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Venezuela, l’heure des brasiers et les temps difficiles de l’internationalisme

mardi 1er septembre 2026 par Cira Pascual Marquina

Pendant plus de deux décennies, il était facile de se montrer solidaire de la Révolution bolivarienne. Caracas était devenue une sorte de capitale politique pour une gauche internationale hétérogène : militants de partis et syndicalistes, anti-impérialistes et intellectuels, et, de plus en plus, des personnes dont le rapport à la politique passait principalement par les réseaux sociaux. Ils venaient pour des congrès, des réunions et des élections. Ils séjournaient dans des hôtels de luxe, rencontraient des responsables gouvernementaux et, dans certains cas, des communards et des militants de base. Puis rentraient chez eux, emportant avec eux les images et les arguments d’une révolution qui, pendant une grande partie de cette période, allait de l’avant malgré l’énorme pression impérialiste qui pesait sur elle.

Cette histoire a son importance.
Le Venezuela a ouvert un espace politique et matériel dans lequel des personnes venues de différentes parties du monde pouvaient se rencontrer, échanger leurs expériences et imaginer un projet commun. Les rassemblements internationaux organisés pendant les années Chávez et Maduro s’inscrivaient dans un effort plus large visant à construire une nouvelle géographie politique en Amérique latine et dans les pays du Sud. Ils ont contribué à entretenir des réseaux, des amitiés, des campagnes et des formes de coopération politique qu’il aurait autrement été difficile d’établir.

Il serait mesquin et historiquement inexact de rejeter ces expériences simplement parce que les conditions qui les ont rendues possibles ont depuis changé, ou parce que certains visiteurs étaient autant attirés par les avantages narcissiques que leur offrait la révolution que par le travail de la construire.

Cette forme de solidarité avait ses limites.
Ses conditions matérielles permettaient de participer à la révolution sans en partager les risques ni les difficultés quotidiennes croissantes auxquelles étaient confrontés les Vénézuéliens de la classe ouvrière en raison du blocus. C’est le gouvernement lui-même qui a rendu possible ces rencontres : grâce à une organisation rigoureuse et à des sacrifices collectifs, il s’est doté des moyens d’accueillir des milliers de visiteurs, d’organiser des événements et de fournir des hébergements, permettant ainsi aux invités internationaux de découvrir la révolution tout en restant largement à l’écart des épreuves que traversaient les Vénézuéliens et, souvent, en marge des riches débats qui avaient lieu et continuent aujourd’hui dans les bases populaires.

Pour de nombreux internationalistes qui se sont rendus au Venezuela avant le 3 janvier, le projet communal restait largement périphérique par rapport à leur engagement politique. Cet internationalisme n’exigeait pas grand-chose de ceux qui le pratiquaient et offrait de petits avantages aux visiteurs, mais il s’est avéré utile.

La situation a radicalement changé.
Depuis le 3 janvier, date à laquelle l’impérialisme états-unien a bombardé des cibles au Venezuela et enlevé le président Nicolás Maduro et la députée Cilia Flores, le processus bolivarien est entré dans une période bien plus difficile, marquée par des reculs tactiques, de nouvelles contradictions et des événements qui ont réduit certaines des voies ouvertes par la révolution.
Il ne s’agit pas d’un revirement pur et simple, mais d’un recul qui exclut certaines possibilités pour l’instant, tout en laissant intact le terrain sur lequel se poursuit le processus radical de construction des communes. Car le processus révolutionnaire vénézuélien n’est pas arrivé à son terme.
L’expérience politique accumulée depuis plus de deux décennies reste vivante dans de nombreuses communes, tout comme les capacités forgées au fil d’années de lutte. Et, ce qui est peut-être le plus important, les communes continuent d’exister en tant qu’espaces vivants de résistance, d’organisation, de production, de délibération et de pouvoir populaire, même si leurs niveaux de développement et de conscience politique varient considérablement.

