Le Manifeste

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L’extrême-droite et les antagonismes de classes

lundi 23 juin 2025 par Francis Arzalier (URC)

Certains d’entre nous, à juste titre, s’inquiètent des récents sondages, qui annoncent plus du tiers des suffrages au premier tour des élections présidentielles de 2027 en faveur du RN, et craignent sa probable victoire au second tour, face à une Gauche rétrécie, et à une Droite prête à rallier les objectifs qui leur sont communs.

Ils ont raison, jamais depuis un siècle, les idées « sécuritaires », répressives, nationalistes, guerrières, racistes, inégalitaires, n’ont eu une telle possibilité d’accéder légalement, par le vote, au Pouvoir d’État dans notre « Démocratie » falsifiée. Et ils ont plus raison encore de vouloir l’empêcher, et convaincre les Citoyens français de s’opposer à ce danger majeur.

Encore faut-il pour y parvenir, ne pas se leurrer sur l’Extrême-Droite, sur sa nature et ses évolutions depuis deux siècles.

La longue histoire de l’extrême-droite française

On ne saurait oublier en analysant l’histoire d’un pays comme la France et la Nation qui s’y est forgée, que les idéologies et les mouvements politiques, dans leur diversité et leurs oppositions, expriment les clivages entre les classes sociales, entre exploiteurs et exploités, entre dominants et dominés.

Les idéologies d’Extrême-Droite, présentes en France depuis deux siècles au moins, se sont incarnées dans des organisations successives, au gré des mutations historiques.
Les qualificatifs « Gauche, Droite et Extrême-Doite », sont hérités de la Révolution de 1789-93, qui instaura en France l’Assemblée Parlementaire Représentative, au sein de laquelle Gauche laquelle les députés les plus désireux de réformes politiques et sociales se regroupent dans l’hémicycle à gauche de celui présidant les débats, et les plus opposés aux changements sur sa droite. Une terminologie politique reprise dans le monde entier, mais que les tenants de l’Extrême-Doite ne reconnaissent pas volontiers pour se définir.

Plus que « conservatrices » (attachée à l’ordre social inégalitaire existant), les Extrêmes Droites sont « réactionnaires », c’est à dire nostalgiques d’un ordre social disparu, et des inégalités sociales qui le caractérisaient.

C’est ainsi qu’elles se sont volontiers reconnues au 19éme siècle, contre la Troisième République bourgeoise, dans le parti Légitimiste, nostalgique de la monarchie de Droit divin et des privilèges abolis de l’aristocratie terrienne, plutôt que dans la bourgeoisie industrielle et financière. Cela tout en exigeant avec elle une société autoritaire, imposant ses choix au prolétariat vivant de son travail, avec l’aide de l’armée, de la police et de l’Église catholique, contre les revendications sociales, la Démocratie et la laïcité.

Les idéologues de cette Extrême-Droite au début du XXème siècle, comme Drumont et Maurras, y ajoutaient un nationalisme belliciste, xénophobe et raciste, à l’encontre des colonisés africains et asiatiques, et des Juifs et des immigrés de diverses origines, utilisés dans leur discours en boucs émissaires de tous les maux de la société.

Dans les années 1930, en réaction à la crise économique mondiale qui ruinait de nombreux petits patrons, et mettait des millions de salariés au chômage, les organisations diverses de l’Extrême-Droite, sous le vocable de Ligues anti-républicaines, très inspirées du Fascisme italien et du Nazisme allemand, ont tenté un coup d’état en février 1934, mais ont échoué devant la riposte antifasciste, dite de Front Populaire, victorieuse (de peu) aux élections de 1936.

Mais la défaite de l’armée française au printemps 1940 constitua pour l’Extrême-Droite de France une » divine surprise », qui lui permet de participer au pouvoir d’État à Vichy derrière Pétain et Laval, par le biais de partis pronazis, comme le RNP de Déat et le PPF de Doriot, l’ancien dirigeant du PCF des années 20, qui en rajoutent sur les thèmes favoris des Vichystes, l’anticommunisme, l’antisoviétisme et l’antisémitisme.

L’écrasement du Nazisme et ses alliés en 1945, et le prestige de l’URSS et des Partis Communistes qui en avaient été en partie les auteurs, puis la découverte des Camps d’extermination, ont changé la donne, et réduit au silence pour quelque temps les Extême-Droites dans toute l’Europe, y compris en France. Dans notre pays, on les a vu refleurir à l’occasion des guerres coloniales, et surtout comme fer de lance des racismes coloniaux et antirépublicains, avec notamment l’OAS, les irréductibles de l’Algérie Française, dont les attentats « Anti gaullistes » visaient d’abord les militants anticolonialistes, notamment les communistes.
Mais l’OAS fut finalement vaincue par le souffle mondial de décolonisation des années 1960.

