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Hydrogène, phosphates : Accaparement et pollution de la Terre en Afrique du Nord
mercredi 23 avril 2025 par Ali Katef
L’État tunisien et la banque allemande KFW viennent de lancer la construction d’une usine pilote d’ammoniac à Gabès, au sud-est de la Tunisie. Dans ce pays, c’est le premier pas vers l’exploitation à grande échelle de l’hydrogène dit « vert », un gaz qui peut être transformé en ammoniac pour de nombreuses réutilisations. L’Europe, qui a besoin de moins dépendre du gaz russe, investit dans une ressource qu’elle présente comme écologique. Mais, partout en Afrique du Nord, les méga-projets européens d’hydrogène riment surtout avec accaparement des terres et de l’eau, pollutions et ruine de l’agriculture. A Gabès, ils s’ajoutent à la catastrophe environnementale, en cours depuis des décennies, dans laquelle la France a déjà d’importantes responsabilités via l’exploitation du phosphate.
Tout le littoral environnant la ville de Gabès est depuis des années synonyme de mort pour toute forme de vie. Ici un banc de méduses en décomposition mêlées aux rejets de phosphogypse, avec le Groupe chimique tunisien (GCT) en fond, photo prise en 2012. Photo : SOS Environnement Gabès
Une économie néocoloniale de guerre
D’une capacité modeste de 630 tonnes par an, l’usine pilote de Gabès préfigure l’ambitieux plan de développement qui envisage à terme l’exportation de 6 millions de tonnes d’hydrogène « vert » tunisien, environ un tiers des 20 millions de tonnes dont l’Europe affirme avoir besoin dès 2030 [1]. La banque KFW, créée au moment du plan Marshall après la Seconde Guerre mondiale, et spécialisée dans la coopération internationale allemande, finance ce projet-pilote [2].
En 2024, elle avait déjà investi 24 milliards d’euros pour construire le réseau de pipe-line européen pour l’hydrogène [3], qui doit servir à réceptionner une matière première extraite en majeure partie en Afrique du Nord. Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne est à l’avant-garde des projets d’hydrogène.
C’était l’un des pays européens les plus dépendant au gaz russe avant les sanctions prises contre la Russie après son invasion de l’Ukraine. En 2022, 55 % des importations allemande de gaz venaient de Russie, contre seulement 17 % pour la France, et entre 40 et 50 % au niveau de l’ensemble de Europe.
Si ces proportions ont fortement baissé, le gaz russe représente toujours 15 % des importations européennes. Ce gaz est moins cher que le le gaz américain ou norvégien, et il dispose d’une infrastructure de pipe-lines qui rendent sa fourniture plus simple et moins onéreuse.
La dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie est donc un problème de coût. Et c’est la raison principale pour laquelle les dirigeants européens cherchent des sources d’approvisionnement bon marché [4].
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Transmis par Andréa Mencarelli (URC)
[1] (1) et (2) Voir : Ministère de l’industrie, des mines et de l’énergie, Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène vert et de ses dérivés en Tunisie, 2023, co-écrite avec l’agence de développement allemande GIZ : energiemines.gov.tn/fileadmin/docs-u1/Résumé_strateìgie_nationale_MIME-WEB.pdf
[2] idem

