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Vous voulez lutter contre le narcotrafic ?
lundi 24 novembre 2025 par Mourad Madjoubi
Alors luttez contre le démantèlement du tissu associatif et d’éducation populaire que vous avez méthodiquement et méticuleusement organisé dès les années 2000 à l’aune des revues générales de politique publique, de suppressions de postes et de mépris pour tout ce qui ressemblait à une présence humaine non rentable — les éducateurs, les centres sociaux, les maisons de quartier, tout ce que vous avez remplacé par du vide et des appels à projets absurdes.
Alors luttez contre la mort lente des services publics que vous avez relookés en gestion de flux, où les policiers ont troqué les maillots de foot contre des casques lourds, où la Poste a fermé pour ouvrir des agences bancaires privées, où la Sécurité sociale est devenue une ligne téléphonique saturée, où le terrain a disparu et où vous avez remplacé les liens par du maintien, la présence par le contrôle, l’écoute par la répression.
Alors luttez contre l’inculture crasse que vous avez entretenue en détruisant tout effort, toute exigence, toute ambition de transmission, en laissant la jeunesse s’enfermer dans des caricatures qu’elle n’a même pas les moyens de produire, pendant que ceux qui peuvent vraiment “jouer les voyous” sont ceux qui n’en subiront jamais les conséquences — parce que les vrais jeunes de quartiers n’ont pas vraiment les moyens d’acheter légalement un billet pour aller voir Jul au vélodrome quand on y réfléchit bien.
Alors luttez contre la corruption que vous avez niée pendant vingt ans, celle qu’on vous racontait gamins dans les commerces, les caves, les commissariats, les trucs que personne ne croyait parce que ça ne passait pas au cinéma — jusqu’à ce que ça éclate, trop tard, toujours trop tard, et que vous découvriez en direct ce que les quartiers savaient depuis toujours.
Alors luttez contre le marché de la misère que vous avez laissé prospérer en traitant des pans entiers du territoire comme des zones de relégation, bonnes à sous-traiter à la débrouille, au noir, au “système D”, pendant que l’économie légale se retirait, que les loyers montaient, que les CDI disparaissaient, et que la seule entreprise qui embauchait sans CV, sans diplôme et sans piston… c’était le réseau.
Alors luttez contre les bailleurs sociaux qui ferment les yeux sur l’état des halls, les trafics visibles, les pressions sur les familles, parce que l’essentiel c’est que le loyer tombe, peu importe que les murs s’effondrent et que les gamins passent leur enfance à slalomer entre guetteurs et clients — tant que les charges sont payées et les façades repeintes pour les photos, tout va bien.
Alors luttez contre l’abandon scolaire que vous avez généralisé en transformant les établissements des quartiers populaires en zones d’attente, avec des profs jetés dans la fosse sans formation, sans renfort, sans suivi, des gamins à qui l’on a dit “vous n’êtes pas faits pour ça” dès la sixième, et qu’on a laissés glisser jusqu’à la sortie sans qu’aucune main ne les rattrape.
Alors luttez contre le blanchiment massif que vous refusez de regarder en face, pendant que l’argent du trafic s’infiltre dans l’immobilier, les commerces de luxe, les véhicules, les applications, les mandats cash, les comptes Nickel, tout un système parallèle que vous refusez de démonter, parce qu’il implique des gens bien plus hauts que ceux que vous coffrez pour dix barrettes et un billet de 20.
Alors luttez contre votre propre lâcheté politique, qui consiste à faire des conférences de presse à chaque saisie mais à ne jamais remettre en cause les fondations pourries du modèle, qui accepte la ghettoïsation, les écoles sous-dotées, les services publics absents, la relégation urbaine, et qui fabrique du trafic comme une usine fabrique des pièces : à la chaîne.
Qui suis-je pour dire ça ?