Après le Front National de Jean-Marie, un nouveau Rassemblement National ?

Vaincue, ou plutôt dispersée aux vents de l’histoire, cette Extrême-Droite française s’est réincarnée dès 1972 en Front National, dont certains fondateurs revendiquaient ouvertement l’héritage anti-républicain des Ligues de 1934 ou l’antisémitisme des partis vichystes, autant que celui colonial et raciste de l’OAS. Jean Marie Le Pen, qui commença sa carrière de député en élu du mouvement antifiscal de Poujade, avait aussi été un pratiquant résolu des ratissages et de la torture en Algérie.
Il se hissera jusqu’au second tour de l’élection présidentielle de 2002. L’âge le contraindra à céder progressivement les rênes du Parti à sa fille Marine Le Pen, qui en assumera la mutation en Rassemblement National, un nouveau nom pour des orientations nouvelles, pour la conquête des Pouvoirs locaux et d’État par les élections.

Une mutation liée à la disparition progressive des générations fondatrices, celles des pronazis et Vichystes, et celles ultra-coloniales, autant qu’à un choix délibéré de « dédiabolisation », par la suppression des tirades provocatrices du Père Le Pen, réactionnaires et antisémites. Même si le recrutement des électeurs et militants du RN se fait à peu près exclusivement sur des thèmes racistes, contre migrants et Musulmans, suggérés coupables de toutes les conséquences de l’exploitation capitaliste, chômage, inégalités sociales, etc. La seule nouveauté est la réhabilitation des Juifs, dont l’État sioniste révèle pour le RN les capacités d’action contre « l’expansionnisme islamiste ».
Cette stratégie électoraliste et démagogique du RN a eu un succès certain, l’amenant à plus du tiers des votants prévisibles, d’autant qu’elle a été relayée systématiquement par des politiciens de Droite comme Retailleau, ou même par les Centristes Macroniens en perte d’influence.

Signe des temps : le vieil hebdomadaire monarchiste et antisémite Rivarol, qui paraissait depuis 1951, et affirmait encore il y a deux semaines douter de l’innocence du Capitaine Dreyfus (!), et titrait la semaine suivante sur « l’expansionnisme sioniste au Moyen-Orient », a annoncé sa prochaine disparition.
À l’inverse, Marine Le Pen et son adjoint Bardella ont rallié en pleine séquence guerrière le camp des bombardiers israéliens contre « la menace Iranienne « . Et, dans la foulée, alors que le RN avait participé à faire gagner le Non au référendum de 2005 sur la Constitution Européenne, les mêmes dirigeants RN viennent de proclamer leur ralliement aux objectifs « austéritaires » de l’UE, au fameux maximum déficitaire de 3 pour cent, qu’ils qualifiaient il y a 20 ans de crime contre les souverainetés nationales.

Car cette évolution opportuniste du RN n’est pas qu’électoraliste, elle révèle depuis un an une inflexion très réfléchie dans ses contenus de classe, très inspirée de celle des Fascistes italiens après 1920, et surtout du parti Nazi allemand après 1930. Ces derniers, après leurs débuts durant lesquels ils n’hésitaient pas pour attirer les victimes de la crise sociale à parler de « révolution contre les riches profiteurs », voire à brandir le drapeau rouge décoré d’une crois gammée, avaient conscience que ces discours ne permettraient pas d’accéder au pouvoir, faute de soutien politique et financier de la Bourgeoisie possédante.
Ils les ont donc infléchis, suffisamment pour obtenir l’assentiment des Trusts, et leur financement.

S’estimant aux portes du Pouvoir, le RN offre son ralliement idéologique aux thèmes chères à nos possédants, l’allégeance à l’Union Européenne, a l’austérité et la militarisation de l’économie, qui viennent dans son discours se rajouter à l’obsession sécuritaire et répressive déjà utilisés.

Ce faisant, l’Extrême-Droite prend ainsi le risque de désarçonner une partie des travailleurs égarés dans son électorat grâce à la démagogie raciste.

À nous d’en profiter pour les en arracher, avant qu’il ne soit trop tard, en leur rappelant leurs intérêts de classe !

   

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