L’internationalisme dans ce qu’il a de meilleur est une relation d’obligation politique réciproque, bien que pas nécessairement symétrique, entre des forces organisées : un échange de capacités entre des peuples eux-mêmes organisés, liés par la reconnaissance que leurs luttes s’inscrivent dans un terrain historique commun.
Les conditions matérielles des deux dernières décennies ont rendu possible une autre relation, plus facile. Pour comprendre ce qui a changé, il faut être précis sur cette histoire, et sur ce que la conjoncture actuelle exige de ceux qui souhaitent rester aux côtés de la classe ouvrière révolutionnaire du Venezuela.
Les internationalistes devraient se tourner vers les communes, car c’est là que la réserve stratégique de la révolution est bien vivante.

Certains internationalistes qui parlaient autrefois avec aisance des communes, souvent sur la base de brèves rencontres avec celles-ci, interprètent aujourd’hui les reculs des derniers mois comme une « trahison » et s’empressent de prescrire à distance ce que les Vénézuéliens devraient faire.
Dans des sociétés de consommation hyper-individualistes où on fait souvent de la « politique » via la Silicon Valley, céder aux algorithmes peut servir à protéger une image de marque personnelle ou à s’en créer une.
Ici, les autogouvernements populaires s’attellent à la tâche difficile de gérer collectivement des contradictions plutôt que d’appeler à une rupture avec le processus en tant que tel. De là où nous nous trouvons au Venezuela, l’objectif est différent : comprendre comment construire une voie à suivre dans des conditions véritablement difficiles, véritablement contradictoires, mais qui nous appartiennent véritablement et que nous devons surmonter.

Une conjoncture nouvelle pour l’internationalisme

Il existe une distinction importante entre les situations vénézuélienne et cubaine. Le Venezuela a subi un coup direct porté à ses capacités institutionnelles et politiques, tandis que Cuba continue de subir les effets matériels d’un blocus génocidaire. Les deux pays exigent toutefois une attention renouvelée de la part des internationalistes, et tous deux sont confrontés à une offensive impérialiste plus large dont les formes et l’intensité diffèrent d’un pays à l’autre.

Cette offensive ne se limite pas au Venezuela ou à Cuba. Partout en Amérique latine, la classe ouvrière est confrontée à une avancée réactionnaire qui prend différentes formes : des gouvernements fascistes et d’extrême droite progressent dans des pays tels que la Colombie, le Salvador, le Chili et l’Argentine ; d’autres États restent profondément subordonnés à la puissance impérialiste ; et les gouvernements progressistes qui tiennent encore bon évoluent dans un environnement de plus en plus hostile.
Aux États-Unis, un maccarthysme renouvelé prend forme autour de la criminalisation de la dissidence et du traitement de la solidarité elle-même comme une subversion.

Au-delà de l’hémisphère, le génocide contre le peuple palestinien se poursuit, parallèlement à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Ces luttes se déroulent dans des conditions différentes et exigent des formes d’organisation différentes, mais elles s’inscrivent dans un moment historique où la puissance impérialiste devient plus agressive à mesure que sa capacité à s’assurer le consentement s’affaiblit.

José Martí appelait un tel moment « la hora de los hornos, l’heure des brasiers" . Aujourd’hui, la chaleur s’étend sur tout le continent et bien au-delà.

La forme d’internationalisme qui s’est développée autour du Venezuela au cours des deux dernières décennies a été rendue possible par un ensemble particulier de conditions matérielles, et ces conditions ont changé. On demande désormais à la solidarité d’aller au-delà de la simple présence, et la question est de savoir ce que ce changement doit signifier sur chacun de ces fronts.
Au Venezuela, une partie de la réponse a commencé à émerger à travers une série de brigades internationalistes auto-organisées qui se sont rendues dans le pays ces derniers mois, cherchant avant tout à rencontrer les forces populaires et communautaires qui continuent de s’organiser dans ce contexte difficile.

