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L’Afrique, au cœur du « sud global » et ses contradictions

vendredi 10 juillet 2026 par Francis Arzalier

La suite de l’article de notre camarade Francis Arzalier sur le « Sud Global ».
Aujourd’hui l’Afrique.

Le continent africain additionne les contradictions inhérentes au Sud Global.

Les « Souverainismes » y ont certes progressé depuis quelques années, notamment dans l’Afrique de l’Ouest francophone, mais avec un écheveau de contraires qui rend l’avenir incertain.

Notons d’abord que ces volontés de « deuxième indépendance » sont loin d’avoir gagné l’ensemble du continent, dont une majorité d’États conservent des liens forts avec l’Impérialisme Occidental, une insertion évidente dans le Capitalisme mondialisé, même si leurs dirigeants relèvent d’une Bourgeoisie qui se veut indigène, nationale, en affichant quelques velléités de choix indépendants…
Chacun de ces pays mérite une analyse spécifique, mais comment pourrait-on occulter les choix pernicieux pro-impérialistes de certains États des peuples du continent ?

C’est le cas du Maroc (36 millions d’habitants), dont le monarque et la bourgeoisie ont tissé avec Israel une véritable alliance, et qui ont obtenu l’appui des USA et de la France pour garantir leur conquête illégale du Sahara Occidental.
L’Égypte (107 millions), signataire des « accords d’Abraham » au détriment des Palestiniens, fait ainsi accepter par les Occidentaux ses fournitures d’armes au Soudan convulsé par une féroce guerre civile.

La Côte d’Ivoire francophone (31 millions), persiste depuis Houphouet-Boigny à donner en exemple son « Libéralisme africain », comme le géant Nigeria anglophone et pétrolier (121 millions).

On peut même ajouter à ce groupe pro-occidental le petit Rwanda et son President Kagame, surgi il y a 32 ans du génocide des Tutsi, et qui n’hésite pourtant pas à nourrir l’atroce guerre civile de l’Est de la RDC, ce qui lui permet de profiter des richesses minières du Kivu, qu’il vend notamment à l’Union Européenne. Il va même, semble-t-il, jusqu’à accepter que la même UE déporte chez lui les migrants dont elle ne veut plus.

Chacun des 58 États africains, grands ou petits, est ainsi un cas spécifique, incluant des contradictions, qui varient avec le temps.

À l’inverse des précédents, « amis de l’Occident », des pays importants comme l’Algerie (46 millions) ou l’Afrique du Sud postapartheid (64 millions) ont conservé en partie l’héritages de leur passé tiers-mondiste, en soutenant les luttes palestiniennes pour Alger, en parrainant les BRCS contre l’hégémonie du Dollar pour Pretoria. Ce qui, bien sûr, ne fait pas d’eux des sociétés égalitaires…

Les « souverainismes » africains du sahel

On a parlé de « vague souverainiste » pour les pays de Sahel, cette vaste région Nord-Ouest de l’Afrique, entre le Sud du Sahara et le Golfe de Guinée. Outre les similitudes géo-climatiques, ces États indépendants depuis 1960 (Mali, Niger, Burkina, Sénégal, etc…) ont un autre point commun : anciennes colonies de l’Empire français, iIs en ont hérité le tracé de leurs frontières plus ou moins artificielles, et la francophonie qui transcende les langues régionales correspondant aux diverses ethnies (Bambaras, Mossis, Malinkes, Peulhs, Dogôns, Ouolofs. Etc…).

Autre legs de l’époque coloniale et post-coloniale, un sous-développement industriel et économique indigène, a l’exception de cultures d’exportation, et une pauvreté massive contraignant des millions de citoyens à la survie du commerce informel et à l’émigration.

Les Indépendances politiques octroyées pat la France en 1960 étaient corsetées par des « accords » économiques et militaires qui maintenaient la sujétion « néocoloniale ».

Si quelques expériences « tiers-mondistes » ont répondu aux volontés populaires d’émancipation, (Sékou Toure en Guinée, Modibo Keita au Mali, Thomas Sankarah au Burkina), elles ont rapidement été étouffées par les ingérences ou interventions armées de l’ex-métropole, au profit de dirigeants corrompus et autoritaires, dévoués aux désirs de l’ancien maître colonial, mais sourds aux besoins de leur peuple.

C’est au tournant de la décennie 2020, que Mali, Niger et Burkina, engagés jusque-là dans la proximité avec la France ex-coloniale, dont les soldats étaient supposés les protéger des insurgés djihadistes locaux, ont rompu avec ces « protecteurs « jugées inefficaces, et même un hypocrite paravent pour la défense des affairistes français.

Ces ruptures « souverainiste » répondaient à un souhait indéniable de la majorité des citoyens. Malheureusement le délabrement, voire le discrédit des organisations populaires, partis, syndicats et associations, ne leur a pas permis d’être à l’origine de ce changement. Dans tous ces pays, cette rupture s’est faite par le biais de putschs militaires, qui ont amené au pouvoir à l’issue de Coups d’États successifs des « Juntes provisoires », composées d’officiers.

