Le Manifeste

Un point de vue communiste sur l’actualité nationale et internationale

À l’exception de ceux signés « URC », tous les articles proposés sur ce site sont destinés à élargir notre champ de réflexion. Cela ne signifie donc pas forcément que nous approuvions la vision développée par les auteurs. L’utilisation des commentaires en fin d’article, permet à chacune et chacun de s’exprimer et de nourrir le débat démocratique.

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Films |  Adhésion

Accueil > Voir aussi > Hommage à Noëlle Vincensini, une grande dame de Corse et de France

Hommage à Noëlle Vincensini, une grande dame de Corse et de France

mardi 27 mai 2025 par Francis Arzalier (URC)

En ces temps frelatés où les médias français de grande écoute, toujours désireux de se glisser dans « l’air du temps », cultivent à tout instant les phantasmes irrationnels de ME TOO pour faire pièce aux véritables combats féministes, qui consistent à lier les nécessaires aspirations à l’égalité entre les sexes à celui tout aussi nécessaire contre l’exploitation de classe. Ils ne parleront pas de la disparition à 98 ans d’une grande Dame, une militante admirable. Nous le ferons donc de notre mieux à leur place, car seuls quelques journaux l’ont dit, et notamment le Monde, par un texte qui l’honore, du 27 mai d’Antoine Albertini.

Noëlle Vincensini a traversé le siècle, en naissant dans le village corse de Piedicroce en 1927, pas en le subissant comme la majorité des Françaises et Français, mais en s’efforçant d’être actrice de l’histoire, de la modeler en faveur des plus exploité(es). Même si à chaque fois elle a lourdement payé le prix de ses engagements.

Noëlle a fait partie dès sa jeunesse de cette diaspora corse obligée de venir gagner sa vie « au continent », poussée à l’exode par le non-développement économique de l’île, et la misère majoritaire qui en découlait.
Et ces expatriés contraints conservaient malgré l’éloignement leur identité culturelle, leur sentiment d’être partie d’un peuple, ce qui n’empêchait pas l’attachement à la Nation française, celle de 1789, des Droits de l’Homme et des Peuples, qui sut accueillir son représentant Paoli, à l’Assemblée nationale.

Adolescente, Noëlle Vincensini sut incarner cette dichotomie. Dans le lycée de Montpellier où elle était élève, elle anima un groupe de résistance contre les occupants Nazis, le Front Uni de la Jeunesse Patriotique, au service duquel elle n’hésitait pas à transporter les journaux clandestins et les armes des combattants. C’est ainsi qu’en juillet 1944, âgée de 17 ans, elle fut arrêtée et déportée au Camp de concentration de Ravensbrück, dont beaucoup ne revinrent pas.

8 Mai 1945, Noëlle avec les trois autres filles du Lycée Clémenceau à Montpellier, arrêtées et déportées.

Sa jeunesse lui permit d’en revenir vivante, et décidée toujours à lutter pour une société plus juste, au sein d’un PCF sorti glorieux et puissant de son rôle dans la Résistance et en faveur des réformes de 1945. Elle fut même élue municipale à ce titre à Palaiseau en Île de France, et militante de l’UJRF, l’organisation de jeunesse liée au Parti.
C’est dans cette France nouvelle, qui portait bien des espoirs souvent déçus les années suivantes, qu’elle fut l’épouse de l’écrivain cévenol Jean Pierre Chabrol, qui collaborait alors au quotidien du PCF l’Humanité. Ce qui lui permit de côtoyer les grands. Intellectuels communistes de cette période, Aragon, Picasso, et même le chanteur Brassens, proche des Anarchistes, qui lui dédia sa chanson Pénélope.

Mais l’appel de la Corse natale restait fort. Après avoir divorcé de Chabrol, avec qui elle avait donné vie à quatre enfants, Noëlle a quitté la Région Parisienne, pour Nice d’abord, puis son ile, dans les années 1970.

C’est là qu’elle a révélé une autre facette de sa personnalité, qui fit d’elle un modèle d’exigence intellectuelle et morale. Car si Noëlle fut toujours militante, et sut s’engager dans tous les combats pour l’égalité aux époques successives, elle savait aussi veiller aux dérives possibles des organisations dont elle était membre, quand elles se laissaient gangrener par le goût du pouvoir, et glisser aux concessions opportunistes sans principes.

C’était alors en Corse le renouveau des revendications « corsistes », économiques et sociales contre le sous-développement infligé aux Citoyens de l’île, alors que les agrariens rapatriés d’Algérie colonisaient la Plaine Orientale grâce aux subventions de l’État français et de l’UE (« fusillade d’Aléria » en 1975). Revendications culturelles et linguistiques parfaitement légitimes, aussi, regroupées sous le sigle « RIACQUISTU « (Réappropriation de la culture et de la langue corse), que Noelle partageait en militante, reprochant même aux Communistes insulaires de les négliger au profit de combinaisons électorales dans le cadre de « l’Union de la Gauche ».

Ce qui l’a évidemment amenée à se rapprocher des mouvements qu’on disait alors Autonomistes, et plus tard Nationalistes. Mais quand les clandestins du FLNC en 1977 versent en guise de « lutte armée contre le colonialisme français » dans la xénophobie meurtrière en assassinent des immigrés maghrébins accusés sans preuves de trafic de drogue, elle dénoncer ces « crimes imbéciles ».

Ce sera le début de son action militante la plus longue contre racismes et xénophobies en Corse par le biais de l’association « AVA BASTA » (Maintenant, ça suffit ! ). Son prestige de survivante de la Résistance antifasciste corse lui a permis d’en faire un acteur incontournable de l’histoire insulaire au début du XXIème siècle, en entraînant des foules insulaires à manifester leur refus de ces dérives mortifères.

Noelle Vincensini, une militante exemplaire, une femme libre, fut l’honneur du peuple corse et de la Nation française.
Je m’honore de l’avoir connue.

   

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.