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Iran – Pakistan : derniers échos du front diplomatique

vendredi 24 juillet 2026 par Pepe Escobar

Le détroit de Bab al-Mandab n’est pas fermé. Il est sous haute tension.

En début de semaine, le ministre iranien de l’Intérieur, Eskandar Momeni, est arrivé à Islamabad avec une importante délégation. Dès mardi, il a rencontré le Premier ministre Shehbaz Sharif, le maréchal Asim Munir et son homologue pakistanais, Mohsin Naqvi.

Cette visite était loin d’être une simple réunion de routine sur les questions frontalières et de sécurité entre deux pays voisins. Le point marquant a été la présence du directeur de la Compagnie nationale iranienne du pétrole (NIOC), signifiant que l’énergie – notamment la construction éventuelle, enfin, du gazoduc Iran-Pakistan (IP) –, les sanctions et le commerce transfrontalier ont été des points cruciaux à l’ordre du jour.

Mais voici le point décisif.
M. Momeni était porteur d’un message spécial des dirigeants iraniens concernant la guerre. Les Pakistanais se sont donné beaucoup de mal pour déclarer publiquement que la délégation iranienne apportait de “bonnes nouvelles”.

La question est de savoir comment ces “bonnes nouvelles” ont été présentées.

Avant l’atterrissage de M. Momeni à Islamabad, les dirigeants pakistanais – civils et militaires – ont été informés du message apporté en mains propres, une lettre du Guide suprême Mojtaba Khamenei.

Pourtant, à son arrivée, Momeni a informé les Pakistanais qu’il ne disposait pas de lettre à proprement parler. Il leur a toutefois transmis un message de Mojtaba à l’intention des dirigeants pakistanais, pleinement soutenu par le président Pezeshkian et le ministre des Affaires étrangères Araghchi.

Ce message abordait de nombreuses questions clés concernant les relations entre l’Iran et le Pakistan, ainsi que la médiation du Pakistan entre Téhéran et la présidence Trump.

Selon ce message, l’Iran envisagerait d’accepter une trêve de dix jours dans la spirale des tensions actuelle. Mais pour que cela se produise, Trump doit donner suite à ses engagements dès l’instant même où l’Iran accepte la trêve de dix jours sur tous les aspects du protocole d’accord en 14 points.

Ce qui confirme qu’aucune nouvelle négociation n’aura lieu. Soit dit en passant, c’est également la position de la Chine. La seule chose qui compte est de revenir au protocole d’accord initial, et d’honorer les engagements pris.

Comme on pouvait s’y attendre, Trump a rejeté le contenu du message, et l’Iran a été informé par le Pakistan du refus de Trump de saisir la seule issue de secours qui s’offrait à lui. Et cela, selon les médiateurs, après que le mégalomane narcissique a harcelé Asim Munir d’appels téléphoniques quotidiens, le suppliant de trouver précisément cette issue de secours.

Y a-t-il bien eu un message ? Et comment a-t-il été transmis ?

Venons-en maintenant aux facteurs qui compliquent la situation. Des sources de premier plan à Téhéran sont catégoriques sur trois points.

1-Le guide suprême Mojtaba Khamenei n’a envoyé aucun message au Pakistan, et il n’est en contact avec personne au Pakistan, y compris Asim Munir.

2-S’il avait fait passer un message, cela ne se ferait pas par l’intermédiaire d’un ministre. Ce genre de communication passe généralement par le président (Pezeshkian), le président du Parlement (Ghalibaf) ou le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (Zolghadr), comme cela s’est produit précédemment avec la Chine et la Russie.

3-Cette information faisant état d’une pause de dix jours, suivie de 60 à 90 jours supplémentaires, est erronée et irréaliste. L’Iran ne négocie pas et ne négociera pas sur cette question.

Il est vrai que l’Iran compte de nombreuses structures de pouvoir concurrentes à Téhéran. Des divergences peuvent donc survenir à tout moment sur la procédure à suivre, ainsi que sur ce qui doit être rendu public. Les Pakistanais n’auraient toutefois aucun intérêt à inventer de telles informations, sachant qu’elles seraient immédiatement démasquées par les Iraniens.

Il faut donc s’en tenir aux faits. Le président Pezeshkian a clairement indiqué publiquement, à plusieurs reprises, que Mojtaba est l’autorité suprême en Iran, que les décisions majeures sont prises sous son égide, et que les dirigeants souhaitent mettre fin à la situation actuelle, ce dangereux équilibre entre “ni guerre ni paix”.

