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La Grande-Bretagne (re)nationalise ses trains, l’Union européenne privatise les nôtres !

mercredi 28 mai 2025 par Initiative Communiste

En novembre 2024, le Parlement britannique a approuvé une loi, portée par le gouvernement travailliste de Keir Starmer, pour ramener les opérateurs ferroviaires privés dans le giron public. Cette réforme, obtenue sous une très forte pression populaire, vise à regrouper les opérateurs sous une entité publique nommée Great British Railways à l’expiration de leurs contrats (d’ici 2027) ou plus tôt en cas de mauvaise gestion. Le réseau ferré est déjà géré par Network Rail, une entité publique depuis 2002, et plusieurs opérateurs (quatre sur quatorze en Angleterre, ainsi que ceux en Écosse et au Pays de Galles) sont revenus sous contrôle public. C’est le mouvement exactement opposé à celui qui se déroule actuellement en France sous les ordre de l’Union Européenne.

Privatisation, libéralisation : la catastrophe annoncée s’est produite sans surprise

La privatisation a été lancée sous le gouvernement conservateur de John Major avec le Railways Act de 1993, entrant en vigueur entre 1994 et 1997. British Rail, l’opérateur public créé en 1948 lors de la nationalisation, a été démantelé en une centaine d’entités privées, incluant :

Railtrack pour l’infrastructure (privatisée en 1996, renationalisée en 2002 sous Network Rail après des défaillances).
25 franchises pour l’exploitation des services voyageurs, attribuées à des opérateurs privés.
Des sociétés pour le matériel roulant (ROSCOs) et le fret, également privatisées.
Les idéologues capitalistes avaient « vendu » ces privatisations sous le prétexte d’une meilleure efficacité, prétendument sous la pression de la concurrence, mais aussi d’économies pour le budget publique.

Au démarrage, les capitalistes qui ont racheté pour une bouchée de pain les lignes, ont versé quelques investissements, permettant l’introduction de trains plus rapides ou l’électrification de certaines lignes. Mais les usagers ont vite déchanté.

La privatisation fait exploser les prix : les tarifs ferroviaires britanniques sont parmi les plus élevés d’Europe. Depuis 2010, les billets annuels ont augmenté de 27 %, et les Britanniques consacrent 14 % de leur revenu mensuel aux transports (contre 2 % en France). Un sondage de 2024 indique que 77 % des usagers jugent les billets trop chers.

Retards, trains supprimés, le service privatisé est catastrophique : les performances des opérateurs privés sont apparues « inacceptables », très en-dessous de ce que permet le service public, avec des retards fréquents (51 % des usagers s’en plaignent en 2024) et des annulations récurrentes, notamment sur des lignes très fréquentées comme Londres-Brighton.

Privatisation des bénéfices, mais socialisation des coûts : les subventions publiques ont explosé, passant de 2 milliards de livres dans les années 1980 à 11,9 milliards de livres entre 2022 et 2023, soit la moitié des revenus du secteur. Un rapport de 2013 note que les dépenses publiques ont été multipliées par six depuis 1993. Une terrible illustration du capitalisme monopoliste d’État dans ses œuvres.

Privatisation attention danger  : les premières années de la privatisation ont été marquées par des accidents graves (Hatfield en 2000, 4 morts ; Southall, Ladbroke Grove), attribués à un mauvais entretien des voies et à une fragmentation excessive du système. La dégradation terrible du réseau induite par sa privatisation et donc la recherche constante d’économies pour augmenter le profit ont conduit à sa renationalisation en urgence, avec la création d’une société publique regroupant l’ensemble du réseau Railtrack en 2002.

Grèves des trains en hausse  : les conditions de travail et la hausse des prix ont provoqué de nombreuses grèves, notamment dans le sud de l’Angleterre (33 jours de grève en un an en 2016). Le mécontentement des usagers et des syndicats a renforcé la demande de renationalisation.

Une jungle rendant impossible les déplacements en train  : la division du système en multiples entités privées a entraîné des problèmes de coordination, des surcoûts et une perte d’expertise, rendant le système « dysfonctionnel » selon le rapport Williams-Shapps de 2021.

Alors que la Grande Bretagne vient de sortir de l’Union européenne avec le Brexit, elle se libère également de ses directives européennes imposant la libéralisation et la privatisation du rail, qui interdisaient de facto la possibilité d’une renationalisation.

Durant la crise Covid, le Grande-Bretagne est obligée d’injecter 14 milliards d’euros dans ses compagnies privées. Les Britanniques sont désormais plus de 2 sur 3 à exiger une renationalisation. Sous la pression, le gouvernement de Keith Starmer est obligé d’engager une renationalisation partielle qui ne concerne cependant que le transport de voyageurs, mais pas le transport de marchandise ni le matériel roulant.

Quatre opérateurs privés sur quatorze sont déjà repassés sous contrôle public, en sanction de leur très mauvaises performances. Ce 25 mai 2025, c’est la première nationalisation directe qui est en revanche engagée avec le passage sous le giron public de South Western Railway, qui s’intègre ainsi dans la compagnie publique Great British Railway.

En France, les cheminots rient jaunes de cette renationalisation… dont il faut expliquer cependant les causes.

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