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Pépé Mujica : « La grande crise n’est pas écologique, elle est politique »
jeudi 5 juin 2025 par Geoffrey Roy (photographe)
Une des plus belles âmes qui ai existé dans l’histoire moderne vient d’être éternisée. José Mujica, alias Pépé, ancien président de l’Uruguay. Un monument de la politique internationale et aussi un ovni car il a été le président le plus atypique en étant un homme simple, modeste et humble dont le coeur battait pour l’humanité.
Ce président donnait 90% de son salaire à des associations et se déclarait bien loti avec les 10% restant (il ne gardait que 760€ sur ses 9.300€ mensuels). Face aux grands leaders du monde en 2012, il se présenta sans cravate avec des discours retentissants contre le consumérisme à la conférence de Rio, et ensuite aux Nations Unies à New-York. Il s’en prenait au pillage des ressources de la Terre et au « dieu marché ».
« La grande crise n’est pas écologique, elle est politique (…). Nous devons nous rendre compte que la crise de l’eau et l’agression contre l’environnement n’en sont pas la cause. La cause, c’est le modèle de civilisation que nous avons mis en place. Et ce que nous devons revoir, c’est notre mode de vie. »
Une partie de ce qui a forgé le caractère et la sagesse de ce grand homme vient de la souffrance qu’il a vécue et sa façon d’y réagir.
Dans les années 1960 et 1970, Mujica était membre du Mouvement de Libération Nationale-Tupamaros, un groupe de guérilla urbaine qui s’opposait à la dictature militaire en Uruguay. Cette lutte lui coûta cher : il fut arrêté à plusieurs reprises et passa près de 13 ans en prison, dont presque une décennie en isolement total. Enfermé dans des conditions inhumaines, il subit la torture, la privation et l’isolement extrême.
Il racontait que, durant ces années, il souffrait d’hallucinations auditives et de paranoïa, conséquences de la solitude imposée. Il ne voyait d’autres êtres humains que lorsqu’il était battu, ce qui lui fit perdre plusieurs dents.
« Je suis passionné, mais dans mon jardin je ne cultive plus la haine depuis des décennies, parce que j’ai appris une dure leçon que la vie m’a imposée : la haine finit par nous rendre idiots (…) La haine est aveugle comme l’amour, mais l’amour est créatif et la haine nous détruit. »
Son expérience en prison influença profondément sa vision du pouvoir et du bonheur. Il comprit que la liberté ne réside pas dans l’accumulation de biens matériels, mais dans la capacité à vivre simplement et à apprécier l’essentiel.
« Je ne suis pas pauvre, je suis sobre. Je vis avec juste ce qu’il faut pour que les choses ne volent pas ma liberté. » Cette philosophie guida son mandat présidentiel, où il refusa les privilèges du pouvoir, préférant vivre dans sa modeste ferme.
Mujica voyait l’amour comme une force créatrice, opposée à la haine qui détruit. Pour lui, l’amour, sous toutes ses formes, est ce qui donne un sens à l’existence. Il croyait profondément en la nécessité de cultiver des relations humaines sincères, basées sur le respect et la solidarité.
A ses yeux, l’amour ne se limitait pas aux relations personnelles, mais s’étendait à l’amour de la vie, de la nature et de l’humanité.

