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Comment peut-on punir Israël pour le génocide palestinien ?

dimanche 21 septembre 2025 par Kira Sazonova

Vous trouverez ci-dessous la traduction d’une analyse d’un article de Kira Sazonova, professeure de droit international russe, article qui a été publié sur le site de la rédaction de RT en russe (interdit en France) et dont l’analyse nous a été transmise par un de nos correspondants.

La presse russe et russophone que vous recevez est ordinairement limitée à la traduction de ce qu’un russophone vivant en Occident peut trouver dans les agences et certains journaux russes les plus connus et accessibles, et à ce qu’un russophone vivant à l’est ou au sud peut trouver dans les agences de différents pays en langue russe.

La censure nous empêchant a priori et sans VPN d’avoir accès à plusieurs sources russes, il s’agit évidemment ici d’un envoi exceptionnel, aucun lien vers le texte original ne pouvant vous être proposé.

Analyse du texte de Kira Sazonova, professeur de droit international russe.

Introduction

L’accusation de génocide et une question sans réponse immédiate.

Dans son article publié sur le site de RT le 18 septembre 2025, Kira Sazonova, professeure de droit international russe, aborde un point sensible : « Israël a lancé une opération terrestre à Gaza… Au même moment, la Commission d’enquête de l’ONU a reconnu les actions d’Israël comme un génocide. »

Mais l’auteure ne se limite pas à énumérer les accusations. Elle aborde une question plus importante : un État qui nie toutes les accusations, se réfugiant derrière un veto américain, peut-il être puni ? Sa réponse est sans équivoque : « C’est possible. Mais avec beaucoup de difficulté. »

Le veto américain : un bouclier d’immunité

Rien ne protège mieux Israël que le bouclier du veto américain au Conseil de sécurité. Sazonova explique que les sanctions de l’ONU n’existent pas sans l’approbation du Conseil de sécurité, ajoutant : « Ces 30 000 sanctions imposées à la Russie ne sont pas des sanctions, mais des restrictions individuelles. » De même, toute sanction contre Israël est vouée à l’échec à l’ONU… sauf pression de l’Europe, qui agit très lentement et bureaucratiquement, avec complexité. L’expérience de l’Irak après l’occupation du Koweït en 1990 en est un bon exemple.

Justice différée : la Cour internationale.

L’affaire est devant les juges, mais le temps passe sans qu’une décision ne soit rendue. Depuis un an et huit mois, la Cour internationale examine l’affaire de l’Afrique du Sud contre Israël. Des dizaines de pays ont adhéré à la Cour, mais l’auteure prévient : « Cela prend beaucoup de temps, de trois à dix-sept ans. » Même si une décision est rendue, sa mise en œuvre reste dépendante de la volonté d’Israël… et est souvent rejetée.

Depuis des décennies, la Cour internationale rend des décisions qui défendent les droits des Palestiniens. En 2004, elle a rendu un avis consultatif historique déclarant que la construction du mur d’apartheid en Cisjordanie constituait une violation du droit international et obligeait Israël à le démolir et à indemniser les victimes.
La Cour a affirmé à plusieurs reprises le droit du peuple palestinien à l’autodétermination comme un principe inviolable dans diverses affaires. En juillet 2024, la Cour internationale de Justice a exigé qu’Israël mette fin à son occupation des territoires palestiniens occupés depuis 1967, exigeant la fin de toute mesure susceptible d’entraîner des changements démographiques ou géographiques, une décision judiciaire sans précédent.

Début 2024, peu après la guerre génocidaire de Gaza, elle a accepté une plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël pour génocide à Gaza et a émis des ordonnances urgentes obligeant Tel-Aviv à empêcher de nouveaux crimes et à assurer l’acheminement de l’aide. Bien qu’Israël ne se soit pas conformé à ces décisions, celles-ci ont constitué un bilan juridique accablant et ont confirmé la légitimité des revendications palestiniennes au regard du droit international.

Mandats d’arrêt contre Netanyahou et Galant : le symbolisme déforme la réalité

Pour la première fois, le monde voit des dirigeants israéliens menacés d’arrestation et tenus responsables au niveau international. En 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahou et Galant.
Sazonova écrit avec ironie : « Ils devront désormais planifier soigneusement leurs déplacements. » C’était peut-être une mesure symbolique, mais elle a brisé l’illusion d’une immunité absolue.

Tribunal international ad hoc : ce modèle est-il réaliste ?

Dans les années 1990, le Conseil de sécurité a réussi à créer deux tribunaux internationaux : l’un pour enquêter sur les crimes commis en ex-Yougoslavie en 1993 et l’autre pour enquêter sur les crimes commis au Rwanda en 1994.
À l’époque, aucune superpuissance n’était disposée à utiliser son veto pour protéger les accusés, et les résolutions étaient adoptées sans difficulté. Cependant, dans le cas d’Israël, la situation est tout autre : un seul veto américain suffit à contrecarrer toute tentative de création d’un tribunal similaire.

Par conséquent, bien qu’un modèle juridique existe, son application à Israël dans les circonstances actuelles paraît irréaliste, sauf si l’équilibre des forces internationales change ou si la couverture américaine est détruite.