Les brigades de solidarité, pratique ancienne dans des conditions nouvelles

La conception de l’internationalisme de Che Guevara était indissociable de la conviction que la lutte anti-impérialiste ne pouvait, en fin de compte, être cloisonnée en compartiments nationaux hermétiques. Une victoire ou une défaite en un lieu modifiait la donne ailleurs. La forme d’internationalisme révolutionnaire adoptée par Cuba a donné à ce principe une expression concrète remarquable, en envoyant des médecins, des enseignants, des techniciens, des soldats et des cadres politiques bien au-delà de l’île.
L’internationalisme cubain a, à maintes reprises, transformé les ressources et les savoirs produits par une révolution en capacités mises à la disposition d’autres peuples, ce qui s’est souvent traduit par la formation de brigades.

Cet internationalisme ne peut pas être simplement recréé.
L’histoire ne se répète pas à l’identique, et les conditions qui ont permis au Cuba révolutionnaire d’agir à l’échelle internationale à ce niveau étaient historiquement spécifiques. Mais la question sous-jacente demeure : que signifie, pour une organisation révolutionnaire ou un processus populaire, de mettre une partie de sa force accumulée à la disposition d’une autre ?

L’expérience vénézuélienne de ces derniers mois suggère une réponse possible.
Quelques jours après le bombardement du 3 janvier, le PUPSOC, une organisation de masse du sud-ouest de la Colombie, s’est mis en route vers le Venezuela avec une cinquantaine de personnes à bord d’un bus bringuebalant. Beaucoup d’entre eux étaient des paysan.ne.s. Ils voyageaient avec leur propre nourriture, leur propre matériel de cuisine et le nécessaire pour subvenir à leurs besoins pendant le trajet. Ils ne sont pas venus parce que le Venezuela pouvait leur offrir des conditions de vie confortables. Ils sont venus parce qu’ils considéraient ce qui se passait au Venezuela comme une affaire qui les concernait en tant que peuple organisé.

Il existe une différence considérable entre voyager parce qu’on a été invité à un événement international et entreprendre un long voyage parce que sa propre organisation a décidé qu’une lutte se déroulant dans un autre pays s’inscrit dans son horizon politique.
Le premier cas peut donner lieu à une solidarité importante, et cela a été le cas pendant des années. Le second renvoie à une relation différente, plus substantielle — une relation dans laquelle les gens arrivent avec leur propre expérience politique et une contribution concrète à apporter, tout en apprenant et en échangeant avec, dans le cas du Venezuela, des communards qui sèment les graines du socialisme territorial dans un pays assiégé.

Si l’on met de côté le soi-disant internationalisme des intellectuels de gauche, pour la plupart issus des pays du Nord, qui pontifient sur notre révolution et dictent de loin ce que les Vénézuéliens de la classe ouvrière devraient faire – un passe-temps favori pour beaucoup depuis le 3 janvier –, la réapparition de brigades révolutionnaires et auto-organisées constitue aujourd’hui le changement le plus important qui s’opère dans l’internationalisme de fond envers le Venezuela.

Ce ne sont plus les halls d’hôtels cinq étoiles remplis de gens heureux d’être au Venezuela et encore plus heureux de se retrouver. Ce sont des personnes qui s’auto-organisent pour venir au Venezuela, pour tirer les leçons de ce qui reste politiquement vivant malgré les difficultés, et pour passer du temps avec des communes qui continuent – de manière inégale et sous une pression considérable – à organiser la vie collective tout en réfléchissant à la stratégie qui nous sortira du brasier qui s’est abattue sur nous.

Apprendre, par-delà les frontières

Au cours des dernières semaines, trois brigades internationalistes auto-organisées se sont rendues dans la commune d’El Panal, à Caracas. Chacune issue d’une tradition politique différente, elles se sont toutes confrontées aux mêmes questions fondamentales : que se passe-t-il au Venezuela ?
Que peut-on en tirer comme enseignements ?
Que peuvent-elles faire ?

