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Irak : entre Washington et Téhéran, des législatives décisives pour la stabilité régionale
vendredi 21 novembre 2025 par France Culture
Un peu plus de vingt ans après la chute de Saddam Hussein, l’Irak semblait s’enfoncer dans une profonde désillusion politique. Pourtant, lors des élections législatives de la semaine passée, la participation a dépassé les 55 %.
(Avec Robin Beaumont, docteur en sciences politiques, spécialiste de l’Irak, membre du centre de recherche Noria)
Les résultats définitifs viennent de tomber, plaçant en tête le parti du Premier ministre sortant, Mohamed Chia al-Soudani. Dans un pays toujours tiraillé entre Washington et Téhéran, et dans un contexte de bouleversements régionaux majeurs, quelles orientations les nouvelles alliances qui se dessinent au Parlement laissent-elles entrevoir pour l’Irak ?
Une stabilisation sécuritaire réelle, mais un système politique verrouillé
Robin Beaumont souligne un constat contre-intuitif : "L’Irak est un pays de plus en plus sûr", grâce à l’amélioration progressive de la situation sécuritaire depuis la défaite de l’État islamique en 2017. Il insiste sur la capacité du pays à rester "à distance des bouleversements régionaux" malgré les conflits environnants.
Mais cette stabilisation n’efface pas les défis structurels : "L’économie est toujours très dépendante de la rente des hydrocarbures, la corruption est endémique, les services sociaux tout à fait déficients."
Sur le plan politique, la participation aux élections vient confirmer une stabilité de façade : "Depuis 20 ans, il y a des élections régulières, mais le système est complètement verrouillé, incapable de se réformer." Le pays demeure tiraillé entre Washington et Téhéran, même si les partis chiites, majoritaires, doivent toujours construire des coalitions avec Kurdes et sunnites : "Aucun parti chiite n’a jamais pu gouverner seul."
Transformations sociales, reconstruction lente et nouvelles dynamiques internes
Robin Beaumont revient sur l’évolution du paysage religieux et social irakien. Il rappelle que le “laïcisme” du parti Baas était largement construit : "Saddam Hussein avait lui-même lancé la ‘campagne de la foi’ dans les années 1990." La chute du régime a permis aux partis chiites, auparavant réprimés, de s’imposer.
Sur le terrain, Bagdad change : "La capitale se reconstruit… on voit des ponts, des autoroutes intérieures, d’où le surnom de ‘Premier ministre des ponts’."
Malgré cela, la Zone verte demeure inchangée, espace fortifié et inaccessible au cœur de la ville.
L’économie reste handicapée par son manque de diversification : "L’Irak, malgré ses richesses, doit importer une partie de son gaz d’Iran." Les mobilisations de 2019 ont fait émerger brièvement de nouvelles figures politiques, avant d’être étouffées : "Les figures issues du mouvement de Tichrine ont été cooptées ou ont disparu."
Enfin, Beaumont observe l’essor d’une nouvelle génération de chercheurs irakiens : "Ils sont évidemment bien meilleurs que nous, ils ont des accès et des compétences que nous n’avons pas." Il confirme qu’il est désormais possible, avec prudence, de circuler dans la capitale : "Les conditions d’accès et de déplacement en Irak sont aujourd’hui très fluides."
*Source : France Culture
Voir en ligne : https://www.france-irak-actualite.c...

