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Gouvernance mondiale ou barbarie

mercredi 24 septembre 2025 par Pepe Escobar

Un choix irréversible s’impose à la majorité mondiale.
La barbarie commence et finit au cœur de la “civilisation” occidentale.
L’alternative, c’est tout ou rien, la gouvernance mondiale ou la barbarie.

Il y a quelque chose d’ineffablement éternel dans “le roulement de tambours et le son des cloches du coucher au lever du soleil” lorsqu’il s’agit de la tour de la cloche (Photo) et la tour du tambour à l’extrémité nord de l’ancienne Pékin.

Peu d’autres structures dans le monde peuvent rivaliser en termes d’architecture musicale. Elles sont comme deux notes puissantes et solennelles, jouées inlassablement depuis des siècles, leur son et leur écho résonnant à travers la mégapole.

Les deux tours se trouvent sur l’axe central de Pékin et les chercheurs sérieux ne sous-estiment pas leur rôle essentiel dans la représentation de l’existence des peuples à travers l’histoire. Après tout, en Chine, l’architecture est considérée comme de la musique figée.

Liang Sicheng, le père de l’architecture moderne chinoise, considérait l’axe central de Pékin comme la plus grande symphonie urbaine du monde — désolé pour la place de la Concorde ou la Piazza San Marco —, avec la tour du Tambour et la tour de la Cloche en guise de grand final.

Il en va de même pour le duo Tambour/Cloche à Xi’an, l’ancienne Chang’an, capitale impériale, aujourd’hui scène privilégiée où se produisent chaque soir des dizaines de jeunes Barbies Tang venues de toute la Chine.

À Pékin, c’est bien sûr bien plus solennel. Le duo cloche/tambour symbolise les gardiens de la Cité interdite et annonce la bonne marche de la vie quotidienne.

Mais c’est une stèle érigée sous la dynastie Qing et sur laquelle l’empereur Qianlong a laissé une inscription qui offre un parallèle intrigant avec l’instabilité géopolitique actuelle.

On peut y lire :

“Le son de la cloche augure une bonne gouvernance. Les magnifiques bâtiments des tours de la cloche et du tambour symbolisent la grandeur du pouvoir impérial. Les carillons de la cloche et les roulements du tambour indiquent l’heure pour réguler la vie des habitants. Ces tours immuables se dressent pour perpétuer une gouvernance bienveillante”.

Un changement de paradigme qui rompt avec la logique hégémonique.

Penchons-nous à présent sur le concept de gouvernance mondiale, proposé pour la première fois par le président Xi Jinping lors du sommet annuel de l’OCS à Tianjin, début septembre. Xi en a affiné la définition étape par étape au fil des ans, comme le révèle son dernier ouvrage publié en anglais fin 2023, Chinese Modernization, une compilation de rapports, discours, remarques, notes et autres directives.

La gouvernance mondiale propulse les pays du Sud, en particulier l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, sur le devant de la scène. Jusqu’à présent, ces pays ont été gravement sous-représentés dans le système actuel des relations internationales, ou “ordre international fondé sur des règles”, désormais réduit au chaos international dépourvu de règles.

Les principaux aspects de la gouvernance mondiale concernent la primauté du droit international, le multilatéralisme authentique, l’absence de deux poids deux mesures et la participation équitable de toutes les nations, dans le respect de la souveraineté.

Cette approche peut être résumée par un proverbe très apprécié des érudits chinois : “Les pêches et les prunes ne parlent pas, mais elles sont si appétissantes qu’un chemin serpente sous les arbres”.

Ce qui illustre la volonté d’une Chine sûre d’elle — comme l’ont montré l’OCS à Tianjin et le défilé de la Journée de la Victoire à Pékin — en présentant aux pays du Sud un changement de paradigme à l’opposé de la logique hégémonique.
Un projet des plus ambitieux.

Pour faire progresser ce changement, la Chine utilise une série de mécanismes interdépendants, tels que les nouvelles routes de la soie/BRI, la Banque asiatique d’investissement des infrastructures (AIIB), la banque des BRICS (NDB) et le leadership chinois au sein des BRICS et de l’OCS.

En somme, la gouvernance mondiale doit être considérée comme la boussole philosophique d’un nouveau système. Les BRICS/OCS, qui finiront par fusionner à long terme, seront les outils pratiques pour naviguer dans la tempête.

Rien d’étonnant à ce que ce processus, qui désormais s’accélère de manière vertigineuse, plonge les classes dirigeantes occidentales, en particulier aux États-Unis, dans le désarroi le plus total.

Ces classes dirigeantes, celles qui tirent réellement les ficelles et non leurs messagers pathétiques du marigot politique, voient la Chine avec un mélange de peur irrationnelle, de haine profonde et d’incrédulité stratosphérique, mêlé à leur propre incapacité ahurissante et catatonique à envisager l’avenir, hormis les projets orwelliens de la Big Tech, de contrôle total et de techno-féodalisme.

