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L’avertissement de la Chine
lundi 8 septembre 2025 par RD/Manlio Dinucci
Le sommet de l’OCS vu par notre camarade Roger Domard et un article de Manlio Dinucci sur la puissance militaire de la Chine.
Le Sommet de l’OCS s’est tenu les 31 août et 1er septembre à Tianjin, dans le nord-est de la Chine
L’OCS (Organisation de Coopération de Shanghai) fut créée en 2001 à l’origine pour répondre à des préoccupations en matière de sécurité. Elle est devenue, au cours de ses 24 dernière années, une organisation représentant près de la moitié de la population mondiale et un quart de l’économie de la planète.
Ses membres ont établi un partenariat fondé sur le non-alignement, la non-confrontation et l’engagement à ne viser aucune tierce partie.
Lors du sommet de Tianjin, le président chinois a rappelé entre autres qu’« au sein de l’OCS, chaque pays, quelle que soit sa taille, dispose d’une voix égale", qu’« Aucune civilisation n’est supérieure aux autres ; chacune est unique et précieuse en soi".
Ces déclarations politiques ne sont-elles pas à l’opposé des politiques belliqueuses occidentales et des USA en particulier.
L’OCS est passée de six membres fondateurs à une organisation de 26 nations comprenant dix membres, deux observateurs et 14 partenaires de dialogue répartis en Asie, en Europe et en Afrique.
Dans le monde actuellement les questions fondamentales ne sont-elles pas posées en termes de développement économique et de la guerre ou de la paix ?
"L’expérience de l’OCS démontre que les pays dotés de différents systèmes sociaux et de niveaux variés de développement peuvent aboutir à des progrès coordonnés, et au bénéfice mutuel. »
Les échanges commerciaux entre la Chine et les autres Etats membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) s’établissent en 2024 à environ 512 milliards de dollars, dans l’ensemble de ces échanges l’armement est quasiment nul, à l’opposé des politiques occidentales et des USA en particulier.
Les Etats membres de l’OCS sont invités à rechercher un terrain d’entente tout en mettant de côté leurs différends, poursuivre des objectifs mutuellement avantageux, défendre l’ouverture et l’inclusivité, respecter l’équité et la justice. La coopération entre les états membres s’est étendu à plus de 50 domaines et une production économique combinée de près de 30.000 milliards de dollars.
C’est le Kazakh Nourlan Yermekbaïev, secrétaire général de l’OCS qui dirige l’organisation. Le Kirghizistan assurera la présidence tournante de l’OCS pour la période 2025-2026.
Soutenir le développement de l’OCS et la coopération sur tous les plans, tout en esquissant des pistes pour que l’organisation contribue de manière constructive à la sauvegarde de l’ordre international de l’après-Seconde Guerre mondiale et à l’amélioration du système de gouvernance mondiale, constituent un des objectifs de l’organisation.
Le président chinois a mis en garde contre le fait qu’une nation ne peut assurer sa propre sécurité en sapant celle des autres, citant un proverbe kazakh :
« Celui qui tente d’éteindre la lampe à huile d’un autre ne fera que mettre le feu à sa propre barbe ».
Le commerce de la Chine avec les autres pays de l’OCS a atteint 890 milliards de dollars en 2024, représentant 14,4% du commerce extérieur total du pays.
Parmi les décisions, un grand nombre d’accords bilatéraux, également celle de créer une banque de développement de l’OCS qui va concurrencer la BAD (Banque Asiatique de Développement), créer en 1966, dont le siège est situé à Manille aux Philippines, (les fonds de la BAD viennent majoritairement des USA et du Japon).
Cette banque va reprendre l’activité du Consortium interbancaire de l’OCS, afin de stimuler le développement des infrastructures et le progrès économique et social dans les pays de l’OCS.
Le fonctionnement de cette banque est parallèle à la Nouvelle Banque de Développement dirigé par Dilma Roussef dont le siège est à Shanghai et qui gère les multiples initiatives financières des Brics.
Également en parallèle à la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures (BAII), crée à Beijing en 2016 qui apporte depuis dix ans des soutiens financiers importants à la construction des infrastructures en Asie.
Le développement du CIPS (China International Payments System) mis en place dès 2015, vise à s’exonérer des pratiques financières International dominées par le dollar et les transferts de fond du système SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, crée en 1973 dont le siège est en Belgique et dont les taux de transfert sont exorbitants). La chine a réduit au strict minimum, à moins de 1% les dépenses de transfert du CIPS...
Dans sa déclaration finale, l’OCS a « condamner fermement les actes causant des victimes civiles » dans la bande de Gaza ainsi que les frappes menées par Israël et les Etats-Unis en Iran en juin. L’OCS a réclamé un « cessez-le-feu complet et durable et un accès sans entrave à l’aide humanitaire » à Gaza.
Ces déclarations sont à l’opposé de déclaration et position occidentale, comme les propos de l’avocate Estonienne Kaja Kallas représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité qui critique les commémorations par la Chine du 80ème anniversaire de la Victoire au lendemain du sommet de l’OCS. Commémoration qui a rassemblé 26 chefs d’Etat et de gouvernement étranger et des dirigeants d’organisations internationales, et plus de 100 envoyés diplomatiques d’autres pays…
S’ajoutant à ces déclarations du même style : « … les commentaires occidentaux au sujet de ce sommet présenté comme « anti-occidental » ou encore anti-OTAN (bien que pour certains médias français, il semblerait que l’OTAN, c’est l’Occident et réciproquement) … et déjà la première puissance mondiale économique et devrait donc devenir assez rapidement la première puissance militaire mondiale (par exemple, elle produit l’équivalent de la flotte de guerre française par an (PRC.COM) »[ Lire l’article suivant.NDLR]. Déclaration qui ignore les faits vérifiables et incontournables selon lesquelles les dépenses militaires de l’OTAN représentent les 2/3 des dépenses militaires mondiales…
Lors du sommet, le président russe a évoqué « une relation spéciale, amicale » avec l’Inde, tandis que M. Modi a salué au début de la rencontre « un partenariat stratégique spécial et privilégié ». Mais le dirigeant indien a aussi pressé la Russie et l’Ukraine de « mettre fin au conflit le plus vite possible et de parvenir à une paix stable, selon « Le Monde 2.09.2025).