Il est donc plausible de penser que ce message provenait des plus hautes sphères de l’État iranien et bénéficiait de l’autorité et de l’approbation de Mojtaba. Mais il aurait dû être gardé secret. Le rejet de ce message par Trump rend ce scénario encore plus plausible.

Encore une fois : même si l’Iran joue la montre, les dirigeants sont également parfaitement conscients que le temps presse pour Trump. À Téhéran, tous s’accordent à dire que le pays peut continuer à absorber une pression économique et militaire considérable tout en augmentant le coût global de la guerre grâce au contrôle qu’il exerce sur le détroit d’Ormuz – et désormais avec l’apparition d’un nouveau facteur, à savoir le blocus naval yéménite de l’Arabie saoudite en mer Rouge.

Le calcul de Téhéran est on ne peut plus clair. Alors que l’escalade s’accélère, la pression politico-économique se propage déjà comme une traînée de poudre à travers l’Asie occidentale, les routes maritimes et les marchés énergétiques mondiaux.

Le message de l’Iran à Trump, relayé indirectement par les Pakistanais, reste donc inchangé : appliquez intégralement le protocole d’accord initial en 14 points, sans nouvelle négociation, ou préparez-vous à une guerre prolongée et à des perturbations incessantes des approvisionnements énergétiques et du transit maritime, avec des conséquences dévastatrices.

La façon dont le message a été transmis à Trump, via Islamabad, n’est pas l’essentiel. La subtilité réside en ce que les échanges commerciaux, les questions relatives aux gazoducs et aux frontières ont servi de couverture diplomatique discrète pour présenter les conditions de Téhéran pour mettre fin à la guerre.

Et le point essentiel demeure identique : pour Téhéran – tout comme pour Pékin – le protocole d’accord EST l’accord définitif. Un accord abouti. Washington doit le mettre en œuvre. Car il n’y aura pas de nouveau cycle de négociations.

Les conséquences du contrôle total exercé par l’Iran

Le drame saoudo-yéménite reste en suspens. Les médiateurs pakistanais sont catégoriques : Islamabad a conseillé à Riyad de s’effacer, car la dernière chose dont elle a besoin actuellement est d’être contrainte d’entrer en guerre en tant que partie prenante, et non en tant que médiateur.

Sanaa n’attend aucune “instruction” pour poursuivre son opération à Bab al-Mandab. Prétendre le contraire n’est que le bla-bla-bla caractéristique des agences de presse occidentales. Ansarallah ne fait que contrer le blocus saoudien imposé au Yémen depuis plus de 11 ans. Le principe du “blocus pour un blocus”. Et ce blocus ne s’applique qu’à l’Arabie saoudite. Le détroit de Bab al-Mandab ne sera bloqué définitivement pour tous que si et quand les États-Unis attaqueront les réseaux électriques et les infrastructures énergétiques de l’Iran.

Le détroit de Bab al-Mandab n’est donc pas fermé. Il est sous tension.

La réalité stratégique globale est indéniable. L’Iran détient désormais un pouvoir de levier total sur deux des goulets d’étranglement énergétiques les plus critiques au monde.

Ce faisant, l’Iran contraint méthodiquement l’“Empire de la piraterie” à une cécité, une surdité et un mutisme total dans tout le golfe Persique en détruisant des batteries Patriot, des installations radar, des stations de ravitaillement et diverses infrastructures militaires au Koweït, à Bahreïn, en Jordanie, au Qatar et à Oman.

Le Koweït tente désespérément de conclure un accord de défense avec le Pakistan sur le modèle du cadre saoudien existant. Cet accord impliquerait potentiellement des troupes, des avions, des drones et des capacités de défense aérienne pakistanais en échange d’énergie et, bien sûr, de beaucoup d’argent. L’Arabie saoudite encourage le Koweït à se lancer dans cette voie.

Des pourparlers approfondis sont même en cours concernant un cadre de défense mutuelle élargi entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite. Mais ce sera une tâche de Sisyphe que de convaincre Téhéran qu’il ne s’agit pas là d’une nouvelle manœuvre anti-iranienne.

Il n’en reste pas moins qu’une part importante du golfe Persique commence à prendre ses distances avec la dépendance sécuritaire exclusive vis-à-vis de l’“empire de la piraterie”, en quête de garanties de sécurité non américaines. Le Pakistan est désormais en mesure de décider jusqu’où il est prêt à aller sans pour autant sacrifier ces bonnes relations – durement acquises et encouragées par la Chine – avec son voisin iranien.

Traduit par Spirit of Free Speech


Voir en ligne : https://strategic-culture.su/contri...

   

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