La première, organisée par Ítaca, une organisation internationaliste, et baptisée du nom d’Ali Primera, a réuni de jeunes militants des Pays Catalans, dont les traditions politiques s’inscrivent dans une longue histoire d’organisation territoriale et assemblée, visant à rompre avec l’individualisation et le totalitarisme du capital. Leur rencontre avec les communard.e.s d’El Panal a commencé par quelque chose d’apparemment simple : passer du temps sur le terrain, écouter, poser des questions aux communards et se laisser interroger en retour.

Ces échanges ont été fructueux précisément parce qu’aucune des deux parties n’a abordé l’autre comme une page blanche. Les militant.e.s catalans ont reconnu dans la démocratie directe de la commune un lien de continuité avec leur propre expérience, tout en la replaçant dans un contexte géopolitique différent ; les communards vénézuéliens, quant à eux, ont découvert des pratiques collectives forgées au cœur d’une lutte pour l’indépendance et le socialisme au sein même du cœur impérialiste.

La deuxième brigade, baptisée « Tamara Bunke », réunissait des militants du Congreso de los Pueblos de Colombie ; de Jarqui et d’Endavant, deux organisations socialistes respectivement du Pays Basque et de Catalogne ; des militants du Mouvement des travailleurs Sans Terre (MST) du Brésil ; ainsi que NODAL, le portail d’information basé en Argentine qui couvre l’Amérique latine et les Caraïbes dans une perspective de base.
La conversation revenait sans cesse à une question centrale : la stratégie.
Que signifie construire le pouvoir populaire dans des conditions très difficiles, et comment l’organisation territoriale doit-elle s’articuler avec l’objectif politique plus large de l’émancipation collective ?

La troisième brigade, organisée par ALBA Movimientos et baptisée « Fidel Castro », a réuni plus de trente jeunes militant.e.s venus de tout le continent dans le cadre d’un programme alliant formation politique et visites de lieux du pouvoir populaire. Aux côtés des communards, la brigade a peint une fresque murale sur les murs d’une commune en hommage aux trente-deux internationalistes cubains tués le 3 janvier alors qu’ils défendaient le président Maduro ; leurs noms ont été inscrits à côté d’immenses portraits préexistants du général Qasem Soleimani et du commandant Mohammed Sinwar.

Ce qui a réuni les organisations latino-américaines présentes au sein de la brigade, c’est un horizon politique commun : l’unité des peuples d’Amérique latine, la lutte contre l’impérialisme et la conviction que l’émancipation doit se construire par l’organisation et le travail collectif au sein du peuple. La fresque qui en a résulté en disait autant que n’importe laquelle des discussions : un internationaliste cubain, un général iranien et un commandant palestinien, réunis sur un même mur comme les trois fronts d’une même guerre contre l’impérialisme.

Ensemble, les trois brigades ouvrent la voie à une conception de l’internationalisme plus proche de l’idée révolutionnaire traditionnelle que du modèle « conférences et hôtels » : un internationalisme qui se mesure à ce que les peuples organisés peuvent mettre à la disposition les uns des autres.
Une organisation paysanne apporte des formes de travail territorial développées dans les campagnes colombiennes ; des militants catalans et basques apportent des traditions d’assemblée forgées par leurs propres luttes. Les communards vénézuéliens apportent avec eux plusieurs décennies d’expérimentation en matière d’autonomie locale. Chaque partie repart avec davantage de capacités qu’à son arrivée, sinon l’échange n’aura pas rempli son rôle.

Ce qui subsiste

La difficulté de la situation actuelle au Venezuela rend ce type d’échange d’autant plus significatif. La Révolution bolivarienne n’a pas suivi une trajectoire linéaire vers le socialisme ; son histoire est marquée par des avancées et des défaites, des ouvertures et des fermetures, des moments de mobilisation de masse et des périodes d’épuisement, des initiatives radicales et des reculs.
La conjoncture actuelle a fait ressortir certaines de ces contradictions avec une force particulière. C’est donc le moment de préciser ce que nous entendons lorsque nous parlons de l’irréversibilité des processus révolutionnaires.

