Le Manifeste

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Pourquoi les pays des BRICS, en particulier la Russie et la Chine, ne font-ils pas plus d’effort pour défendre la Palestine ?

dimanche 10 août 2025 par Taher Almoez

À DISCUTER !

Nous publions un article de Taher Almoez sur la Chine et la Palestine, qui pose des questions fondamentales, quoi qu’on en pense et quoiqu’on pense par ailleurs aussi de la politique chinoise. Et à ce titre, il est très utile car il pose de vraies questions factuelles.

Il permet d’ouvrir le débat sur la Chine et les classes sociales qui participent aux politiques contre-hégémoniques dans le monde.

Pour enclencher ce débat, nous publions dans la foulée une première analyse critique de cet article par Bruno Drewski.

Lecture des relations sino-sionistes

Une question cruciale s’est toujours posée à travers le monde : pourquoi les pays des BRICS, en particulier la Russie et la Chine, ne font-ils pas plus d’effort pour défendre la Palestine ?

Cette question est centrale pour la résistance yéménite, par exemple, et secondaire ou marginale pour la Russie, la Chine ou tout autre pays. La question palestinienne est notre cause en tant qu’Arabes. La libération de la Palestine fait partie de nos devoirs et des tâches qui nous incombent. Les forces progressistes (la Chine et la Russie n’en font pas partie) peuvent nous apporter leur solidarité, nous soutenir ou nous critiquer. Quant à la Russie et à la Chine, leurs relations avec l’entité sioniste ne sont pas altérées par l’agression permanente du peuple palestinien (et des peuples arabes et iranien en général).

Les entreprises et l’État chinois contribuent à la prospérité de l’économie sioniste, mais ils s’abstiennent de prendre des décisions politiques telles que le boycott, les sanctions et le désinvestissement, ce qui serait un minimum pour un parti qui se dit communiste et dirige un pays de la taille de la Chine ; au contraire, la Chine s’abstient de prendre une décision politique qui nuirait à l’économie de l’entité sioniste, malgré les massacres quotidiens contre les civils à Gaza.

Par conséquent, il est impératif de considérer tous les partenaires commerciaux, économiques et financiers de l’entité sioniste coloniale (les États-Unis, l’Union européenne, la Grande-Bretagne, le Canada, la Turquie, la Russie, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, l’Australie et les régimes arabes normalisateurs, officiellement ou officieusement), comme complices et partenaires dans les crimes de l’armée sioniste en Palestine occupée comme au Liban, en Syrie, au Yémen et en Iran.

La Chine n’a pas répondu à l’agression contre « l’ami iranien » parce qu’elle refuse de sacrifier ses relations économiques avec l’entité sioniste, car les entreprises d’État chinoises telles que Kim China, Bright Foods et le groupe Fossum (en partenariat avec les entreprises sionistes) investissent dans les colonies de Cisjordanie, et possèdent des actions dans des entreprises sionistes. C’est pour ces raisons que la République Populaire de Chine n’a pas dénoncé publiquement la politique coloniale sioniste avant l’apparition des critiques « occidentales » des massacres commis, cependant, elle continue toujours à soutenir, discrètement, l’économie des colonies malgré les vives critiques actuelles (ces derniers mois), de la politique génocidaire à Gaza.

À titre d’exemple, les produits chinois représentent près de 20 milliards de dollars, soit plus de 20 % des importations des sionistes. La Chine tente de justifier sa complicité avec le « principe de non-ingérence dans les affaires des partenaires, séparant l’Économie de la Politique », ce qui signifie simplement : l’argent et les affaires d’abord ; ce qui ne concorde, en aucun cas, avec les principes socialistes.
Ainsi, conformément à ce principe opportuniste, la Chine a saisi l’occasion des pseudos critiques émises par les pays « occidentaux » vis à vis de certaines pratiques du gouvernement sioniste, pour renforcer ses relations économiques avec cet État voyou. L’ambassadeur de Chine à Tel-Aviv a discuté avec le ministre sioniste de l’Économie et de l’Industrie de « l’approfondissement de la coopération économique et commerciale sino-israélienne », au même moment où l’armée coloniale s’attaquait aux dépôts d’aide humanitaire (la première semaine du mois de juin 2025).

Après l’effondrement de l’Union soviétique, la Chine n’a pas fourni de soutien économique à Cuba, afin d’éviter de briser le blocus américain et s’éviter les sanctions sévères promises à ceux qui oserait le défier. De ce fait, nous ne pouvons donc pas nous attendre à ce que la Chine (ou la Russie) rompe ses relations économiques et diplomatiques avec l’entité sioniste malgré le génocide...

La Chine a soutenu, des décennies durant, les mouvements de libération nationaux et anti impérialistes à travers le monde et parmi eux ceux de la cause palestinienne, puisque l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avait un bureau à Pékin et bénéficiait de privilèges et d’immunités diplomatiques depuis 1965. Mao Zedong avait déclaré en mai 1965 :

« L’impérialisme craint la Chine et les Arabes, et Israël et Formose sont les bases de l’impérialisme en Asie... Vous (les Palestiniens) êtes la porte d’entrée principale au Grand continent (l’Asie), et nous sommes la porte arrière ».

