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Pourquoi le Hamas a-t-il décidé de dissoudre son gouvernement à Gaza ?
samedi 11 juillet 2026 par Note explicative de Bruno Drewski
Depuis le 7 octobre 2023, le Hamas continue à gérer la bande de Gaza tout en coordonnant ses activités militaires avec les treize autres organisations de résistance palestinienne présentes sur place. Ces multiples fonctions rendent la gestion du territoire particulièrement difficile, voire quasiment impossible dans une situation de bombardements répétés, d’assassinats ciblés des fonctionnaires et autres cadres, de blocus quasi-total, de destructions des infrastructures et des moyens de communication.
Par ailleurs, l’objectif de tous les résistants palestiniens est de parler d’une seule voix pour imposer leurs droits face à l’occupant. C’est donc avec cet objectif que le Hamas, en accord avec les autres organisations de résistance, a accepté de signer un cessez-le-feu en octobre 2025 qui devait lancer un processus de retour à la paix, de lancement d’un programme de reconstruction et de négociations pour un règlement de la question palestinienne.
Cet accord conditionnait par ailleurs la question des armes de la résistance à la fin de l’occupation.
Toutes choses qui n’ont pas été appliquées par la faute de l’occupant.
C’est dans ce contexte que le Hamas a annoncé, ce lundi 6 juillet, avoir dissous ses instances dirigeantes dans la bande de Gaza, après presque 20 ans au pouvoir, ouvrant ainsi la voie à un comité technocratique chargé d’administrer le territoire. Cette initiative permettrait de rendre l’administration du territoire plus efficace tout en permettant aux mouvements de résistance de se concentrer sur leur tâche prioritaire, les activités politiques de mobilisation et de résistance de la population pour obtenir l’application des décisions internationales qui ont été prisés depuis 1947 sur la Palestine.
"Le président du comité d’urgence du gouvernement, Mohammed al-Farra, a officiellement présenté sa démission", a déclaré à l’AFP Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement du Hamas, ajoutant qu’il avait "décidé de dissoudre le comité afin de faciliter la transition administrative et gouvernementale vers le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG)".
Celui-ci est toujours bloqué au Caire en raison du blocus israélien qui l’empêche d’atteindre Gaza, malgré le fait qu’il a été créé par le "Conseil de Paix" lors des négociations qui ont abouti au cessez-le-feu entre Israël et le Hamas en octobre 2025. La décision de la résistance palestinienne permet donc de constater encore une fois la mauvaise foi de Tel Aviv et de démontrer au monde la bonne foi de la partie palestinienne.
Le Hamas avait pris le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007 à l’issue d’élections dont l’Autorité palestinienne n’avait pas respecté les résultats. Puis, quelques mois après le début des combats le 7 octobre 2023 entre Israël et les quatorze organisations de résistance palestinienne présentes à Gaza, dont le Hamas, ce dernier avait fait savoir qu’il était prêt à se retirer du pouvoir dans la bande de Gaza au profit d’une direction palestinienne collective et consensuelle.
Depuis, formellement, un cessez-le-feu a été signé mais Tel Aviv continue de le violer et de refuser d’appliquer les décisions qu’elle a signé en exigeant que la partie adverse se laisse désarmer. Le Hamas et ses alliés déclarent de leur côté que la question de leur désarmement éventuel ne pourra être négociée que dans le cadre d’une initiative politique accordant aux Palestiniens la sécurité et le droit à l’autodétermination, ce que l’entité Israël rejette.
C’est dans ce contexte que « le Hamas franchit une nouvelle étape en renonçant à administrer la bande de Gaza afin de priver l’occupant [Israël, NDLR] de tout prétexte pour poursuivre son agression et sa guerre d’extermination", a déclaré à l’AFP le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem.
- "Nous espérons que le Comité national pour l’administration de Gaza pourra entrer rapidement dans la bande de Gaza, et le Hamas réaffirme sa volonté de lui transférer les responsabilités gouvernementales afin d’assurer le succès de sa mission", a-t-il ajouté. "Les différentes factions ont salué la décision du Hamas, la qualifiant d’étape sérieuse permettant au Comité national d’assumer son rôle de gouvernement", a-t-il aussi déclaré.
Du point de vue du Hamas et des autres mouvements de résistance palestiniens, l’annonce de la dissolution de son gouvernement démontre que ces mouvements cherchent bien à faire avancer le processus de négociation tout en faisant ressortir la mauvaise foi de l’entité israélienne qui refuse de remplir ses engagements.
Plus d’un millier de Gazaouis ont en effet été assassinés par l’armée israélienne depuis l’entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu en octobre 2025. Les forces israéliennes ont même renforcé leur présence dans l’enclave et élargi leur périmètre de contrôle, rendant la gestion de la bande de Gaza quasi impossible.
Tel Aviv refuse systématiquement d’envisager toute participation au pouvoir du Hamas et de toutes les organisations de résistance palestinienne mais aussi de toute administration de Gaza par l’Autorité palestinienne qui s’est pourtant soumise en Cisjordanie à toutes les exigences de l’occupant et qui refuse même de soutenir les Palestiniens qui résistent aux violences quasi-quotidiennes des colons sionistes les visant.
C’est dans cette situation qu’il faut voir dans la décision du Hamas, appuyée par l’ensemble de la résistance palestinienne, la volonté de démontrer au monde l’incohérence de la position des Etats-Unis et de leurs alliés européens et arabes face au cynisme de l’occupant.
Même si la création d’une administration civile formée de technocrates à Gaza soulagerait le Hamas de ses tâches administratives tout en allégeant la situation de la population, elle mettrait surtout les occupants et leurs alliés face à leurs contradictions. Il est donc peu probable que Tel Aviv accepte de répondre à cette décision, et c’est la raison pour laquelle les amis du peuple palestinien dans le monde doivent se saisir de cette décision pour démontrer une fois de plus que l’entité coloniale ne souhaite aucun pouvoir palestinien, fusse-t-il purement technique et apolitique, ce qui prouve son refus de reconnaître le droit à l’existence même du peuple palestinien sous n’importe quelle forme et sous n’importe quelle autorité.