Les acquis politiques peuvent être remis en cause, les institutions affaiblies, les politiques modifiées et les structures économiques réorientées. Nous n’avions pas atteint un point où les avancées de la Révolution bolivarienne étaient devenues totalement irréversibles, et prétendre le contraire reviendrait à occulter l’une des leçons centrales de la période actuelle.

L’expérience accumulée d’un peuple obéit à une temporalité différente. Ce qui s’apprend par l’exercice du pouvoir populaire ne réside pas dans les institutions. Ceux qui ont appris à délibérer dans des assemblées communales, à organiser la production collectivement, qui ont pris part à des luttes pour la terre, à des organisations de quartiers, à des luttes ouvrières, à des missions et à des expériences communales, portent toujours en eux ce savoir pratique : comment négocier les contradictions, répartir les ressources, faire face à la bureaucratie, défendre le territoire ou gérer certains aspects de la vie collective.

Une politique peut être annulée ; une capacité acquise au fil d’années de pratique ne disparaît pas du jour au lendemain.

Les revers actuels de la Révolution bolivarienne sont réels sans pour autant être définitifs : l’histoire a fait un pas en arrière à certains égards, sans pour autant revenir au point de départ du processus. Cela a son importance pour l’internationalisme, car cela modifie à la fois ce qu’il y a à défendre et les domaines dans lesquels il y a des enseignements à tirer.
La tâche consiste à reconnaître les capacités politiques qui subsistent et à tisser des liens avec ceux qui continuent à s’organiser et à lutter, ici et à l’étranger.

Faire comme les mouvements

Les mouvements véritablement engagés dans une construction collective ont abordé le Venezuela de manière très différente des intellectuels de gauche internationaux qui en ont surtout fait un objet de jugement — surveillant chaque concession, interprétant chaque déclaration, identifiant chaque erreur politique, pour finalement annoncer que la révolution est pratiquement terminée (le plus souvent depuis une distance considérable).
À l’inverse, les mouvements arrivent forts de leur propre expérience politique accumulée et, lorsque c’est possible, utilisent leurs propres ressources. Ils passent du temps avec les communards, parcourent les territoires, cuisinent ensemble, débattent de stratégie et se demandent ce qu’ils peuvent apprendre les uns des autres.

Le point de départ d’un mouvement est différent : ses membres savent déjà ce que signifie s’organiser sous pression et mener à bien un travail collectif lorsque les ressources sont limitées ; leurs visites deviennent donc l’occasion d’explorer ce qui peut être construit ensemble, au-delà d’un simple état des lieux de la situation au Venezuela.

Les mouvements qui mènent un véritable travail politique ont tendance à comprendre qu’une relation internationaliste doit être réciproque, que la solidarité implique autant d’apprendre que de donner, et que l’utilité politique d’une rencontre dépend en partie du fait que les deux parties repartent avec davantage de capacités qu’elles n’en avaient à leur arrivée.
C’est peut-être l’une des leçons les plus utiles du moment présent : l’internationalisme peut être reconstruit grâce aux pratiques de personnes organisées, et au travail commun, plutôt que par l’« autorité » d’observateurs.

Pour ceux qui continuent de s’intéresser au Venezuela, le défi est donc assez simple : faites comme les mouvements – et par « mouvements », j’entends les forces organisées ayant une pratique politique propre : partis révolutionnaires, organisations de base, syndicats, mouvements paysans, etc.

Venez avec des questions plutôt qu’avec des verdicts.

Venez avec votre propre expérience. Venez prêts à apprendre et à apporter votre contribution. Venez dans les territoires où les gens continuent de s’organiser. Venez dans les communes et les nombreuses autres formes d’organisation sociale. Venez dans les mille et une écoles de formation sociopolitique – agroécologie, féminisme populaire, histoire insurgée vénézuélienne et latino-américaine, cultures indigène et afrodescendante, économie non-capitaliste, qui font du chavisme une vaste université ouverte sur les mondes nouveaux.

