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La matriochka européenne, ou la suprême incompétence
mercredi 26 novembre 2025 par Pepe Escobar
Le duo UE/OTAN reste cantonné au rôle de toutous pathétiques au bout du rouleau. C’est le prix à payer pour l’incompétence suprême.
On peut toujours miser sans risque sur les instincts politiquement suicidaires de l’UE post-orwellienne, cet acronyme d’une Europe virtuelle.
Appelez-les psychopathes bipolaires impubères ou gang de chihuahuas hystériques, rien n’y fait : pas une voix de la raison, qu’elle soit jupitérienne ou mercurienne, n’a pu faire comprendre aux marionnettes de Bruxelles et à leurs affidés dans la plupart des capitales européennes — oui, il y a des exceptions louables — que les vaincus ne dictent pas leurs conditions.
Et pourtant, ces sommités du Conseil de guerre — avec une mention spéciale pour la très toxique Pfizer Medusa et sa marionnette estonienne, tout juste apte à tenir un étal de harengs dans les pays baltes — s’entêtent à exiger la victoire du gang méga-corrompu de Kiev, jusqu’au dernier Ukrainien, et en prime, qu’il impose les conditions de sa non-capitulation.
La réalité du terrain est tout autre. Le plan A consiste à ne jamais discuter ni négocier avec la Russie. Et il n’y a toujours pas de plan B.
Ainsi, après le grand cirque de l’absurde en 28 points — lequel n’est même pas de Trump, mais un joyeux bric-à-brac concocté par les duettistes Witkoff-Dmitriev, avec quelques “idées” du néoconservateur Rubio et de l’agent sioniste véreux Jared Kushner —, les querelles ont pris une tournure incendiaire, avec un “contre-plan” d’urgence, soit tout simplement un manifeste de perdants.
Même Rubio s’est octroyé une minute de gloire, lançant : “Quel plan ?” Autant le baptiser “Le baiser de la mort européen”.
La Russie, elle, joue les Lao Tzu avec sa troupe de chiens errants enragés. Les conditions de négociation ont été fixées en détail par Poutine dès juin 2024. Elles ne sont pas négociables et permettraient d’entamer les négociations : Kiev se retirerait des quatre régions et s’engagerait formellement à ne jamais entrer dans l’OTAN.
Le “contre-plan” de l’UE prévoit, entre autres, un cessez-le-feu de 30 jours, les différends territoriaux restant à débattre ultérieurement. Tout serait donc figé sur la ligne de front actuelle, sans retrait de l’Ukraine des parties du Donbass qu’elle occupe encore.
Rien de tout cela, et bien plus encore, n’est acceptable pour le véritable vainqueur de la guerre, la Russie. Pas même si les troupes de l’OTAN entraient demain dans Moscou.
Le “contre-plan”, élaboré avec la coalition notoirement corrompue de Kiev, n’est donc qu’une opération de sabotage pour gagner du temps et acheter 6 000 milliards de dollars d’armes américaines pour leur guerre éternelle assumée. Moscou y trouve son compte, car l’opération militaire spéciale se poursuivra en mode « tambour battant ».
Les perdants sabotent tout plan de paix
Le contre-plan de l’UE en 24 points prévoit entre autres d’octroyer à l’Ukraine des garanties de sécurité juridiquement contraignantes fournies par l’Empire du Chaos et ses sous-fifres, soit une escroquerie de facto de l’article 5 de l’OTAN formulée différemment.
Sans oublier l’absence de restrictions sur les forces armées et l’industrie de défense ukrainiennes, le contrôle de la centrale nucléaire de Zaporozhye (Empire du Chaos compris) et du barrage de Kakhovka, l’accès libre au Dniepr et le contrôle du cap de Kinburn.
Et la cerise sur le gâteau : l’Ukraine serait “indemnisée financièrement”, notamment grâce aux avoirs souverains russes volés, qui resteraient entre les mains de l’Occident jusqu’à ce que Moscou verse une compensation.
Quant aux sanctions, elles pourraient être “partiellement” assouplies, mais uniquement après une “paix durable”, avec une réactivation automatique en cas de violation de l’accord.
Autrement dit, l’Occident peut sanctionner la Russie quand bon lui semble. Pas un mot sur les provocations de l’UE/OTAN utilisant l’Ukraine, le déclencheur de l’opération militaire spéciale.
Ainsi, ce que propose le “contre-plan”, manifestement élaboré par une bande d’eurocrates sans doute incapables de manier correctement une arme, est une réplique exacte du plan ayant provoqué la guerre en février 2022.
Une fois encore, la Russie fait preuve d’une patience infinie. Le plan Trump, qui n’est pas le sien, fait figure de “base acceptable” pour de nouvelles négociations sérieuses, sans le concours encombrant – et inutile –des fanatiques.
Pas mieux pour l’instant.
Après tout, la Russie bénéficie d’une longue liste d’avantages inégalés sur le champ de bataille : adaptation systémique et tactique, domination écrasante des opérations de drones (drones FPV avec fibre optique), bombes intelligentes longue portée.
Le “contre-plan” des chihuahusa appelle essentiellement à un conflit gelé, à une Ukraine et à une OTAN remilitarisées, et, in fine, à une guerre perpétuelle contre la Russie. Le “contre-plan” a déjà métaphoriquement démoli le plan Trump original — même s’il n’est pas de lui.
