatement empêcher ses MANDATAIRES grassement rémunérés au Liban de semer la pagaille”
a ajouté Trump dans un message publié sur Truth Social, faisant référence au Hezbollah.
- “S’ils ne s’y conforment pas, nous frapperons à nouveau très fort l’Iran, exactement comme nous l’avons fait la semaine dernière, mais encore plus fort !!!”
Les menaces de Trump ont poussé la délégation iranienne à quitter la réunion en Suisse, tandis que Ghalibaf a balayé d’un revers de main les diatribes de Trump dans un message publié sur X.
- “Ne se disent-ils donc jamais que si leurs menaces avaient fonctionné, ils n’en seraient pas réduits à une telle impasse aujourd’hui ? Nous n’accordons strictement aucun crédit aux menaces des Américains”, a-t-il déclaré.
La réunion s’est conclue par
“un accord sur une feuille de route de 60 jours en vue d’un accord final et la mise en œuvre de mécanismes destinés à faire avancer les négociations sur le plan technique”
dans le cadre du protocole d’accord, selon l’agence de presse IRNA.
La vision israélienne d’un “Grand Israël”, destinée à garantir la domination militaire d’Israël dans tout le Moyen-Orient, ne repose que sur l’exploitation des richesses et de la puissance militaire américaine.
Plus des deux tiers des armes et munitions importées par Israël — sans lesquelles il ne pourrait jamais poursuivre son génocide contre les Palestiniens, transformer le sud du Liban en paysage lunaire ni bombarder l’Iran, la Syrie et le Qatar — sont fabriquées et fournies par les États-Unis.
Et parce que le lobby israélien, depuis des décennies, tient en laisse le Congrès, que ses alliés sionistes surveillent et contrôlent les médias, et qu’il est capable de détourner des dizaines de milliards de dollars provenant des contribuables américains pour financer son aventurisme militaire, Israël reste aveugle à ses propres limites.
Il est prêt à nuire à ses alliés, y compris les États-Unis, pour servir ses propres intérêts.
Et c’est précisément ce qu’il compte faire actuellement.
Même l’administration plutôt bornée de Donald Trump — qui a dépensé plus de 34 milliards de dollars pour cette guerre contre l’Iran et dont WarCosts estime le coût à plus de 214 milliards de dollars en tenant compte des coûts économiques plus larges — s’en est rendu compte.
Le protocole d’accord, signé virtuellement mercredi, met Israël au bord de l’apoplexie : il reporte à des négociations ultérieures la question des stocks iraniens de matières nucléaires enrichies, lève le blocus naval américain, débloque les avoirs iraniens gelés et accorde des dérogations pour autoriser les ventes de pétrole iranien.
Le protocole d’accord proclame une :
“cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts”.
Il prévoit une période de négociation de 60 jours avant la conclusion d’un accord définitif, la création d’un Fonds de reconstruction et de développement de 300 milliards de dollars, le retrait des forces américaines de la périphérie de l’Iran et la levée de toutes les sanctions internationales et unilatérales.
La rhétorique déchaînée des politiciens et commentateurs israéliens contre Trump et les membres de son administration au sujet de ce protocole d’accord — qui aurait été conclu sans la participation d’Israël — est particulièrement agressive.
Personne au sein de l’administration Trump n’est épargné. Les messagers malchanceux de Trump et ses agents sionistes sans scrupules, Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner, ont été fustigés en tant que “deux petits Juifs” par Yinon Magal, un ancien député de la Knesset devenu commentateur et proche de Benjamin Netanyahu.
Trump serait un “loser”, le vice-président JD Vance “une ordure”. Israel Hayom — le journal israélien appartenant à la milliardaire Miriam Adelson, l’une des plus grandes donatrices financières de Trump — a, dans une tribune libre, accusé Trump de trahir Israël.
- “Si je faisais partie du gouvernement israélien, je ne m’en prendrais certainement pas au seul allié puissant qui me reste dans le monde”, a rétorqué Vance.
Il est plus qu’ironique qu’Israël pousse Trump — dont le comportement ternit l’image même du mot corruption — à se retourner contre Israël.
Mais Israël a surjoué sa main.
Le monde arabe et musulman, comme les pays du Sud, détestent Washington pour avoir soutenu le génocide et trahi les Palestiniens. Israël et ses soutiens sionistes ont poussé les États-Unis à déclencher des guerres au service d’Israël en Irak, en Libye, en Syrie, puis cette fois contre l’Iran.
Ces alliances et débâcles militaires ont fait d’Israël et des États-Unis des États parias.
Aujourd’hui, Israël se retourne contre le seul allié qui lui reste.
Le refus des États-Unis de continuer à subordonner leurs intérêts à ceux d’Israël, même au prix d’un suicide économique, est, aux yeux des sionistes qui se croient tout permis, absolument impardonnable. Israël s’attend à ce que la classe des milliardaires sionistes et le lobby israélien aux États-Unis, comme par le passé, se plient à ses quatre volontés.
La Maison Blanche d’Obama a signé en 2016 un protocole d’accord avec Israël s’engageant à verser 3,8 milliards de dollars par an d’aide militaire de 2019 à 2028. Le Congrès a autorisé une aide militaire supplémentaire de 17,9 milliards de dollars à Israël pour soutenir le génocide.
