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Le théâtre vide de l’Algérie : le cycle colère-abandon ou la faillite de la diplomatie d’Alger
dimanche 12 juillet 2026 par Strategika51
Et c’est reparti encore. Hier, l’Algérie a publié un communiqué laconique annonçant la réouverture de son espace aérien aux vols civils à destination du Mali.
Pas de déclaration commune, pas de termes d’accord rendus publics, pas de photographie d’une poignée de main. Rien.
Quelques heures plus tard, un communiqué similaire a été publié depuis Bamako — des textes parallèles, soigneusement orchestrés, qui ne révélaient absolument rien sur ce qui avait pu être convenu, si tant est qu’il y ait eu un accord. L’interdiction, imposée unilatéralement en avril 2024 avec la grandiloquence habituelle, a tout simplement disparu. Pas de recul de la part du Mali. Pas de reconnaissance d’un accord. Juste deux annonces stériles, comme si toute cette crise de huit mois n’avait été qu’un mauvais rêve.
Rappelons-nous comment nous en sommes arrivés là.
En janvier 2024, la junte malienne a déchiré l’Accord de paix d’Alger de 2015, un instrument diplomatique que l’Algérie avait mis des années à négocier. Bamako a accusé Alger d’accueillir des chefs qualifiés de « terroristes », de s’ingérer dans ses affaires souveraines, et a rappelé son ambassadeur.
L’Algérie a riposté avec virulence, interdisant le survol de son territoire aux avions maliens et rappelant son propre ambassadeur. Le ton d’Alger était apocalyptique : un coup de poignard dans le dos, une insulte à la médiation « de principe » de l’Algérie. Les médias d’État prédisaient que le Mali serait isolé sans la bonne volonté algérienne.
Puis, comme si la guerre des mots ne suffisait pas, la crise a pris une tournure véritablement dangereuse. Au milieu de l’année 2025, les forces de défense aérienne algériennes ont abattu un drone d’attaque malien de type Bayraktar TB2 armé de munitions Air-Sol qui s’était approché près d’une localité frontalière à cheval entre les deux pays. Il ne s’agissait plus d’une simple querelle diplomatique, mais d’une escalade militaire, rapprochant dangereusement les deux voisins d’une confrontation militaire ouverte.
La junte de Bamako a condamné cet acte, le qualifiant d’« agression hostile et non provoquée », tandis qu’Alger a affirmé que le drone avait violé son espace aérien souverain.
Revenons à aujourd’hui : la junte soutenue par Wagner est toujours au pouvoir. La coopération en matière de sécurité avec la Russie se poursuit. L’Accord d’Alger reste en lambeaux. La position de Bamako ne s’est pas adoucie ; elle s’est, au contraire, durcie. Le drone Bayraktar, abattu en plein vol, n’a entraîné ni retrait du Mali, ni excuses, ni concession. Et pourtant, voilà qu’Alger cède unilatéralement — avec pour seul prétexte un communiqué destiné à masquer ce recul. La grande fermeté militaire s’est évaporée face à un mur de défiance, exactement comme les fanfaronnades qui l’avaient précédée.
Si cela vous donne une impression de déjà-vu, c’est parce qu’il s’agit d’une copie conforme de deux autres échecs diplomatiques retentissants présentés comme des victoires ces dernières années.
Le précédent espagnol
En mars 2022, l’Algérie a rappelé son ambassadeur à Madrid et gelé les échanges commerciaux bilatéraux après que l’Espagne eut approuvé le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara occidental — un revirement tout à fait prévisible compte tenu des dépendances de Madrid en matière de sécurité.
Alger a présenté cette crise comme une « rupture historique », brandissant la menace d’une hausse des prix du gaz et s’engageant à ne jamais revenir à la normale tant que l’Espagne n’aurait pas fait marche arrière sur sa « trahison ».
Le gel a duré 19 mois entiers. Puis, en novembre 2023, un nouvel ambassadeur algérien a présenté ses lettres de créance à Madrid.
Quelles concessions l’Espagne a-t-elle faites ?