La gauche internationale n’a pas besoin de faire du Venezuela le centre de tout. Cuba a aujourd’hui besoin d’une solidarité urgente et militante, et les luttes qui se déroulent à travers l’Amérique latine et aux États-Unis s’inscrivent dans le même contexte historique plus large, tout comme le génocide toujours en cours contre le peuple palestinien à Gaza et la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.

Il s’agit de fronts différents, issus de conditions différentes, mais qui, ensemble, révèlent la même expansion dangereuse d’un hyper-impéralisme dont la violence décuplée est liée à l’affaiblissement de sa position historique.

Cependant, là où il y a un intérêt pour le processus vénézuélien, il y a une possibilité de transformer cet intérêt en quelque chose de plus utile qu’un simple commentaire. « L’heure des brasiers » de Martí désigne précisément ce genre de moment : une période de chaleur et de danger où l’issue est incertaine, mais où les vielles forces politiques sont mises à l’épreuve et de nouvelles sont forgées.

Sa métaphore ne contient ni le réconfort de l’optimisme ni la paralysie du désespoir : le brasier est dangereux parce qu’il transforme les choses, mais il produit aussi de la lumière, et le Che placera plus tard les paroles de Martí en exergue de son propre appel à la lutte internationale, en étendant cette lumière au-delà de Cuba vers un horizon continental.

Le Venezuela est aujourd’hui l’un de ces brasiers.
Il subit une pression impérialiste extrême tandis que certaines communes continuent d’ouvrir la voie vers le socialisme. Cuba en est un autre, soumis à un blocus qui vise à rendre matériellement impossible la survie de la révolution. La Palestine en est un autre encore, subissant un génocide perpétré au grand jour ; l’Iran en est un autre, confronté à une guerre menée par les États-Unis et Israël contre sa souveraineté.

Partout en Amérique latine, les mouvements populaires font face à la réaction, à la fascisation, à la dépendance et à la réaffirmation de la puissance des États-Unis ; et aux États-Unis mêmes, les militants sont confrontés à un climat politique dans lequel la dissidence et la solidarité sont de plus en plus considérées comme des cibles de répression.

Chacun de ces brasiers a sa propre température, sa propre histoire, ses propres contradictions — la tâche n’est pas de les classer par ordre d’importance, mais de comprendre ce que signifie tisser des liens entre ceux qui œuvrent au sein de chacune d’elles.

Le processus révolutionnaire au Venezuela entre dans une période difficile et incertaine : ses contradictions sont réelles. Mais ce qu’il a accumulé l’est aussi. C’est peut-être précisément sur ce terrain qu’un internationalisme différent peut être reconstruit : un internationalisme fondé sur la réciprocité, sur l’échange de capacités politiques et sur la reconnaissance qu’aucun peuple révolutionnaire ne peut s’émanciper dans l’isolement.
Les communes sont toujours là, et les mouvements continuent d’y œuvrer.

A l’heure des brasiers, ce qui compte désormais, c’est la lumière que nous créons ensemble.

Source  : https://mronline.org/2026/08/31/the-hour-of-the-furnaces-internationalism-in-difficult-times/

Traduction : Thierry Deronne


Voir en ligne : https://venezuelainfos.wordpress.co...


L’autrice : Cira Pascual Marquina est une éducatrice populaire de la Pluriversidad Patria Grande, l’initiative éducative impulsée par la commune El Panal (Caracas). Elle est également membre du Réseau international de démocratie communale. Avec Chris Gilbert, Pascual Marquina est co-autrice de Venezuela, the Present as Struggle : Voices from the Bolivarian Revolution (Monthly Review Press), de la série de livres Resistencia comunal frente al bloqueo Imperialista (Observatorio Venezolano Antibloqueo), ainsi que de Protagonistas : construcción comunal en tiempos de bloqueo Imperialista (Observatorio et PT).

   

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