Entre 1946 et 2024, les États-Unis auraient, selon les estimations, accordé à Israël plus de 300 milliards de dollars d’aide militaire et économique après ajustement de l’inflation.
Le coût des guerres menées par les États-Unis en Irak et en Afghanistan est estimé, par l’université Brown, entre 4 000 et 6 000 milliards de dollars, dont une grande partie devra être payée dans les décennies à venir sous forme de prestations médicales et d’indemnités d’invalidité versées aux anciens combattants et à leurs familles.
Mais cette fois, le prix est trop élevé.
La défaite d’Israël et des États-Unis contre l’Iran a porté un coup fatal au projet du “Grand Israël” et aux Accords d’Abraham. Elle a paralysé la présidence de Trump, fait grimper l’inflation, fait chuter la cote de popularité de Trump à des niveaux catastrophiques, paralysé les économies des alliés du Golfe et menacé le contrôle républicain de la Chambre des représentants et du Sénat lors des élections de novembre.
Israël n’a pas la moindre intention de se plier aux exigences de Trump. Il se moque éperdument de ce qui peut lui arriver, à lui ou à son administration, ou des implications de la catastrophe économique qui se profile.
Mais Trump, qui n’a toujours eu à cœur que ses propres intérêts et continuera ainsi, n’est pas prêt à se sacrifier pour le bénéfice d’autrui ou des idéaux utopiques.
Les dirigeants israéliens sont tellement déconnectés de la réalité qu’ils menacent d’entrer en guerre contre l’Iran sans les États-Unis. Avigdor Lieberman, ancien ministre de la Défense et actuel chef du parti d’extrême droite Yisrael Beiteinu, a appelé Israël à se doter d’une force de missiles balistiques et a déclaré que s’il était aux commandes, il ordonnerait au Mossad de renverser le gouvernement iranien.
Israël n’a aucune intention de quitter le sud du Liban, les hauts plateaux du Golan — et d’autres régions de Syrie qu’il a occupées après le renversement d’Assad — ni Gaza — dont il occupe 70 % du territoire — ni cesser son nettoyage ethnique barbare en Cisjordanie.
Il entend trouver un lieu sur la planète où expédier les deux millions de prisonniers de facto du camp de concentration qu’est Gaza. Les Palestiniens de Gaza continuent d’être massacrés — plus de 1 000 ont été tués par Israël depuis l’entrée en vigueur du pseudo-cessez-le-feu d’octobre dernier — et s’entassent dans des camps de tentes surpeuplés sans nourriture suffisante, sans eau potable ni soins médicaux.
Ces objectifs sont peut-être réalisables à court terme, mais ils annoncent à long terme la disparition de l’État sioniste.
Les démocrates se débarrassent progressivement du boulet qu’est l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), qui a soutenu plus de 100 républicains ayant voté contre l’homologation des résultats de l’élection présidentielle de 2020. Les républicains partisans de l’“America First” et la droite s’enferment dans leur antisémitisme traditionnel.
Le génocide a levé le voile sur Israël et révélé son visage sinistre et meurtrier à la communauté internationale. La guerre contre l’Iran, que Netanyahu a présentée comme une victoire facile, a exposé la manipulation cynique d’Israël des États-Unis auprès de la Maison Blanche de Trump.
Les Israéliens, grisés par le fantasme du peuple élu, n’ont aucun ami. Aucun allié. Ils sont entourés de ceux qu’ils exploitent et de ceux qu’ils massacrent.
- “Finie l’aide insensée sans conditions, désormais chaque dollar et chaque missile seront assortis d’une condition”, écrit le journaliste israélien Gideon Levy.
- “Tenez-vous à carreau ou payez le prix. Vous ne pouvez plus faire ce qui vous chante : assassiner, maltraiter, violer la souveraineté nationale et le droit international en toute impunité. Dans un tel climat, Israël ne pourra plus continuer à tourner le dos à la communauté internationale. Car il n’y a pas de sujet plus fédérateur que l’opposition à l’occupation.
- “Qu’il le veuille ou non, Israël va devoir en tenir compte. Les premières lézardes apparaissent déjà, et pas des moindres : un accord conclu avec l’Iran en ignorant totalement Israël, qui, pendant des années, a ignoré les États-Unis et le monde entier.
- Ce n’est qu’un début : un monde horrifié par ce qu’Israël a commis dans la bande de Gaza exigera des comptes.
- Un État génocidaire ne peut pas continuer à être la coqueluche du monde occidental. Un État dont les citoyens se livrent quotidiennement à des pogroms avec la complicité de son armée n’aura pas sa place au sein de la communauté des nations.
- Le rêve commence à se réaliser. Pour nous, ce sera un cauchemar”.
La partie est terminée. La domination israélienne sur le système politique américain touche à sa fin. L’incapacité d’Israël à décrypter l’opinion américaine et mondiale — ou celle de sa propre population, dont plus de 90 % estiment qu’Israël a perdu sa guerre contre l’Iran —, conjuguée à son obstination à croire que ses anciens leviers de pouvoir peuvent encore fonctionner, illustre un leadership devenu sourd, muet et aveugle.
Il peut provoquer et provoquera encore beaucoup de dégâts.
Il peut infliger et infligera encore des morts et des souffrances.
Mais il est en train de s’autodétruire.
Traduit par Spirit of Free Speech
Voir en ligne : https://substack.com/home/post/p-20...

