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Remarques sur les médias depuis le 13 juin
jeudi 19 juin 2025 par Philippe Arnaud, AMD Tours
La date indiquée est, bien entendu, celle de l’attaque d’Israël perpétrée contre l’Iran. Je souhaite ci-après formuler quelques observations, que je n’ai pas beaucoup lues ou entendues dans les médias.
1. Cette attaque, par sa soudaineté, par sa brutalité, par l’ampleur des moyens utilisés, n’est pas sans rappeler l’attaque sans préavis sur l’aviation égyptienne, au matin du 5 juin 1967 (début de la guerre des Six jours) par l’aviation israélienne. En quelques heures, les Israéliens détruisirent 309 des 340 avions égyptiens, ce qui mit l’armée égyptienne k.o. debout.
Et, bien entendu, cette attaque du 13 juin s’inscrit dans la continuité des diverses attaques perpétrées par les Israéliens contre Gaza, contre la Cisjordanie, contre le Liban, contre la Syrie, contre le Yémen, depuis le 7 octobre 2023.
2. Les Israéliens prétendent, par cette attaque, empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire. Mais comment peuvent-ils imaginer que l’Iran utiliserait l’arme nucléaire contre eux ? Les populations juive et palestinienne sont, en effet, étroitement mêlées : à Jérusalem d’abord, mais aussi en Cisjordanie, où les colonies israéliennes étendent leurs métastases quelquefois à des centaines de mètres à peine des villes palestiniennes.
Ou bien partout en Galilée, où les communes des Palestiniens de nationalité israélienne parsèment le territoire. Comment les Iraniens ne se rendraient-ils pas compte du risque de tuer en masse des Palestiniens ? Et de voir l’opinion de ceux-ci se retourner contre eux ?
3. Je vous soumets une autre interprétation : dans l’attitude d’Israël (mais aussi des pays et médias occidentaux) à l’égard du fantasmé arsenal nucléaire iranien, je discerne aussi une réaction de classe, semblable à celle qui poussait les autorités (au Moyen âge et aux Temps modernes) à édicter des lois somptuaires. C’est-à-dire des lois qui interdisaient aux gens du Tiers état de porter des vêtements au-dessus de leur condition, et ce pour - entre autres - bien marquer les différences sociales (autant de classe que de caste).
J’y vois, mutatis mutandis, la stupeur outragée d’une altesse royale surprenant sa femme de chambre en train d’essayer ses robes. Car l’arme nucléaire ne se contente pas d’être très meurtrière, elle agit aussi comme un marqueur social. Elle signale un rang dans la société des nations : un peu, comme jadis, le chevalier, par sa possession d’un destrier et d’un palefroi, d’une armure, d’une lance, de plusieurs valets d’armes, exhibait sa supériorité économique.
Aujourd’hui, la possession de l’arme nucléaire signifie que le pays qui la détient a acquis un niveau économique, industriel, scientifique, technologique, qui le hisse au-dessus du commun. On veut bien que les vilains possèdent une fronde ou une hallebarde, mais il est inconvenant de laisser une arme noble aux mains des gueux.
En dehors de l’efficacité réelle de l’arme nucléaire, on ne saurait laver les Iraniens de ce crime impardonnable : avoir eu l’outrecuidance de prétendre à d’autres armes qu’à celles de la piétaille.

