Le Manifeste

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Les Fascismes d’aujourd’hui

mercredi 24 septembre 2025 par Francis Arzalier.

Dans notre Europe occidentale qui fut il y a plusieurs siècles la maîtresse du monde, et n’en revient pas de n’être plus que la roue de secours de l’Impérialisme Étatsunien, les puanteurs des Fascismes vaincus en 1945 semblent trouver une nouvelle jeunesse : de la puissante manifestation xénophobe de Londres aux discours lénifiants de la mussolinienne de salon Méloni à Rome, des remugles nostalgiques de l’AFD allemande aux discours d’ultra-droite de Varsovie à Budapest, pas une semaine qui ne nous rappelle les progrès des idées racistes et « sécuritaires » dans presque tout notre continent, et au-delà de l’Atlantique dans le sillage de Trump.

Et la France n’est pas en reste, dont l’opinion actuelle en est à tel point imprégnée, que les vociférations de Retailleau lui assurent de l’audience, alors que parallèlement l’Extrême-Droite policée RN caracole au tiers des électeurs dans les sondages !
Ce qui amène la plupart d’entre nous à s’inquiéter de cette « renaissance des Fascismes », vécue comme un retour en pire aux puanteurs des « années 30 », qui ont mené droit au gouffre du Second Holocauste mondial.

Ces craintes sont justifiées, surtout si on y répond par l’organisation des luttes, pour empêcher ce qui n’est pas inéluctable.
Encore faut-il pour cela clarifier ce concept fourre-tout de « Fascismes », qui ne doit pas se limiter au verbiage creux, rassurant et inefficace.

Les fascismes historiques

Cette idéologie est née après le Premier Grand Massacre Impérialiste Mondial, en Italie, à l’initiative de Benito Mussolini, ex-dirigeant renégat du Parti Socialiste, converti à l’ultra-nationalisme anti-communiste et autoritaire.
Comme dix ans plus tard l’ex-leader communiste français Doriot au Nazisme anti soviétique.

Mussolini a pris le pouvoir à Rome en1922, grâce à ses partisans (Marche sur Rome), mais surtout grâce au soutien des Droites anticommunistes, désireuse d’écraser les luttes sociales menaçant leur Ordre Social capitaliste. Cela lui a permis de mettre en place un système politique original, caractérisé par quelques particularités inédites « fascistes « (du nom des groupes d’anciens combattants ultra nationalistes (Fascii), symbolisant par les faisceaux que portaient les Licteurs de la Rome Antique le » glorieux passé » de la nation italienne, sortie humiliée de la guerre par les vainqueurs anglo-saxons et français, et symbolisant aussi la puissance grâce à l’unanimité de type militaire des membres du Parti unique fasciste.

Car la première caractéristique du Fascisme est la présence d’un Parti unique, qui se confond peu à peu avec l’État omnipotent, notamment par l’armée et la police, un parti monolithique dévoué jusqu’à la mystique au Chef charismatique (« Il Duce »), répressif à l’encontre de toutes les oppositions, et d’abord capable de détruire les luttes populaires pour l’égalité sociale, donc au premier chef les Communistes, inspirés par la Révolution de 1917 en Russie (déportations, emprisonnements, exils). Des objectifs qui lui assurent le soutien des grands Capitalistes nationaux et internationaux.

On connaît la définition du Fascisme par le Communiste Bulgare Dimitrov : « un État terroriste au service du grand Capitalisme ». Elle est toujours juste, à condition de ne pas oublier de noter que ces mouvements politiques ont su s’assurer un soutien populaire important grâce à la démagogie et au racisme xénophobe, notamment auprès de la petite bourgeoisie menacée de perdre ses maigres privilèges sociaux et du « Lumpenprolétariat » (petits patrons de l’artisanat et du commerce, chômeurs prêts à tout pour survivre, formaient l’essentiel des membres des Fascii italiens, et de leurs émules en d’autres pays).

Les idéologues Fascistes ont toujours su utiliser un certain verbiage révolutionnaire « radical » , doublé de l’utilisation de boucs émissaires minoritaires, par leur appartenance raciale ou culturelle, et aussi la ferveur collective des spectacles politiques (défilés militaires, nocturnes aux flambeaux, et discours publics dès 1925).

Ce modèle du Fascisme italien va être repris et amélioré en Allemagne dès les années 30 par les Nationaux-Socialistes de Hitler, avec les mêmes composantes politiques et idéologiques ( unanimisme militaire, mystique du chef (Führer ou Guide), autoritarisme brutal contre toute opposition interne ou externe (élimination des SA qui avaient cru à la démagogie anticapitaliste des débuts nazis, et Camps de concentration dès 1934 pour les Communistes et autres antinazis), et spectacles politiques transformés en liturgie laïc. Un modèle avec toutefois des différences.