Néanmoins, certains experts suggèrent des alternatives possibles, comme l’invocation du mécanisme « Unir pour la paix » de l’Assemblée générale des Nations Unies pour établir une commission d’enquête ou un tribunal spécial sur la base d’une décision collective, ou la création de tribunaux symboliques similaires au Tribunal Russell, qui a jugé les crimes de guerre au Vietnam et en Palestine.
Bien que ces instruments n’aient pas la force contraignante des résolutions du Conseil de sécurité, ils contribuent à la création d’un héritage historique et moral qui isole davantage Israël et renforce les arguments en faveur de poursuites futures.

Des stades aux festivals : sanctions non conventionnelles

Si le Conseil de sécurité est paralysé, les arènes sportives et culturelles pourraient devenir des lieux de punition. Concernant le sport, l’auteur s’interroge : « Qu’est-ce qui empêche le Comité international olympique d’expulser Israël ? Rien, en somme ».
Mais la solution demande du temps et du courage.

Manifestations, appels au boycott et déclarations culturelles actives se multiplient dans les rues. Bien que Sazonova les qualifie de « plus simples et moins efficaces », ils créent une nouvelle image d’Israël : un État paria populaire.

Comment le monde peut-il punir Israël ?

Malgré le veto américain, le monde ne manque pas d’instruments de pression efficaces. L’expérience historique confirme que les régimes racistes s’effondrent non seulement grâce aux sanctions officielles, mais aussi grâce à la résistance populaire mondiale, qui s’exprime par :

  • Les campagnes de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) : ciblant les entreprises et les institutions qui soutiennent l’occupation.
  • Les poursuites judiciaires : devant les tribunaux internationaux ou nationaux, comme les poursuites intentées contre Israël devant la Cour internationale de justice.
  • L’isolement académique et culturel : le nombre croissant de voix refusant de coopérer avec les institutions israéliennes.
  • La pression publique et médiatique : cette pression perturbe les gouvernements occidentaux et les pousse progressivement à modifier leurs positions officielles.

Palestine : Le Châtiment le plus Dur

Il ne s’agit pas d’une décision judiciaire, mais plutôt de l’octroi d’une légitimité à un opposant. Depuis 2023, le nombre de pays reconnaissant la Palestine comme État a considérablement augmenté. L’auteure écrit : « Le jour où la Palestine deviendra membre à part entière des Nations Unies pourrait être proche ». Pour Israël, cet événement représente le châtiment indirect le plus dur, car il bouleverse le récit historique.

Sans juges impartiaux, la bataille sera longue.

Le récit de Kira Sazonova montre qu’il est possible de punir Israël, mais que le chemin est long, parcouru par divers instruments : sanctions européennes potentielles, lenteur des tribunaux, pression publique et reconnaissance croissante de la Palestine.

« Le véritable châtiment ne réside pas dans des décisions sur le papier, mais dans l’isolement international, la délégitimation et les fluctuations de l’opinion publique. La fin n’est peut-être pas inévitable, mais pour la première fois, elle est clairement possible. »

Israël et la fin de l’« exception »

Israël s’est longtemps positionné comme une exception, un État au-dessus des lois, bénéficiant du soutien indéfectible de Washington et capable d’échapper à toute condamnation.
Cependant, les faits sur le terrain montrent que cette exception s’érode progressivement.

La résilience de Gaza, la transformation des victimes en symboles mondiaux et les comparaisons constantes avec l’apartheid ont placé Israël aujourd’hui dans une situation similaire à celle de l’Afrique du Sud à la fin des années 1980 : moralement assiégé, politiquement isolé et vivant en sursis.

Conclusion

Ce qui se passe aujourd’hui en Palestine n’est rien de moins que le nouveau visage du phénomène le plus horrible du XXe siècle : l’apartheid.
Israël tente d’imposer aux Palestiniens une vie de démembrement, entourés de murs, sous une oppression de fer et de feu, comme s’il n’avait rien appris du sort des régimes racistes rejetés par l’histoire.

Nelson Mandela a dit un jour : « La liberté de l’Afrique du Sud est incomplète sans la liberté des Palestiniens. »

Ces mots ne sont pas un simple slogan, mais une prophétie politique et morale qui se réalise sous nos yeux : plus l’oppression perdure, plus l’heure de la victoire approche. Quant à l’évêque Desmond Tutu, qui a connu la brutalité de l’apartheid dans son propre pays, il s’est clairement exclamé : « Ce qu’Israël fait aux Palestiniens, c’est de l’apartheid, pire que ce que nous avons connu en Afrique du Sud. »
Ce cri n’est pas une simple opinion, mais le témoignage historique d’une conscience humaine qui a subi l’injustice et assisté à sa défaite.

Israël, même s’il exagère ses meurtres et ses destructions, ne pourra jamais cacher sa véritable nature : une entité coloniale qui prospère sur le déni d’autrui et se nourrit du sang des innocents.
Mais les nations sont invincibles, et la dignité ne peut être enterrée. Tout comme le mur de Pretoria est tombé sous les pieds des hommes libres, le mur de l’apartheid en Palestine s’effondrera sous les coups de la résistance, de la volonté populaire et de la pression d’une conscience vivante à travers le monde.

La conclusion la plus éloquente est peut-être celle de Mandela lui-même :

« La question de Palestine est une question de justice, tout comme notre question l’était en Afrique du Sud. »

La justice est immortelle, la liberté ne s’achète pas et l’histoire n’épargne pas l’oppresseur.
Le soleil de liberté qui a brillé sur l’Afrique du Sud se lèvera un jour sur Jaffa, Haïfa, Nazareth et Jérusalem. Gaza, Naplouse, Hébron et le monde entier mettront fin au dernier apartheid de la planète.

   

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