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Merci Bernard !
mardi 25 novembre 2025 par ODM
Reconstruire Notre-Dame, secourir les Restos du Coeur, aider les hôpitaux face à la crise Covid, empêcher des chefs d’oeuvre artistiques d’être rachetés par de riches étrangers… Ces dernières années, les dons des milliardaires et de leurs entreprises ont bénéficié d’une forte médiatisation.
« Non, mais est-ce que vous pouvez dire : ’merci Bernard Arnault’ ? », demandaient il y a quelques années, de manière particulièrement pressante, des chroniqueurs de BFM à une députée.
Mais qu’y a-t-il vraiment derrière cet élan de générosité ? C’est ce qu’a voulu savoir l’Observatoire des multinationales en enquêtant sur le mécénat.
Un système très avantageux pour les entreprises et encouragé par un crédit d’impôt qui coûte de plus en plus cher à l’État : 1,7 milliard d’euros en 2024, presque deux fois plus que cinq ans auparavant.
Le crédit d’impôt mécénat profite majoritairement aux grands groupes. Et surtout il est extrêmement avantageux. Pour un don d’un million d’euros, une entreprise peut donc obtenir 250 000 euros de contreparties offertes par l’établissement qu’elle finance, sur lesquelles règne en général un secret absolu, et 600 000 euros de crédit d’impôt. Elle n’aura donc véritablement donné que… 150 000 euros, contre 250 000 pour l’établissement et 600 000 pour la collectivité.
Une précision que vous trouverez rarement dans les « remerciements aux mécènes ».
Alors que les budgets baissent pour la culture, les associations, l’enseignement supérieur, l’État encourage de plus en plus à recourir au mécénat. Mais cette politique a des effets pervers.
Elle profite majoritairement aux institutions qui sont déjà les plus prestigieuses et qui n’ont pas de mal à attirer les mécènes. Elle peut inciter les universités et les grandes écoles à privilégier certains sujets de recherche et d’enseignement et à éviter les thèmes qui pourraient déplaire aux mécènes.
Elle peut aussi pousser les musées à privilégier les grandes expositions ou les acquisitions, au détriment des investissements moins « glamour » dans la sécurité. On en a vu les résultats avec le cambriolage du Louvre.
Au final, le mécénat coûte relativement peu aux entreprises et leur rapporte beaucoup en termes de publicité et d’influence. Mais pour l’État et les simples citoyens, il coûte de plus en plus cher. Et risque même de nuire aux missions d’intérêt général qui devraient être celles des institutions culturelles et d’enseignement supérieur.
Notre série d’enquêtes est à retrouver en accès libre sur le site de l’Observatoire des multinationales :
Mécénat : derrière la manne d’argent, le silence est d’or
Comment LVMH a envahi le Louvre
Bonne lecture !