Aucune. Sa position sur le Sahara occidental reste inchangée. Les échanges commerciaux ont repris, le gaz a recommencé à circuler, et la « ligne rouge » de l’Algérie s’est évaporée dans les limbes.
Cette crise très médiatisée n’a apporté aucun gain stratégique à l’Algérie.
La farce française
Le scénario s’est répété avec Paris. Après les déclarations du président Macron en 2021 sur le « système politico-militaire » algérien et un ralliement progressif de la France au Maroc, l’Algérie a multiplié les crises diplomatiques : rappel de ses ambassadeurs, interdiction des survols militaires français, réduction des visas, etc.
Le point culminant de ce drame a été atteint en juillet 2024, lorsque la France a officiellement reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Alger a immédiatement rappelé son ambassadeur à Paris et promis des représailles. Les relations ont été déclarées « empoisonnées ».
Pourtant, dès le milieu de l’année 2025, des visites de haut niveau étaient en préparation et la France n’était absolument pas revenue sur sa position. Une fois de plus, la position maximaliste algérienne s’est évaporée face à un mur d’indifférence extérieure.
La France avait joué sur le cycle et s’est même permis le luxe de pousser loin la dissonance mais Alger n’avait pas capté les subtilités du jeu français.
Et maintenant, le Mali
Le schéma est tellement éculé qu’on pourrait régler sa montre dessus. L’Algérie fabrique une crise sur des motifs totalement irrationnels — accusant son voisin d’ingratitude, de trahison ou de collusion avec des puissances étrangères — avant de lancer une « sanction » économique ou diplomatique qu’elle ne peut pas soutenir.
Le pays visé, qu’il s’agisse de l’Espagne, de la France ou d’une junte à Bamako, refuse tout simplement de céder. Après quelques mois d’autodestruction économique, de politique de la corde raide qui ne mène nulle part, Alger fait discrètement marche arrière, en prétendant que cette « fermeté » a permis d’obtenir un gain invisible.
Ce n’est pas le cas.
Le Mali continuera à collaborer avec la Russie, continuera à ignorer l’Algérie, continuera à faire voler ses drones et ne ressuscitera pas l’accord de paix caduc. La réouverture de l’espace aérien est une capitulation déguisée en magnanimité, annoncée dans un communiqué si aride qu’il suppliait pratiquement de ne pas être lu.
La pourriture intérieure : un ministère mis au placard
Si la face visible de ce revirement est embarrassante, les rouages internes relèvent carrément de la farce. De multiples sources confirment que la décision de rouvrir l’espace aérien a été prise à l’insu total du ministère des Affaires étrangères.
Ce dernier, réduit à une coquille vide par la présidence, n’a été mis au courant de cette mesure qu’au moment même où elle était mise en œuvre — et le ministère a sans doute été aussi surpris que n’importe qui d’autre par le contenu de son propre communiqué.
Le même chaos a régné autour du poste vacant d’ambassadeur à Bamako. Pendant des mois, le ministère n’avait aucune idée de qui représenterait l’Algérie au Mali : pas de candidat désigné, pas de liste restreinte, pas même de groupe de travail chargé d’esquisser un profil. La grande « fermeté » avait laissé un vide diplomatique.
La solution finale a consisté à réintégrer tout simplement l’ambassadeur qui avait été rappelé dans un accès de colère au plus fort de la crise : ce même homme, dont des sources affirment qu’il possède un profil colérique assez difficile, est sorti de sa « Sibérie diplomatique » et réinstallé à son poste comme si de rien n’était.
Il est loin d’être le seul.
Des centaines de diplomates algériens de carrière croupissent actuellement dans une situation qui défie toute explication et serait inimaginable dans un État qui fonctionne correctement. Ils n’ont pas été licenciés, mais ils n’ont pas de portefeuille. Ils ne sont pas suspendus, mais ils sont privés de toute activité professionnelle significative.
Certains sont confinés dans des bureaux vides ; d’autres restent chez eux, sans être convoqués depuis des mois, voire des années. Ils évoluent dans un vide administratif, un purgatoire d’ostracisme qu’aucun organigramme ne peut refléter.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a de fait gelé toute une génération de ses cadres qualifiés, remplaçant leur expertise par la paralysie totale.