Les Nazis, dont l’ennemi affirmé était le Communisme et son idéal d’égalité sociale, s’affirmait plus qu’à Rome anticapitaliste, et arborait le drapeau rouge des Révolutions européennes, mais orné de la Svastika, emblème désigné de la « race aryenne ». Et la persécution menée contre les boucs émissaires juifs a atteint dès 1938 la frénésie, bien avant la mise en œuvre de l’extermination planifiée de 1944. Alors même que les occupants italiens de la région de Nice accueillaient des Juifs français menacés de déportation par le régime de Vichy !

La plupart des historiens incluent dans les Fascismes, tous les phénomènes politiques qui furent peu ou prou alliés des Nazis de 1930 à 1945, du Franquisme espagnol aux Oustachis de Croatie, du régime roumain avant la victoire de l’Armée Rouge au Pétainiste en France occupée.

Et certes, on peut noter bien des similitudes, la mystique du chef et son côté spectaculaire, perceptible en Espagne à l’égard du Caudillo Franco, et en France aussi, où les foules furent bien présentes pour applaudir le Maréchal jusqu’en 1944. Et l’anticommunisme fut aussi évident de Zagreb à Paris, tout aussi répressif et autoritaire.

Mais avec bien des nuances idéologiques et politiques locales : l’intégrisme catholique du fascisme franquistes (« la Cruzada ») et de celui de Croatie, le discours réactionnaire Pétainiste de « retour aux valeurs d’autrefois, « Travail, Famille, Patrie », et surtout l’incapacité de construire un parti unique qui exerce le pouvoir d’État, que ni la Phalange espagnole ni les groupes maréchalistes ne purent assumer.

Un « aprés-guerre » sans fascismes ?

Malgré ces nuances, le concept de « Fascismes » est historiquement opérationnel pour la période qui se clôt en 1945, avec l’écrasement militaire du Nazisme, et le renouveau démocratique que cet éveil des peuples a permis, en France comme ailleurs (Sécurité sociale, retraites et services publics grâce aux nationalisations, des conquêtes populaires que les pouvoirs bourgeois successifs ont sérieusement écornée depuis 30ans).

Durant les décennies de « l’après-guerre » et de la « Guerre froide », les luttes populaires pour l’égalité sociale, l’indépendance nationale et la paix ont été facilitées par l’existence du « Camp socialiste », les idées et organisations d’Extrême-Droite paraissaient alors résiduelles, limitées à des nostalgies xénophobes coloniales sans avenir, incarnées en France par l’OAS et plus tard par son filleul, le Front National Le Péniste.

Certes des dictatures autoritaires et réactionnaires persistaient en 1974, sous la protection de l’antisoviétisme impérialiste occidental, de la péninsule ibérique à la Grèce, voire au Brésil, mais sans avoir l’audience des Fascismes d’antan.

Il en sera différemment quand notre Europe vivra sa crise multiforme des dernières décennies du XXème siècle :

1/ l’effondrement sans gloire de l’URSS et ses alliés de l’Est européen vers 1990, qui avaient servi (trop) longtemps de modèle de société pour les travailleurs dans le monde a entraîné un affaissement des idées et des organisations animant les luttes contre le Capitalisme et l’Impérialismes en Europe.

2/ les délocalisations industrielles décidées par les Capitalistes occidentaux y ont détruit la plupart des grandes concentrations ouvrières, terreau du mouvement révolutionnaire depuis deux siècles.

3/ Ce faisant, elles ont aussi amené peu à peu l’émergence de rapports géopolitiques nouveaux, au profit du « Sud global » majoritaire, grâce à la fulgurante croissance de la Chine, au détriment des anciens « Maîtres Européens des Empires », réduits pour conserver une présence ébréchée à jouer les serviteurs des USA, chefs incontestables de l’Impérialisme mondial.

C’est dans ce contexte de crises multiformes, plus graves que celles des années 1930, qu’ont fleuri partout en Europe des idéologies et des mouvements réactionnaires, anticommunistes, et surtout xénophobes, attribuant tous les maux sociaux nés de l’exploitation capitaliste aux migrants venus du Sud et à leurs descendants, notamment musulmans.

Cette floraison parvient partout à mobiliser à son service des millions de prolétaires ou « Indépendants » malmenés par la vie et en quête de boucs émissaires, selon la vieille recette du Fascisme d’autrefois, quitte à remplacer les cibles juives d’antan par « les hordes musulmanes ».