Mais rien de tout cela ne perturbe les Chinois. On peut facilement l’observer sur la route qui mène de Pékin à Xi’an, puis dans le corridor du Gansu, en passant par les anciennes routes de la soie, en direction du Xinjiang.

Les chiffres chinois

Examinons quelques preuves de la modernisation chinoise en mettant à jour le livre de Xi. Commençons par la production de semi-conducteurs. En 1990, les États-Unis représentaient 37 % de la production mondiale, tandis que la Chine était à zéro. En 2025, la Chine est en tête avec 24 %, suivie de Taïwan (18 %) et des États-Unis (11 %).

La Chine interdit désormais à ses propres entreprises technologiques d’acheter des puces Nvidia, une mesure sans précédent : Washington a d’abord interdit certaines exportations de puces afin de freiner le développement technologique de la Chine. Trois ans plus tard seulement, la Chine interdit les importations américaines, car elle est désormais capable de produire ses propres puces de haute technologie.

Les échanges commerciaux entre la Chine et l’ASEAN, ses voisins du sud, se montent désormais à environ 421 milliards de dollars par an, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. L’ASEAN représente 17 % du commerce chinois, devançant l’UE (13 %) et les États-Unis (9 %), qui arrivent loin derrière. Autant dire que le mythe selon lequel la Chine ne pourrait progresser sans accès au marché américain vole en éclats.

Chaque année, la Chine affiche des besoins en électricité supérieurs à la consommation annuelle totale de l’Allemagne.

Lors du récent salon du commerce et de l’investissement dans la province du Fujian, tous les indicateurs commerciaux entre la Chine et les pays des BRICS sont apparus en hausse, qu’il s’agisse du volume des échanges, de leur structure, de l’innovation ou du potentiel.

Lors du sommet de l’OCS à Tianjin, l’un des rôles clés de la banque de développement de l’OCS a été clairement identifié : coordonner un nouveau système de dépôt indépendant d’Euroclear. Le Sud global ne peut tout simplement pas compter sur un système de compensation contrôlé de fait par l’Empire du chaos et les élites atlantistes.
Les fonds russes “gelés” — en réalité volés — par l’Occident à cause du conflit en Ukraine sont pour la plupart détenus par Euroclear.

Le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a récemment annoncé que la Russie va construire le plus grand réseau ferroviaire à grande vitesse d’Europe : plus de 4 500 km de long, avec des trains circulant à 400 km/h (comme dans la technologie chinoise déjà en service) et reliant Moscou à Saint-Pétersbourg (la construction a commencé), Minsk, Ekaterinbourg, Rostov, Krasnodar, Sotchi, Nijni-Novgorod et Kazan.

L’objectif est de créer massivement des emplois après le conflit ukrainien, tout en tirant profit de la primauté incontestée de la Chine dans le domaine des trains à grande vitesse.

À plus d’un titre, ce que le président Poutine avait déjà proposé à la fin des années 2000 sous la forme d’un marché commun de Lisbonne à Vladivostok est en train de se concrétiser de Saint-Pétersbourg à Jakarta, avec une impulsion marquée de la part de l’Eurasie, de la Russie et de l’ASEAN.

Pékin ne se laisse pas impressionner par la nouvelle “stratégie” de Trump 2.0 de forcer l’OTAN à imposer des droits de douane de 50 à 100 % à la Chine pour avoir acheté du pétrole russe. Le partenariat énergétique sino-russe est aussi stable que leur partenariat stratégique global.

Les grands perdants seront une fois de plus les chihuahuas de l’UE, alors que la guerre psychologique de l’euro progresse allègrement dans une atmosphère ultra-orwellienne : le nouvel appel aux armes invite tous les Européens à se préparer à la guerre. Et la guerre est prévue pour l’année prochaine (l’OTAN la souhaite d’ailleurs d’ici 2028 au plus tard).

Revenons à présent à la Chine et aux États-Unis, avec l’interminable feuilleton de la guerre commerciale. Les États-Unis ont largement médiatisé un accord relatif à TikTok. Or, il n’y a pas eu d’accord : ce qui a été convenu à Madrid, c’est un principe de consensus sur l’examen des questions relatives à TikTok. En résumé, TikTok est avant tout une question fabriquée par les sionistes, car le lobby israélien aux États-Unis ne peut tout simplement pas tolérer que les jeunes générations soient horrifiées par le génocide de Gaza.

Un choix sans doute irréversible s’impose désormais à la majorité absolue de la planète.
La barbarie commence et finit au cœur de la “civilisation” occidentale.
L’alternative, c’est tout ou rien, la gouvernance mondiale ou la barbarie.

Traduit par Spirit of Free Speech


Voir en ligne : https://ssofidelis.substack.com/p/g...

   

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