Cette « bourgeoisie nationale » est caractéristique de pays sans base industrielle et commerciale forte. Ces Coups d’États successifs avaient indéniablement un soutien populaire fort quand ils ont rompu les liens avec la France, renvoyant ses troupes (Barkhane) et ses bases militaires, et même quand ils ont fait appel pour les remplacer à des mercenaires russes (Wagner, puis Africain Corps), car les insurrections armées djihadistes et ethnicistes persistaient, nourries par la misère et l’impuissance sécuritaire de l’État.

Mais l’euphorie de départ s’est effritée, et les Juntes, entre deux discours souverainistes, renvoient de plus en plus aux calendes grecques les élections prévues par la Constitution, et recourent de plus en plus à l’autoritarisme d’État, jusqu’à l’interdiction pure et simple des partis politiques, affirmés coupables de la corruption passée, et de tous les maux des périodes néocoloniales.
Comme si tous les officiers, souvent formés dans les écoles militaires coloniales, avaient été vierges de toute cette corruption qui gangrénait les sociétés sahéliennes !

Le bilan, pour chacun de ces États « souverainistes « est éloquent :

  Au Niger, en 2025, dissolutions de 3000 ONG et Associations sur les 4700 existant dans le pays.

  Au Burkina Faso, suspension des octobre 2022 des partis politiques, puis dissolution des mêmes partis en février 2024. Dissolution de 118 ONG et Associations en avril 2026 Le même mois, suspension de 359 ONG et Associations pour « non-renouvellement des instances ».

  Au Mali, suppression en 2024 des 107 partis politiques existants, mais pas d’interdiction des ONG et associations pour l’instant, même si des mesures contraignantes se profilent, notamment la ponction au profit du budget de l’État de 10 pour cent des sommes versées par des collectivités locales ou régionales françaises sous le vocable « aides décentralisées ».

Ces mesures se sont accompagnées d’inculpations diverses d’opposants, dont certains sont exilés comme le militant malien Oumar Mariko, et celle d’un influent avocat de Bamako, susceptible de rassembler les divers courants critiques, pour son intervention à la télévision nationale…

Cette brutalité autoritaire peut être attribuée à l’inexpérience politique de militaires habitués aux mœurs de cour de caserne. Mais en fait, elles sont plus que cela, un refus délibéré de s’assurer du soutien de la population, notamment de tous ceux attachés à la souveraineté nationale.

Le résultat ne s’est pas fait attendre : Les groupes armés djihadistes, et ceux ethnicistes, prétendument Touaregs ou Peulhs, ont recruté de plus belle, notamment parmi les jeunes sans ressources, attirés par les revenus du rackett et des trafics de drogue, d’armes ou de migrants.

C’est surtout au Mali que la situation est aujourd’hui désastreuse. La coalition entre les combattants du Mouvement de Libération de l’Azawad (indépendantistes « Touaregs ») et ceux proches d’Al Qaida, désireux d’imposer la Charia, ont réussi depuis un mois à mettre en échec l’armée malienne et ses supplétifs russes, en occupant au nord Kidal, et en organisant au sud le blocus des approvisionnements de Bamako.

En cette deuxième semaine de juillet, les combats font rage autour des garnisons et de localités du nord-Mali, entre Sevare, Anefis, etc. : l’avenir du pays et du régime sont pour l’instant une inconnue.

Parvenir à une lecture dialectique des faits

En ce sens, les contradictions qui taraudent les Souverainismes, au Mali et dans l’ensemble de la sous-région, doivent être analysées avec le plus grand soin, comme toutes celles qui caractérisent chacun des pays du « Sud Global ». Toujours avec les mêmes précautions dialectiques.

Pour s’en tenir aux événements les plus récents du Sud Global, on ne saurait juger de l’Iran sans constater le très fort patriotisme qu’ont exprimé la grande majorité de cette nation, exprimée par la foule énorme lors des obsèques solennelles des dirigeants massacrés par les bombardements de Trump et Netanyahu.
Et que l’incapacité de l’Impérialisme à détruire cette nation par la guerre (« retour à l’âge de pierre » annonce) est un excellent résultat pour le reste du monde, n’en déplaise aux médias français.

Ce constat n’interdit nullement de redire que le régime iranien, clérical et autoritaire, est une dictature brutale qui devra un jour disparaître.

Quand les travailleurs d’Iran en décideront, car cela ne relève que d’eux !

Il en est de même à l’égard des États du Sahel qui, par le biais de Juntes militaires, proclament leur « Souverainismes », dont nous sommes solidaires sans aucune ambiguïté, contre l’Impérialisme occidental et le néo-colonialisme français. Et nous félicitons les démocrates du « Pastef » sénégalais d’avoir rejoint ce souffle souverainiste, même si cette mutation est pour l’instant freinée par la trahison de quelques politiciens.

Mais nous ne pouvons occulter que le mutisme imposé par des mesures militaires arbitraires aux organisations démocratiques du Sahel sont comme se tirer une balle dans le pied, une aide indirecte pour les clandestins armés ethnicistes, djihadistes et délinquants, qui sont, eux, les meilleurs alliés de l’Impérialisme contre les peuples en lutte.

Nous sommes et resterons solidaires de nos camarades africains pour le droit des peuples et des travailleurs de gérer et développer leurs pays hors de toute ingérence.

   

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