Le Manifeste

Le journal et les débats

Seul le journal et les articles signés « URC », reflètent l’avis de l’URC. Sinon les articles proposés sur ce site sont destinés à élargir notre champ de réflexion. Cela ne signifie donc pas forcément que nous approuvions la vision développée par les auteurs. L’utilisation des commentaires en fin d’article, permet à chacune et chacun de s’exprimer et de nourrir le débat démocratique.

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Films |  Adhésion

Accueil > Repères et Analyses > Que nomme t’on le « sud global » ?

Que nomme t’on le « sud global » ?

jeudi 9 juillet 2026 par Francis Arzalier

Un article en deux partie de notre camarade Francis Arzalier.
Aujourd’hui la définition du Sud Global.

Chaque analyse géopolitique, même si elle se veut sérieuse et rationnelle, est tôt ou tard obligée d’avoir recours à des concepts génériques, pour décrire les realites mouvantes des rapports de force entre États et Nations.

C’est ainsi qu’est apparue au début du XXeme siecle la notion d’Imperialisme, grâce aux travaux de Lénine. Et l’analyse de ce mécanisme de domination mondialisé s’est beaucoup enrichie des apports ultérieurs de chercheurs et militants marxistes successifs, Gramsci et Mariategui, Staline et Mao Ze Dong, Ho Ch.Minh et Castro, et bien d’autres.
En se trompant parfois, ils eurent collectivement le mérite d’éclairer les mutations successives de l’impérialiste, la croissance des Empires coloniaux européens, puis leur écroulement au XXeme siecle, et les changements de rapports de forces entre États impérialistes, en faveur des USA et au détriment de « la Vieille Europe » coloniale, jusqu’au XXIeme.

Car un concept, aussi opérationnel qu’il demeure sur plus d’un siècle, doit être analysé dans ses mutations successives et ses contradictions internes permanentes.
C’est le cas de l’Imperialisme, qui demeure en 2026 la cause directe de la plupart des guerres, de l’Est de l’Europe au Moyen-Orient.
Mais on ne peut se contenter de décrire les realites actuelles en paraphrasant les phrases de Lénine en 1916 : C’est se condamnerait à n’y rien comprendre.

Ainsi, le monde inégalitaire actuel est, a l’évidence, structuré par un camp « impérialiste occidental », rassemblant sur les objectifs communs de domination et de pillage des ressources du reste des continents les quelques plus grandes puissances capitalistes, économiquement, diplomatiquement et militairement.
À sa tête, les Etats Unis d’Amerique, la plus puissante économie financière du globe, qui dépense à elle seule plus de la moitié du budget militaire mondial. Elle est Incarnée aujourd’hui par le chef de file de l’Imperialisme, Trump, sorte de Petomane mal élevé qui se pense le maître du monde, et sa Cour de milliardaires convaincus de leur mission divine.
Encore faut il préciser que l’Imperialisme US n’est pas apparu avec ce personnage, dont les prédécesseurs étaient tout aussi néfastes.

Il faut y ajouter le petit cortège de l’Imperialisme Occidental, les allies-vassaux, OTAN et CEE d’Europe occidentale et Orientale, et ses ineffables porte-paroles, une Van Der Leyen, assurée de la prééminence économique allemande, et un ridicule Macron toujours en quête de gloire perdue, tous se faisant concurrence en propositions bellicistes.

L’Occident au sens strict.
[au vu de cette carte on comprend mieux l’intérêt de Trump pour le Gröenland (Lol)]

Avec eux, quelques secondes couteaux capitalistes éparpillés au fil des océans, Japon et Corée du Sud, Australie et Nouvelle Zélande, et surtout au cœur du Moyen-Orient, l’Etat colonial sioniste d’Israel. les confettis pétro-gaziers et financiers du Golfe Persique-Arabique, ou la Turquie, membre de l’OTAN, ou même le Canada, partie historique du Commonwealth, que Trump envisage d’annexer comme le Groenland.

Un cortège de puissances moyennes qui ne manque pas de contradictions internes, plus visibles encore à l’issue du confit avorté des USA contre l’Iran : seules les années prochaines diront jusqu’à quel point ces fêlures se transforment en fractures, notamment dans les pays arabes.

C’est en tout cas un indice supplémentaire de la crise actuelle de l’impérialisme, avec l’affaiblissement des anciennes puissances coloniales comme la France, dépouillées de leur richesse industrielle d’autrefois.
Ne nous y trompons pas, cet état de crise ne fait qu’accroître la dangerosité de ces impérialismes déstabilisés, comme le montren le délire genocidaire israelien, et les surenchères bellicistes européennes en Ukraine.

Cette « Cohorte impérialiste « , complaisamment qualifiée de « communauté internationale » par nos médias, forte de sa puissance économique et militaire, même si elle est en déclin, ne regroupe qu’une minorité (10 pour cent ?) de la population mondiale, laquelle dépasse en 2026 8 milliards d’humains.
Et ce déséquibre démographique s’accroît tous les jours. comme le montrent les flux migratoires.

un nouvel équilibre post- soviétique

On parlait autrefois de « Tiers-Monde » , et de « tiers-mondisme » jusqu’au bouleversement mondial généré par l’effondrement de l’URSS et ses alliés d’Europe orientale en 1990. Le Tiers-Monde qualifiait l’ensemble des pays issus de la décolonisation, qui ont parrainé à Bandoeng (1965) les idéaux de libération nationale.

