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L’abjecte horizontalité : pourquoi les réseaux détruisent les conditions du discours raisonné (logos).

dimanche 23 novembre 2025 par Loïc Chaigneau

À discuter ! Article sans doute intéressant, mais produit par quelqu’un de peu recommandable. Une sorte de traitre...(NDLR)

La fragmentation numérique n’est pas un excès d’égalité, mais une anti-démocratie qui dissout la pensée, déstructure le conflit et empêche la pensée rigoureuse.

La publication de mon dernier article [1], consacré au prétendu « coût de la virilité », a une nouvelle fois ouvert un spectacle devenu tristement banal : au lieu d’une lecture sérieuse, argumentée, située, je vois surgir partout la même horizontalité abjecte, cette prolifération de réactions pseudo-savantes qui confondent la capacité d’écrire une phrase et la capacité de comprendre un raisonnement.

Quelques heures ont suffi pour voir des individus tenter de m’expliquer ce qu’est « la science », comme si ce syntagme — déjà problématique en soi — désignait une entité unique, homogène, univoque, dépositaire d’une méthode universelle dont il suffirait de répéter les mots-clés pour en devenir l’interprète légitime.
Leur manière d’invoquer « La science » témoigne moins d’une culture scientifique que d’une croyance mythologique : pour eux, la science est une autorité sans sujet, un tribunal sans procédure, un absolu sans contenu.

Ce réflexe atteint son sommet lorsqu’ils brandissent la falsifiabilité poppérienne comme si elle constituait l’alpha et l’oméga de la rationalité. Il ne s’agit pas, chez eux, de Popper, mais d’une caricature de seconde main, réduite à un slogan performatif. Rien ne semble plus facile que d’opposer à un argument complexe la formule magique : « ce n’est pas falsifiable ».

Peu importe que la falsifiabilité ait été critiquée, nuancée, raffinée par Popper lui-même ; peu importe que Lakatos ait montré qu’un programme de recherche ne se juge jamais à l’aune d’une expérience isolée ; peu importe que Kuhn ait démontré que les paradigmes eux-mêmes déterminent la perception de ce qui compte comme « preuve » ; peu importe que Bachelard ait fait de la rupture épistémologique une condition même de la science réelle.

Ceux qui se targuent de défendre « la méthode scientifique » ignorent précisément ce qui fait l’histoire, la diversité, les contradictions, les crises et les reconstructions internes de la science.

Il y a, dans cet usage infantile de Popper, quelque chose de plus grave qu’une simple erreur : il y a l’assurance aveugle de ceux qui confondent un mot appris avec une compétence acquise.
Et il y a, dans cette posture, une ironie qui finirait presque par être comique si elle n’était pas si révélatrice : l’épistémologie est l’un de mes domaines de travail depuis longtemps, j’en veux pour preuve mes nombreux livre à ce propos et ma thèse de doctorat en philosophie.

Dès 2019, dans un ouvrage entièrement consacré à l’objectivité du matérialisme dialectique, je montrais non seulement les limites de la falsifiabilité, mais aussi l’impossibilité de l’utiliser comme critère universel dans les sciences complexes, historiques, psychologiques ou sociales.
J’y expliquais que la falsifiabilité n’est pas un critère discriminant dans les sciences qui étudient des systèmes ouverts, et que sa prétendue universalité repose sur une simplification drastique de ce que les sciences font réellement lorsqu’elles progressent.
Ceux qui viennent aujourd’hui m’en réciter une version scolaire ignorent que cette critique des limites poppériennes fait partie de mes travaux depuis des années.

Il serait tentant d’y voir un simple quiproquo ou une divergence d’interprétation. Ce serait se tromper de diagnostic. Il ne s’agit pas d’un malentendu, mais d’un symptôme : celui d’un espace numérique qui donne à chacun l’illusion de la compétence dès lors qu’il peut parler.
L’horizontalité est devenue un mode d’être, et la suffisance qui l’accompagne, un réflexe pavlovien. Ceux qui n’ont jamais écrit un livre, jamais soutenu un argument complexe, jamais construit un concept, jamais examiné l’histoire réelle des sciences, se sentent néanmoins autorisés à « corriger » un travail qu’ils ne comprennent pas et qu’ils n’ont techniquement aucun moyen de comprendre.

Du haut de leur chaire, ils n’ont aucune idée du travail épistémologique en sciences humaines et sociales et se permettent de rejeter en bloc tout concept philosophique, à défaut d’en saisir quelque chose.

Ce spectacle révèle quelque chose de fondamental sur notre époque : l’effacement des médiations intellectuelles, la confusion des régimes de vérité, l’abolition des épreuves qui distinguaient jadis la pensée de l’opinion. C’est précisément cette dynamique, dont l’invocation mécanique de « La science » n’est qu’un symptôme parmi d’autres, qui m’a conduit à rédiger l’article qui suit. Il ne s’agit pas d’une réponse à tel ou tel commentaire. Il s’agit de comprendre ce qui rend possible cette prolifération de certitudes sans fondement.

L’article qui suit est né de cette nécessité : non pas polémiquer contre des individus, mais analyser la structure qui les rend possibles. Non pas répondre à la bêtise, mais éclairer les conditions de sa reproduction. Non pas se défendre, mais attaquer les dispositifs qui rendent impossible toute confrontation sérieuse. Non pas se plaindre de l’époque, mais en diagnostiquer la forme, pour mieux réaffirmer ce qui demeure : la verticalité du logos, l’exigence du concept, la dignité de la pensée et surtout remercier ceux qui se prête à la longue marche du Concept d’où qu’ils viennent et qui sont de plus en plus nombreux dans les cercles que j’ai construit ces dernières années.

Lire la suite ICI.


Voir en ligne : https://loicchaigneau.substack.com/...


[1Loïc Chaigneau, surnommé "le Vlassov français", est né en 1993. C’est un philosophe français dont l’œuvre et l’engagement intellectuel s’inscrivent dans une volonté affirmée de résistance à l’ordre libéral contemporain à partir d’un point de vue nationaliste.

   

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