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À propose de nos fiches de paie
mercredi 1er octobre 2025 par Philippe Arnaud, AMD Tours
Un petit rappel … malgré le confusionnisme entretenue de nos médias. Il faut augmenter les salaires et revenir à l’échelle mobile…(JP)
Hier 29 septembre, le journal télévisé de 20 h de France 2 était présenté par Léa Salamé. Un sujet était ainsi intitulé : "Pouvoir d’achat : une piste pour augmenter le salaire net des travailleurs". Le reportage disait ceci :
Sur la fiche de paie, le salaire brut est nettement plus élevé que le net, et la différence ne fait qu’augmenter. Comment s’explique-t-elle, et peut-on rapprocher les deux salaires ?
Sur les fiches de paie, de nombreuses lignes et deux informations essentielles : le salaire brut et le salaire net. Et entre les deux, il existe un écart important. Dans une entreprise de travaux publics, un chef d’atelier relit avec attention son bulletin de salaire : 3 698 euros brut, mais 2 446 euros touchés à la fin du mois. "Quand on voit le salaire brut et ce qu’on touche à la fin, il y a une bonne différence. C’est vrai qu’on préférerait avoir moins de charges. Il ne faut pas se voiler la face. On voudrait avoir un peu plus de net", commente Eduardo Goncalves Ferreira (nom du chef d’atelier).
La différence est due en partie aux cotisations salariales : sécurité sociale, complémentaires santé, cotisations retraite, famille ou encore assurance chômage, auxquelles s’ajoutent des charges patronales.
Alors, est-ce possible de réduire l’écart entre salaire brut et salaire net ?
Un chef d’entreprise comprend les demandes de ses salariés, mais pour lui, c’est le modèle social qui en dépend. "Ce n’est pas évident, puisqu’il y a des charges incompressibles. Si on enlève ces charges, on met en déficit les caisses qui sont adjointes. Je parle de la mutuelle, je parle de la Sécu, je pense aux caisses de retraite. Donc c’est très compliqué", confie Francis Dubrac, le président de Dubrac-BTP.
Rapprocher le salaire brut du salaire net pour que le travail paie mieux, l’idée n’est pas nouvelle. Mais pour Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, il y aurait forcément d’autres perdants. "Si les salariés paient moins de cotisations, moins de cotisations pour la retraite, moins de CSG pour la maladie, alors à ce moment-là, il faut que d’autres personnes paient. Et on peut imaginer que ce seront les hauts patrimoines ou les retraités qui verront leur fiscalité augmenter", analyse-t-il.
Une négociation politiquement risquée, mais demandée par les partenaires sociaux.
Remarque 1.
On ne peut manquer d’être consterné par la remarque du chef d’atelier. Parce que ce qu’il appelle "charges" (!) c’est aussi son salaire, mais son salaire différé ! Parce que, s’il n’y avait pas ces "charges", ce chef d’atelier devrait cependant cotiser, sur son salaire, pour sa retraite, pour sa santé, pour ses allocations familiales et pour son chômage, etc. Et le paradoxe, c’est que ce soit un chef d’entreprise qui le relève...
Remarque 2.
Ce qui n’est pas du tout dit dans le reportage, ce qui est même soigneusement tu, c’est que si ces prélèvements n’étaient pas assurés, collectivement, par la Sécurité Sociale, ils le seraient par des assurances privées, qui le feraient pour beaucoup plus cher ! Car les assureurs, banquiers, mutuelles privées, fonds spéculatifs, etc., salivent, bavent devant le budget de la Sécurité sociale, plus élevé que celui de l’État.
Remarque 3.
Ce qui n’est pas dit non plus, c’est que ces assurances privées sont encore plus chères : aux États-Unis, les assureurs-maladie privés entretiennent des armées de salariés pour trouver tous les prétextes possibles pour ne pas assurer les prestations dues. Par exemple, refuser des soins à un octogénaire parce qu’il a fumé un joint à 16 ans. Ou lui fournir des prestations dégradées.
Remarque 4.
Cette demande d’augmentation du salaire net (au détriment des cotisations sociales) n’émane pas des "partenaires sociaux", mais des seules organisations patronales ! En effet, on voit mal les syndicats de salariés plaider pour la baisse des prélèvements Sécu, qui font beaucoup moins cher ce que des assurances privées font beaucoup plus cher (et moins bien). En outre, l’expression "partenaires sociaux" est abusive : les syndicats de salariés et les organismes patronaux ne sont pas "partenaires", ils sont "adversaires" !
Leurs intérêts sont contradictoires.
Remarque 5.
Ce sujet de France 2 est bien révélateur de la mentalité des milieux patronaux et droitiers, pour lesquels les prélèvements fiscaux ou parafiscaux (c’est-à-dire de Sécurité Sociale) s’assimilent à une indemnité de guerre versée à un État ennemi, dont les habitants s’appellent fonctionnaires.

