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Le Figaro : « Pourquoi le Liban est crucial dans la stratégie iranienne »

mardi 30 juin 2026 par Renaud Girard

Dans les conditions qu’il a posées pour cesser le combat et rouvrir le détroit d’Ormuz, l’Iran a clairement exigé que les bombardements cessent contre son territoire mais aussi contre celui du Liban. Cette clause sur le pays du Cèdre est loin d’être secondaire.

Photo : Un drapeau représentant l’ancien leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, flotte une rue de la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 26 juin 2026. Khalil Ashawi / REUTERS

Entre escarmouches et bombardements « ciblés », la guerre du Liban n’en finit pas. Les cessez-le-feu entre les deux belligérants, Tsahal et le Hezbollah, ne tiennent jamais très longtemps. Cette guerre interminable entre l’État juif et la milice chiite libanaise (quatre milliers de morts du côté libanais, une quarantaine, principalement des soldats, du côté israélien, depuis la reprise des affrontements le 2 mars 2026) est fâcheuse pour l’ensemble du Moyen-Orient, car elle fragilise l’accord beaucoup plus large entre l’Amérique et l’Iran, signé à Versailles par le président Trump le 17 juin 2026.

Dans les conditions qu’il a mises pour cesser le combat, rouvrir le détroit d’Ormuz, et accepter de relancer les négociations nucléaires, l’Iran a clairement exigé que les bombardements cessent contre son territoire mais aussi contre celui du Liban. Cette clause sur le pays du Cèdre n’est pas secondaire pour le gouvernement iranien. Il s’est montré par le passé, et il se montre toujours, particulièrement intransigeant sur la question.

Car l’implantation iranienne au Liban est ancienne. En juin 1982, Israël envahit la moitié sud du Liban, jusqu’à Beyrouth inclus, aux fins de détruire les forces du Fatah de Yasser Arafat (mouvement de libération de la Palestine, sunnite), qui passaient leur temps à harceler les kibboutz du nord de la Galilée.
L’Iran chiite ne peut pas laisser passer ça sans réagir. Car, devenu une République islamique en 1979, il a saisi la cause, jusque-là arabe, de la lutte contre « l’entité sioniste » (Israël), pour rallier derrière son étendard l’ensemble de l’oumma des musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites.

La stratégie de l’imam Khomeyni en 1982 est simple : créer, au sein de la communauté chiite libanaise, jusque-là peu politisée, un mouvement de résistance à l’occupation israélienne, qu’on va appeler Hezbollah, soit le « Parti de Dieu ».

Guerre sans fin face à Israël

Et ça marche. Progressivement, le Hezbollah va devenir une milice très bien entraînée de 40 000 combattants. En mai 2000, le gouvernement d’Ehoud Barak, fatigué par le continuel harcèlement de ses soldats par les combattants chiites, décide de retirer Tsahal du Liban.
Le Hezbollah crie victoire, appelant les Palestiniens à renoncer à leurs discussions de paix avec Israël (fondées sur les accords d’Oslo de 1993), et à reprendre les armes contre l’« ennemi sioniste » - ce qu’ils feront à partir de septembre 2000, dans le cadre de la seconde Intifada.

À l’été 2006, le Hezbollah parvient à survivre à une guerre de 33 jours avec les Israéliens, qu’il avait provoquée. Le gouvernement Olmert avait promis une éradication totale du Hezbollah, mais il n’y est pas parvenu, tant sont devenus résilients les jeunes combattants chiites. Ils savent se cacher pendant des semaines, communiquer entre eux, attaquer par surprise. Ils ne craignent pas la mort car, dans la religion chiite, mourir en martyr est ce qu’il y a de plus glorieux. Avoir résisté à Tsahal donne un prestige immense au Hezbollah dans l’ensemble du monde arabo-musulman.

Après le « pogrom » [terme impropre mais indispensable pour être publié dans ce journal. NDLR] du Hamas contre les kibboutz du sud d’Israël le 7 octobre 2023, le Hezbollah chiite veut montrer sa solidarité avec le mouvement palestinien sunnite et il se remet à harceler le nord de la Galilée. La punition israélienne interviendra onze mois plus tard, avec la décapitation des cadres du mouvement chiite par l’explosion de leurs bipeurs et même l’assassinat de Nasrallah, le leader historique du Hezbollah, par un bombardement ciblé à Beyrouth, le 27 septembre 2024.

Mais, tel un phénix, le Hezbollah se relève toujours. Aujourd’hui il parvient à résister au gouvernement de Benyamin Netanyahou, qui a promis, lui aussi, de l’éradiquer. Dans la bande de 5 km de large que Tsahal occupe au Sud-Liban, c’est l’enfer pour les soldats israéliens, harcelés en permanence par des combattants chiites qui surgissent de leurs caches et de leurs tunnels à toute heure du jour comme de la nuit.

Le Hezbollah a condamné comme « humiliant et honteux » l’accord passé à Washington, le 26 juin 2026, entre le gouvernement libanais et Israël. Ce dernier prévoit qu’Israël retirera ses troupes situées juste au sud du fleuve Litani, et qu’elles seront remplacées par l’armée libanaise. Mais il accorde également le droit à Tsahal de rester à l’extrême sud du Liban, sur une bande de dix km de large, afin de sécuriser la frontière nord d’Israël. Le Hezbollah brandit le risque d’une future annexion de cette bande par Israël. Il ne permettra pas que l’accord de Washington soit exécuté et il en a les moyens militaires.

On peut néanmoins se poser la question de savoir pourquoi les pasdarans iraniens tiennent tant à leur présence au Liban, alors qu’ils pourraient très bien se recentrer sur le golfe Persique et sur la reconstruction de leur pays.

Indispensable à l’Iran

Le Liban est crucial dans la stratégie iranienne actuelle pour trois raisons. D’abord le Hezbollah est le seul instrument de dissuasion dont l’Iran dispose face à Israël. Au cas où l’État hébreu souhaiterait à nouveau bombarder les infrastructures iraniennes, il sait qu’il court le risque qu’une pluie de missiles ne tombe sur le nord d’Israël jusqu’à Haïfa. Avec ses tunnels, ses drones filoguidés, ses combattants aguerris, le Hezbollah constitue une plateforme militaire difficilement remplaçable pour l’Iran.

Ensuite, garder le Liban est essentiel pour le prestige du régime militaire iranien auprès des autres communautés chiites du Moyen-Orient (Irak, Yémen, Bahreïn, etc.). Certes, la Syrie d’al-Charaa n’est plus un maillon de l’axe chiite, mais elle a décidé de rester neutre, à l’instigation du président Erdogan. Ce dernier, qui craint que la Turquie ne soit le prochain pays sur la liste israélienne des changements de régime, s’est insensiblement rapproché de l’Iran.

Enfin, les leaders de la République islamique estiment que le Liban est essentiel pour tester la bonne foi de l’Amérique à leur endroit. Tant que les Américains seront déterminés à retenir le bras d’Israël au Liban, ils ne feront pas de plans pour attaquer l’Iran à nouveau, estiment les militaires qui gouvernent désormais à Téhéran.

Ce pauvre Liban, auquel nous Français sommes si attachés [mais que fait Macron ??? NDLR], est donc l’otage de la stratégie de pays beaucoup plus puissants que lui. Sa situation ne s’améliorera que si l’accord de Versailles poursuit son chemin jusqu’à une réconciliation complète irano-américaine.


Voir en ligne : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/r...

   

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