Juste un gamin du 13014, qui a grandi avec l’héroïne qui ravageait les halls d’immeubles et les grands dans les années 80, qui a vu les ravages du crack dans les années 90, et dont les seuls de sa génération à avoir été des trafiquants n’ont pas eu besoin qu’on leur fasse la guerre, car la rue ne fait pas de vieux. Un gamin dont la mère aura finalement fait 30 années dans un centre social de quartier à aider les familles, à voir les politiques changer, les subventions baisser, les bâtiments se vider, les gamins revenir — ou disparaître à jamais.
Un gamin qui s’est investi, bénévole pendant des années dans une asso, en plein cœur d’un des quartiers les plus criminogènes de Marseille et dont l’aventure s’est arrêtée justement à cause des réseaux. On avait d’ailleurs alerté à l’époque. Mais l’arrivée de Sarkozy au pouvoir avait fini le boulot en coupant définitivement notre unique poste salarié conventionné.
Pendant le confinement, j’avoue que les larmes me sont montées en retrouvant au hasard d’un carton les cartes d’adhérents qu’on faisait remplir aux gamins avec leur petites photos collées dessus. Il y en avait pas mal qui avaient finis carbonisés dans des coffres de voiture quelques années plus tard.
Alors non, dites pas “les narcotrafics”.
Dites pas “la guerre aux narcotrafics”.
Parce que ce n’est pas un monstre venu d’ailleurs.
C’est nous.
C’est vous.
C’est vos amis qui ne voient pas de mal à se taper une ligne en soirée.
C’est tous les renoncements, toutes les petites lâchetés, tous les idéaux qu’on a laissés mourir.
C’est l’école qu’on n’a pas soutenue, les éducateurs qu’on a laissés tomber, les quartiers qu’on a désertés, les services publics qu’on a privatisés, les rêves qu’on a remplacés par des slogans.
Et pendant que vous cherchez les coupables dans les cages d’escalier, d’autres vous vendent leur poison à eux — plus propre, plus élégant, mais tout aussi toxique.
La peur, le repli, l’oubli.
Eux aussi, ils dealent.
Mais dans vos têtes.


Messages
1. Vous voulez lutter contre le narcotrafic ?
24 novembre, 10:20 - par Jean Penichon
Je sais bien que la nouvelle lutte contre le « narcotrafic » doit préparer celle contre la Russie. Je sais bien que cette lutte s’inscrit dans le logiciel électoral nous assénant la notion de « sécurité » avant celles de liberté, d’égalité et de fraternité. Car la peur est la mère du besoin d’ordre. Mais celui-ci entraine souvent une perte de liberté, car tout dépend de celui qui s’occupe de mettre de l’ordre et au service de qui il le fait.
N’oublions pas que ce trafic de « narcotiques » permet un recyclage financier tel, qu’il n’est pas sans intérêt pour nos propres grandes banques. Il vaut donc mieux s’attaquer aux revendeurs qu’aux vrais bénéficiaires. N’oublions pas que la CIA l’a utilisé pour financer les Contras au Nicaragua, sans parler du Viet Nam et de l’Afganistan et que ce soi-disant trafic est pratiqué par l’impérialisme américain pour essayer d’obtenir un changement de régime au Venezuela.
Mais une fois encore on essaie de casser le thermomètre avant de s’attaquer aux causes, car en bon système capitaliste s’il-y-a des gens qui vendent de la drogue c’est parce qu’il-y-a des gens qui en achètent. Alors pourquoi ne pas engager une grande campagne (comme pour l’alcoolisme ou la cigarette) afin d’aider les consommateurs à sortir de leur addiction ?
Remarquez, ceux qui préfèrent se réfugier dans les « paradis artificiels » pour échapper à la dure réalité de notre société, ne s’attaqueront jamais à ceux qui en sont la cause, ce qui, sans doute, arrange bien nos gouvernants.
La lutte contre le « narcotrafic », en plus de vouloir nous faire peur et abolir nos libertés, n’est profitable qu’aux forces capitalistes et aux pouvoir impérialiste.
Ici, comme aux États-Unis…