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Bolivie : « Evo », dans son camp retranché

vendredi 22 août 2025 par Maurice Lemoine

Depuis le 17 août, un séisme secoue la Bolivie : là où le Mouvement vers le socialisme (MAS) était hégémonique depuis vingt ans, deux candidats de droite se disputeront le second tour de l’élection présidentielle en octobre prochain.
Que s’est-il passé ?
Depuis de longs mois déjà, une affirmation récurrente circule chez les « analystes » : l’obstination de l’ex-président Evo Morales à revenir au pouvoir en se présentant à l’élection, ce qui lui était interdit et qu’il n’a finalement pas pu faire, a fracturé la gauche et a entraîné cette défaite.
Vue depuis le bastion d’Evo Morales, dans le Chapare, cette thèse simpliste vole en éclats : il ne s’est pas agi d’une simple et vulgaire question d’ « ego ».

Cochabamba, 2 500 mètres d’altitude, en plein cœur des vallées centrales de la Bolivie. Climat agréable, apparente tranquillité. Pourtant, comme partout, aux abords des stations-services, d’interminables files de bahuts et de semi-remorques stationnent sur le bas côté. Pénurie de combustibles. Les chauffeurs désespèrent. Il faut parfois attendre plus de deux jours pour pouvoir faire le plein.

À la veille des élections générales (présidentielle, législatives et sénatoriales) du 17 août, le pays traverse une crise économique dévastatrice. La carence de carburants n’en constitue qu’un aspect. La colère gronde, à fleur de peau : « Si Evo et Arce gagnent, on va devenir le Venezuela ! » Réunis par la droite dans une même opprobre : l’historique leader indigène Evo Morales (Mouvement vers le socialisme ; MAS), président de 2006 à 2019, année à la fin de laquelle il fut renversé par un coup d’Etat, alors qu’il venait d’être réélu [1] ; l’actuel président Luis Arce (MAS), élu en ce qui le concerne après un an de Bolivie aux mains des putschistes, fin 2020.

Entre Cochabamba et Shinahota, dans le Chapare (prononcer Chaparé), un peu plus de 150 kilomètres. Et une formidable barrière montagneuse. En chemin, sur une paroi rocheuse, on a pu discerner de grands traits de peinture blanche : « Lucho, traître ! » Venu de sa gauche et des fidèles… d’Evo Morales, dont il fut ministre de l’Économie, un message destiné à Luis « Lucho » Arce. Lequel, en ce mois d’août 2025, arrive au terme de son mandat avec un tel niveau d’impopularité qu’il a renoncé à se représenter.
Tout en empêchant Morales, très critique à l’égard de sa gestion, mais aussi poursuivi par la justice et sous le coup d’un mandat d’arrêt, de postuler à nouveau à la fonction de chef de l’État.

Cette guerre fratricide a pour résultat un séisme : là où le MAS était hégémonique depuis vingt ans, deux « dinosaures » de la droite bolivienne – le multimillionnaire Samuel Doria et Medina et l’ultralibéral Jorge « Tuto » Quiroga – pourraient virer en tête le 17 août et se disputer le second tour en octobre prochain. Les augures se trompent, mais seulement à demi : au terme du scrutin (95,41 % des bulletins de vote ayant été dépouillés), un outsider centriste bousculera les pronostics et obtiendra le meilleur score, Rodrigo Paz (Parti démocrate-chrétien ; 32,14 %). Quiroga (Libre) occupera la deuxième position avec 26,81 %.
De l’Assemblée et du Sénat, la gauche disparaîtra quasi totalement.

D’où une accusation récurrente, circulant déjà depuis de longs mois : l’obstination d’Evo Morales et de son « radicalisme conservateur » à revenir au pouvoir ont fracturé le camp progressiste et portent la responsabilité de cette défaite annoncée.

Shinahota – un foutoir grouillant d’échoppes, de commerces formels et informels, de gargotes, de simili fast-food exhalant des odeurs de poulet rôti ; gros 4x4, épaves juste bonnes pour la casse, camionnettes, bus, minibus, taxis collectifs, motos et motos-taxis vrombissent sans un instant de respiration. Avant de disparaître pour une durée indéterminée – le temps de trouver, éventuellement au marché noir, du carburant…

Du temps des narco-dictatures des années 1980, et à l’image des agglomérations environnantes – Villa Tunari, Chimoré, Ivirgazama –, Shinahota était une pustule tropicale où l’on vendait de la cocaïne comme du sucre ou de la farine, sur le marché.
Aux producteurs initiaux de la matière première, la feuille de coca, s’ajoutèrent des milliers de mineurs reconvertis, chassés des mines d’étain de l’« altiplano » en raison des restructurations imposées par le Fonds monétaire international (FMI).
Parmi eux, les parents aymaras d’Evo Morales, arrivé là gamin. Devenu ultérieurement (et toujours) dirigeant syndical des Six fédérations de producteurs de coca du Tropique de Cochabamba, puis, trajectoire exceptionnelle, chef de l’État.
Avec, pour les classes populaires et en particulier autochtones, historiquement marginalisées, de spectaculaires progrès sociaux.
Qui ont valu à Morales de devenir tout simplement « Evo ».

Lire la suite ICI


Voir en ligne : https://www.medelu.org/Evo-dans-son...


[1Lire « Les petits télégraphistes du coup d’État qui n’existe pas » (4 février 2020 – https://www.medelu.org/Les-petits-telegraphistes-du-coup-d-Etat-qui-n-existe-pas

   

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