Sur ces bases déjà expérimentées par notre continent il y a un siècle, ces « Fascismes » ont déjà accédé au pouvoir d’État comme en Italie, menacent d’y parvenir en France, et de plonger nos peuples dans la destruction totale des conquêtes sociales et politiques, dans le terrorisme d’État et les persécutions racistes organisées.

De nouvelles approches des fascismes contemporains ?

Mais peut-on toujours recouvrir ces phénomènes contemporains du sigle « Fascismes » ?

Les régimes d’extrême-droite qui ont pris les rênes de l’État, à Rome avec Meloni, et qui menacent de le faire en France par le biais du RN, présentent certes bien des similitudes « génétiques » avec les Fascismes du XXème siècle. Ils incarnent la volonté grandissant des Bourgeoisies possédantes de détruire les mouvements revendicatifs et révolutionnaires, et leurs animateurs. Il s’agit bien pour ces « Élites » de pérenniser les reculs sociaux et politiques des dernières décennies par une répression accrue des organisations et des militants anticapitalistes et anti-impérialistes.

Encore faut-il remarquer que ces « Fascismes new-look » s’efforcent de donner à leurs propositions d’usage de la force à leur encontre une tonalité mesurée : il est symptomatique en France en 2025 d’entendre les vociférations répressives du leader de la droite classique Retailleau dépasser de loin les propos d’un RN qui a su se « dédiaboliser », et cultive plutôt la xénophobie allusive contre les migrants non expulsés. Car, bien sûr, le détournement des mécontentements populaires contre des boucs émissaires, les politiciens « tous pourris » ou les envahisseurs venus d’autres cultures, sont de mise autant qu’autrefois.

Le désir de rassurer, d’occulter le passé sulfureux, domine aussi dans l’Italie de Méloni, et ce n’est pas qu’une posture, permettant d’obtenir plus aisément les moyens financiers d’accéder au pouvoir auprès des « grands bailleurs de fonds ».

Elle est aussi un ralliement à la prétendue « démocratie libérale », qui, par le jeu perverti d’élections périodiques sans enjeu fondamental, est à même de pérenniser le pouvoir absolu de la bourgeoisie capitaliste, sans avoir besoin comme ce fut le cas il y a un siècle de recourir au parti unique, au culte du guide et à son rituel .

Mais cela implique parallèlement que soit garanti le formatage de l’opinion, la « fabrication du consensus », selon la formule du marxiste Étatsunien Noam Chomsky, grâce à l’emploi des médias (d’État et privés) idéologiquement contrôlés, pour diffuser les versions homologuées des faits d’actualité.

Parmi les nombreux auteurs, universitaires ou journalistes, politologues ou philosophes, qui ont abordé ces sujets récemment, le dernier livre de la Tunisienne Asma Mhalla (« Cyberpunk, le nouveau système totalitaire », Éd Seuil 2025) a apporté un flot d’analyses et d’hypothèses très pertinentes, même si nous ne les partageons pas toutes. Mais elle a parfaitement raison de souligner le danger de ce « nouveau système totalitaire », qu’elle nomme « techno-fascisme ».

Symbolisé selon elle par l’alliance à la tête du pays impérialiste majeur entre le milliardaire démagogue Trump et les Capitalistes de la Silicon Valley, manipulateurs d’opinion dans le monde entier. Et chacun d’entre nous peut constater dans sa vie quotidienne l’élargissement de cette emprise d’une technologie numérique excluant le moindre contact humain, une totale aliénation des individus, pire que celle au profit des religions du passé, souvent moribondes aujourd’hui.

Reconnaître au « néo-fasciste libéral » d’aujourd’hui d’autres visages que celui des nazis de 1933-45 n’excuse en rien sa nocivité, mais permet de mieux le combattre.
Le « péril fasciste » aujourd’hui n’a plus besoin d’uniformes de SS, et il porte cravate. Il est volontiers « post-moderne » et féru d’intelligence artificielle.
Il a toujours pour objectif premier de tuer nos espoirs de mieux-être et de paix, de contraindre au mutisme les militants.

Mais sait travestir ses haines en visages menteurs, dans leur diversité « libérale » au service du grand capital, du « gendre idéal » RN Bardella au Ripoublicain Retailleau, avec quelques complices en d’autres bancs de l’assemblée.

Ils sont l’éternel ennemi de nos aspirations : l’égalité entre les hommes et les peuples et la paix !

   

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