La raison de cette autodestruction institutionnelle est aussi simple que néfaste. Les hommes qui entourent le pouvoir formel actuel— des personnalités qui ont fait leurs armes dans l’immobilier, le foncier, les licences d’importation opaques et les circuits souterrains de la corruption — ne comprennent pas la nécessité de la diplomatie et n’ont aucun respect pour les diplomates.
Ils considèrent les diplomates de carrière comme des vestiges prétentieux, des obstacles aux fiefs familiaux et transactionnels qu’ils ont bâti.
À leurs yeux, la diplomatie n’est pas un outil de gouvernance, mais un obstacle gênant qu’il convient de contourner par des appels téléphoniques directs, des canaux de communication parallèles ou des tweets impulsifs. Il en résulte la pire crise que le ministère algérien des Affaires étrangères ait connue depuis 1963, un appauvrissement de la mémoire institutionnelle et des compétences dont la posture extérieure du pays pourrait ne pas se remettre avant une ou deux générations.
Prochaine étape : les Émirats Arabes Unis
La suite des événements n’est pas difficile à prévoir. Les tensions avec Abou Dhabi couvent depuis des années : l’Algérie reproche aux Émirats arabes unis leur soutien au maréchal Haftar en Libye, leur rôle dans les Accords d’Abraham et, surtout, leur appui indéfectible au Maroc sur la question du Sahara occidental.
Alger a déjà réduit sa représentation diplomatique, expulsé des hommes d’affaires et lancé des campagnes de dénigrement dans les médias d’État. Une crise diplomatique à part entière semble imminente : peut-être le rappel d’un ambassadeur, la suspension des vols ou le gel des investissements émiratis.
Mais observez ce qui se passera ensuite. Dans 12 à 18 mois, un communiqué annoncera le retour à la normale, les échanges commerciaux reprendront, et les Émirats arabes unis n’auront rien changé à leurs politiques fondamentales.
Une diplomatie sans stratégie
Ce que révèle ce schéma récurrent, ce n’est pas une politique étrangère fondée sur la force, mais une politique marquée par un profond vide conceptuel. L’Algérie ne dispose plus d’une diplomatie capable de fixer des objectifs réalistes, de se forger des leviers d’action ou d’obtenir des concessions tangibles.
Au lieu de cela, elle met en scène de fausses crises, motivées par la rancœur et l’orgueil, qui s’intensifient rapidement pour prouver sa « souveraineté », avant de battre en retraite lorsque le coût de l’isolement devient insupportable.
Il en résulte une série de défaites déguisées en victoires morales. La position de l’Espagne sur le Sahara occidental est plus inébranlable que jamais. La France a renforcé son alliance avec Rabat. Le Mali, même sous une junte fragile, a tenu bon et a gagné, sa politique reste inchangée. Quant aux Émirats Arabes Unis, qui observent tout cela, ils ne ressentiront aucune pression pour revoir leur position.
L’Algérie s’emploie à mener — et à perdre — des guerres que personne d’autre ne mène, puis à signer des traités de paix invisibles que personne d’autre ne lit.
La réouverture de l’espace aérien au Mali n’est pas un acte de diplomatie. C’est la dernière manifestation embarrassante d’une politique étrangère qui confond le tapage, avec l’influence— un système où les diplomates sont relégués au dernier plan tandis que les promoteurs immobiliers ou des affairistes décident de la conduite des affaires publiques au gré de leurs caprices, puis annoncent leurs revirements dans des communiqués si vides qu’ils en résonnent.
Tant qu’Alger n’aura pas compris que la diplomatie nécessite des diplomates – et que les fausses crises ne mènent qu’à de véritables défaites –, ce spectacle creux se poursuivra. Un prochain lever de rideau sur la crise des Émirats Arabes unis pourrait finir en eau de boudin : le scénario, le placard et le communiqué creux n’attendent qu’un dénouement similaire.
Voir en ligne : https://strategika510.com/2026/07/1...