RD
L’avertissement de la Chine
La prédominance mondiale que les Etats-Unis, plus grande puissance de l’Occident, veulent maintenir à tout prix, viole les plus élémentaires normes du droit international : l’Administration Trump a révoqué les visas des représentants de l’Etat de Palestine, en les empêchant de participer à l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre. Cette prétention de domination suscite une opposition croissante de la part du Sud Global. Ce que confirme l’avertissement lancé par la Chine avec la plus grande parade militaire à Pékin.
L’Administration Trump ne permettra pas que les représentants de l’Etat de Palestine participent à l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre. Le Secrétaire d’Etat Marco Rubio leur a en effet refusé les visas d’entrée aux Etats-Unis pour accéder au quartier général de l’ONU à New York. Ce faisant les Etats-Unis violent l’accord signé en 1947 avec les Nations Unies, qui à l’Article IV stipule : “Les Etats-Unis n’imposeront aucun empêchement au transit de ou vers le siège central des Nations Unies à New York à des membres et fonctionnaires de l’ONU”.
En violant cet accord l’Administration Trump s’arroge de fait le droit de décider quels Etats membres peuvent et lesquels ne peuvent pas participer aux travaux des Nations unies. Dont fait partie l’Etat de Palestine, déjà reconnu par 147 des 193 Etats membres des Nations Unies, mais privé du droit de vote à cause du veto étasunien au Conseil de Sécurité.
Le communiqué officiel du Département d’Etat déclare que l’Administration Trump a révoqué les visas des membres de l’Organisation pour la Libération de la Palestine (OLP) et de l’Autorité Palestinienne (AP), en vue de la prochaine Assemblée Générale des Nations Unies, “dans l’intérêt de notre sécurité nationale” car “l’OLP et l’AP sont responsables d’avoir compromis les perspectives de paix à travers leurs recours à la Cour Internationale de Justice de l’ONU pour obtenir la reconnaissance unilatérale d’un hypothétique Etat palestinien”.
En outre l’Administration Trump a annoncé la suspension des visas à tous les titulaires de passeport palestinien, en les empêchant d’entrer aux Etats-Unis pour des soins médicaux, fréquentation universitaire, visites à des parents et activités commerciales.
Simultanément l’Administration Trump a annoncé qu’elle est en train d’étudier le “plan après-guerre pour Gaza” : celui-ci prévoit le “transfert volontaire”de toute la population palestinienne pour transformer Gaza en une luxueuse “Riviera du Moyen-Orient”.
Ainsi, pendant qu’Israël poursuit le génocide des Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, les Etats-Unis démantèlent les fondements de l’Etat de Palestine.
La prédominance mondiale que les Etats-Unis, plus grande puissance de l’Occident, veulent maintenir à tous prix en violant les plus élémentaires normes du droit international suscite une opposition croissante de la part du Sud Global. C’est ce que confirme la rencontre de l’Organisation de coopération de Shanghai, dont sont membres Chine, Russie, Biélorussie, Iran, Inde, Pakistan, Kazakstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbékistan, et à quoi participent divers autres pays.
Dans la réunion qui s’est tenue en Chine, le président Xi a rappelé les principes de base :
- “En premier lieu nous devons respecter le principe de l’égalité souveraine. Nous devons soutenir que tous les pays, indépendamment de leurs dimensions, de leur force et de leur richesse, sont participants, décideurs et bénéficiaires égaux dans la gouvernance globale. Nous devons promouvoir une majeure démocratie dans les relations internationales et augmenter la représentation et la voix des pays en voie de développement.”
La réaction étasunienne ne laisse pas de doute. Dans un récent discours à Singapour, le Secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré :
- “Nous sommes en train de doter les combattants américains des capacités les plus avancées afin de rester la force militaire la plus forte et la plus létale. Nous sommes en train de nous réorienter vers la dissuasion de l’agression de la part de la Chine communiste. Il doit être clair pour tous que Pékin se prépare de façon crédible à recourir potentiellement à la force militaire pour altérer l’équilibre de pouvoir dans l’Indo-Pacifique. Si la dissuasion échoue, nous sommes prêts à faire ce que le Département de la Défense sait faire de mieux : combattre et vaincre, de façon décisive.”
Sur ce fond se place la parade militaire avec laquelle a été célébré à Pékin, le 3 septembre, le 80eme Anniversaire de la Victoire de la Guerre de Résistance menée par la Chine contre l’invasion japonaise de 1937 à 1945. Avec sa Résistance, payée de plus de 35 millions de morts et d’énormes souffrances, la Chine contribua de façon déterminante à la défaite du Japon. Puis, de 1945 à 1949, elle dut combattre contre le Kuomintang de Chiang Kai-shek financé et armé par les Etats-Unis, faisant suite au Japon, pour faire de la Chine leur propre colonie.
Les armements avancés montrés dans la parade militaire du 3 septembre constituent un avertissement que la Chine ne cherche pas la guerre mais que si elle est agressée, elle est prête à la guerre.
*Source : Mondialisation.ca