Aujourd’hui, 60 ans plus tard, des entreprises chinoises telles que Kim China pour l’industrie chimique de l’État chinois, sont directement liées à la destruction militaire des moyens de subsistance des Palestiniens. De nombreuses entreprises publiques, en plus des entreprises privées chinoises, investissent directement ou indirectement dans les colonies sionistes ou dans les entreprises qui y sont implantées en vu de faciliter et de pérenniser l’existence des colons dans les territoires occupés.

La Chine a gagné un respect croissant pour son engagement à construire des relations pacifiques et d’intérêts mutuels avec d’autres pays, mais que font ses entreprises en Palestine occupée ?

Pendant que les Palestiniens sont exterminés, affamés et spoliés de leurs terres, les travailleurs chinois vivent et travaillent dans les colonies adjacentes au village de Hawara près de Naplouse, au vu et au su de tous. Des dizaines de Chinois travaillent aussi dans la colonie de Beit Eyl, près de Ramallah, dans les travaux de construction et de routes destinées aux colons sionistes, ce qui favorise l’accélération des implantations coloniales de peuplement, alors que, ultérieurement, le gouvernement chinois autorisait le travail des chinois en Palestine occupée et interdisait leur emploi en Cisjordanie occupée, craignant pour leur sécurité et leur sûreté, selon le Journal of Palestine Studies - Mai 2025

Synthèse :

Il existe plusieurs contradictions dans les déclarations chinoises. Le représentant de la Chine à la Cour internationale de justice déclare, par exemple, que :

  • « l’utilisation de la force par le peuple palestinien pour résister à l’oppression étrangère dans le but de parvenir à l’autodétermination et à l’achèvement de la création d’un État indépendant, est un droit inaliénable établi par le droit international ».

Cependant, la Chine continue à maintenir des relations économiques et commerciales avec l’État colonial et serait considérée comme le plus grand partenaire commercial asiatique et deuxième plus grand partenaire mondial de l’entité sioniste. Selon les douanes chinoises, le volume du commerce bilatéral est passé d’environ 8 milliards de dollars en 2013 à 25,45 milliards de dollars en 2022, et la valeur des importations sionistes en provenance de Chine a atteint 13,53 milliards de dollars en 2024, soit une augmentation de près de 20 % par rapport à 2023.
Les relations technologiques entre les deux parties ont été renforcées, et la Chine tente d’encourager les entreprises technologiques sionistes à investir en Chine et à bénéficier des « avantages du vaste marché chinois ».

La position de la Chine diffère de celle de la plupart des pays « occidentaux », car la Chine ne participe pas ou ne justifie pas le génocide, contrairement aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et à l’Allemagne. La Chine n’utilise pas, non plus, son droit de veto en faveur de l’entité sioniste au Conseil de sécurité de l’ONU, mais il est de notre droit et de notre devoir de critiquer le développement des relations économiques et commerciales d’un pays, qui se prétend socialiste, avec un État fondé sur la colonisation de la patrie du peuple palestinien, pratiquant le génocide, dans le cadre de la poursuite de la Nakba depuis 1948 jusqu’à aujourd’hui.

La Chine, contrairement à d’autres États d’Amérique du sud, refuse de rompre toutes relations diplomatiques ou économiques avec l’entité sioniste, bien au contraire, elle a même profité du génocide à Gaza pour renforcer ses relations de partenariat économique, commercial et financier (investissements) avec l’entité sioniste, selon le site internet « nakedcapitalism » du 6 juin 2025..

Conclusion :

Le parti chinois au pouvoir s’appelle toujours parti communiste, pourtant le système est bien capitaliste malgré la différence avec le parcours du système capitaliste traditionnel. Les riches ont constitué leurs fortunes suite à la privatisation et au partage des propriétés de l’État (donc du peuple chinois).
Les intérêts économiques et stratégiques déterminent la politique extérieure de l’État, ce qui est communément appelé dans le langage politique et diplomatique, « réalisme » ou « pragmatisme ».

La Chine ne colonise aucun territoire ou pays étranger actuellement, au contraire, elle tente, par tous les moyens, de récupérer Formose (Taïwan qui lui appartient et qui s’est détachée en 1949). Cependant, elle exploite la classe ouvrière à l’intérieur et dans plusieurs autres pays, ce qui a provoqué des grèves d’ouvriers du Niger, du Congo et bien d’autres … contre leur exploitation excessive par les entreprises chinoises …

En ce qui concerne la cause palestinienne et les questions arabes en général, le soutien de l’État chinois, du PCC et des organisations maoïstes dans le monde, était acquis par principe, mais un certain nombre de facteurs, tels que les pressions américaines, la reddition de certains régimes arabes et de dirigeants de l’OLP, qui ont coïncidé avec des changements dans les lignes des autorités chinoises, ont conduit au déclin de la position de la Chine et de nombreux autres pays vis à vis de la cause, et à l’isolement de la résistance palestinienne après l’invasion sioniste du Liban.

La libération de la Palestine et de toutes les terres arabes occupées font partie des missions des seuls palestiniens et arabes. Nous ne demandons pas (et nous ne pouvons pas demander) à la Chine ou à la Russie ou à quiconque de libérer un seul morceau de nos terres occupées, nous demandons juste l’arrêt du soutien à l’entité sioniste coloniale, son boycott et à œuvrer au jugement des criminels sionistes, dirigeants militaires, politiques, autorités académiques etc …..

Traduction NW.

À suivre avec l’article de Bruno Drweski

Pour les lecteurs arabophones

   

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