En fait, Ils n’étaient le « troisième Monde » que parce qu’il en existait un Second, né de la Révolution russe de 1917, renforcé de quelques Nations libérées du Nazisme en 1945. Ce monde qu’on disait Communiste, « Bête Noire » des dirigeantes occidentaux, nourrissait au XXeme siecle les aspirations libératrices et nationales, de l’Asie à l’Afrique et l’Amérique latine.
Dans nombre des pays nés de la défaite des Empires coloniaux, on affirmait un socialisme hétérodoxe, national. neutraliste, de l’Egypte de Nasser à l’Algérie de Ben Bella, de l’Indonésie de Soekarno au millénarisme Guévariste, de l’Amérique du Sud à l’Afrique centrale.

La disparition de cette « lueur rouge » du siècle dernier, qui tenait tête à l’impérialisme occidental, a donné naissance peu à peu à de nouveaux clivages géopolitiques.
Dans le monde du XXIème siècle, la Chine a su utiliser une vision spécifique de l’héritage de Marx pour aboutir à un développement économique fulgurant, qui la conduit à devenir bientôt la première puissance mondiale, susceptible, à terme de dépasser les USA.
Dans ce même groupe, survivant de l’ancien « Empire du mal » communiste, le Vietnam a su concilier Socialisme et fierté nationale, la Corée du Nord a réussi préserver sa version spécifique d’un Socialisme teinté de nationalisme et patrimonial, grâce à l’arme nucléaire et à la proximité de la Chine.
Cuba, l’isolat Communiste menacée des Caraïbes, fait aussi partie de ce groupe qu’on nomme toujours communiste à la télé de France.

Mais la Chine ne s’érige pas en modèle de société comme l’URSS d’autrefois, et les autres pays de ce groupe ne sont plus en mesure de jouer les modèles socio-politiques, même s’ils concentrent toujours à leur encontre la haine de l’Occident impérialiste.

« Sud Global », un nouveau concept fourre-tout ? [1]

Cette nouvelle répartition des forces géopolitiques a conduit les analystes à utiliser depuis quelques années le concept de » SUD GLOBAL », recouvrant les dizaines de peuples et Etats-Nations des continents asiatique, africain et latino-américain. À la différence de l’ancien Tiers- Monde, la seule définition en est négative, c’est de n’être pas partie prenante du groupe d’Etats impérialistes « occidentaux ».
Cet ensemble, convenons en, est donc fort disparate.

Sur le plan démographique, il réunit de prolifiques masses humaines comme celles de l’Inde, l’État le plus peuplé de la planète, voire de la Russie capitaliste et nationaliste étalée au nord de l’Eurasie, dont le nombre de citoyens fait des puissances régionales. Il en est ainsi pour le Pakistan asiatique, le Nigeria africain, le Chili ou le Venezuela américains, qui affichent quelques dizaines de millions d’habitants chacun, et d’une foule de micro-nations, souvent insulaires, nées de l’explosion des Empires coloniaux occidentaux.

Même disparité sur les plans économique, politique et idéologique.

Certains de ces États disposent de grandes ressources minérales ou energetiques, comme la Russie, l’Iran ou le Nigeria. Certains, alors même qu’ils sont peu peuplés, comme les Royaumes Arabes du Golfe, ont utilisé leur pétrole et gaz exportés pour devenir des grandes puissances financières, souvent avec l’assentiment de l’Imperialisme occidental.

Qu’ils pratiquent le Présidentialisme parlementaire comme le Mexique ou le Brésil, ou subissent un régime autoritaire militaro-clerical comme l’Iran, ces États du Sud Global ont une économie de structure capitaliste, qu’ils ne mettent pas en cause, et sont dirigés par une « bourgeoisie nationale » qui oscille entre l’anti-Imperialisme affiché et la collusion avec lui.
Et même avec le Sionisme israélien (accords dits d’Abraham signés par la majorité des pays arabes). Une collusion qui a contaminé jusqu’au Maroc, désireux d’obtenir le soutien de l’Imperialisme Étatsunien et Européen pour annexer le Sahara Occidental à son profit.

Certes, il existe des initiatives anti-Imperialistes qui rassemblent une partie du Sud Global, comme les BRICS, qui rejettent l’hégémonie monétaire du Dollar, et leur impact est chaque année plus fort. Mais cette aspiration contradictoire a l’indépendance nationale et aux bénéfices du compromis avec l’Imperialisme existe en chacun des États du Sud Global, et varient avec le contexte mondial.

Une approche dialectique nécessaire

Nous devrons donc étudier les divers segments du Sud Global au cas par cas, au fil des événements successifs, et avec une approche dialectique, analysant sans schématisme les avancées et les reculs des « Souverainismes », « anti-Impérialismes » .

Comment refuser de voir par exemple, la défaite des USA et d’Israel à l’issue de la guerre ratée de Trump et Netanyahu contre la Nation Iranienne, qu’ils promettaient de « renvoyer à l’ge de pierre » ?

Mais en même temps, comment pourrait on oublier que les aspirations légitimes d’une grande partie du peuple iranien sont niées par ses dirigeants ?

Comment à l’inverse pourrait on nier le recul ces derniers temps des aspirations anti-Imperialistes en Amérique latine, d’Argentine au Chili, de Bolivie au Pérou et Colombie, à l’heure même ou Cuba étranglée par le blocus impérialiste est menacée de destruction nationale, comme le Venezuela a l’issue de la capture illégale du President Maduro par les mercenaires de Trump ?

9 juin 2026


[1la revue Alternatives Sud , éditée a l’Universite de Louvain ( Belgique par le CETTRI à publié en juin 2026 une étude très riche sous le titre « Du Tiers-Monde au Sud-Global. Nous y renvoyons nos lecteurs

   

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.