Le “contre-plan” relève également de la tactique de diversion, alors que le fléau de la corruption à Kiev est en passe d’être exposé par l’enquête du NABU, et que le représentant russe à l’ONU, Nebenzya, avertit depuis toujours le Conseil de sécurité de l’ONU que “vous avez affaire à une mafia corrompue de profiteurs de guerre”.
Il a également fait remarquer à juste titre qu’aucun pays occidental n’a émis le moindre commentaire sur le scandale de la corruption à Kiev. Et pour cause, car une enquête en bonne et due forme suivrait inévitablement la chaîne de commandement de la corruption jusqu’aux cercles décisionnels de Washington et de Bruxelles.
Le vide métaphysique des “élites” de l’UE
Dans son ouvrage révolutionnaire La Défaite de l’Occident, publié en France au début de l’année dernière (la première critique en anglais est disponible ici), Emmanuel Todd a été le premier analyste européen à se pencher sur le malaise de l’UE, parallèlement à l’analyse approfondie de la guerre par procuration en Ukraine qu’il a réalisée.
Récemment, lors d’une remarquable conférence à Hiroshima, il a établi un lien surprenant entre la russophobie et le protestantisme. Voici quelques passages méritant d’être cités in extenso :
- “Ce qu’on a vu apparaître récemment en Europe, c’est une russophobie spécifiquement européenne, un bellicisme spécifiquement européen, centré sur l’Europe du Nord, sur l’Europe protestante.
- “L’Europe protestante, c’est le Royaume-Uni, c’est la majorité de l’Allemagne, c’est la Scandinavie, c’est deux des pays baltes sur trois. J’ai été en contact ou même visité plusieurs pays à la suite des traductions de mon dernier livre, et j’ai pu constater que l’Espagne, l’Italie, les pays catholiques en général, ne sont ni russophobes, ni bellicistes”.
Selon Todd, le protestantisme est
- “plus dangereux dans son état zéro que le catholicisme : le protestantisme est plus capable de laisser derrière lui une société nihiliste. Le protestantisme, et on pourrait dire la même chose du judaïsme, était une religion très exigeante. Il y avait Dieu, il y avait le fidèle, et le monde était secondaire. La beauté du monde, en particulier, était rejetée, notamment à cause de l’interdiction des images et des arts visuels. Lorsque de telles religions, obsédées par la transcendance, disparaissent, il ne reste plus rien. Le monde lui-même n’est pas intéressant, il est vide. Ce vide intense ouvre la porte à un nihilisme particulier.
- “Le catholicisme est une religion moins exigeante, plus humaine, qui peut accepter l’idée que le monde est, en lui-même, beau. Les images n’ont pas été rejetées dans le monde catholique, et le monde catholique est rempli de merveilles artistiques. Dans un pays catholique, si vous perdez Dieu, il vous reste le sentiment de cette beauté du monde. Si vous êtes français, il vous reste le sentiment que vous vivez – une illusion sans doute – dans le plus beau pays du monde”.
La réalité est toutefois un peu plus nuancée. Et qu’en est-il des croisades et de l’Inquisition espagnole, ces deux périodes particulièrement sanglantes ? L’Allemagne n’a d’ailleurs été poussée à la russophobie que par une campagne d’influence massive, contrairement aux pays baltes.
La plupart des pays protestants d’Europe sont en réalité athées, et l’étape suivante de l’athéisme est le nihilisme. La Roumanie est majoritairement orthodoxe – où la haine de la Russie est un sport national. Le protestantisme est un christianisme turbocompressé à l’ère du capitalisme.
Le conflit principal oppose donc le néolibéralisme occidental radical à la Russie chrétienne orthodoxe.
Revenons à l’essentiel. Ceux d’entre nous qui parviennent à faire tourner quelques neurones savent que le régime de l’OTAN à Kiev ne fonctionne que grâce au vol et au pillage pur et simple. Il n’y a plus d’électricité. Le chauffage est en grande partie inexistant. L’armée encaisse des revers sur toute l’étendue de la ligne de front, longue de 1 200 km.
Pourtant, les élites de l’UE, dont la direction à Bruxelles suit aveuglément les ordres, ont investi sans retenue dans la destruction et le pillage inévitables de la Russie (dans leurs rêves) !
Voilà pourquoi il n’y a jamais eu de plan B.
Si l’UE capitule maintenant et admet qu’elle est l’éternelle perdante de cet épisode désastreux, la débâcle économique risque d’être épique. Le duo UE/OTAN ne peut jouer qu’un rôle peu glorieux de toutous pathétiques enragés. C’est le prix à payer pour l’incroyable stupidité façon matriochka : provoquer et menacer une superpuissance dotée de l’arsenal nucléaire et hypersonique le plus performant de la planète.
Leur “victoire” actuelle consiste à saboter le plan de “paix” déjà vacillant de Trump.
Tant d’horreurs en si peu de temps. Pour finir sur une note plus optimiste, je cède la parole à Monsieur Todd :
- “Si vous êtes italien, vous vivez effectivement dans le pays du monde où il y a le plus de belles choses, puisque l’Italie est en elle-même devenue un objet d’art. Dans de tels contextes, la peur du vide métaphysique est moins intense, et donc le risque de nihilisme moins grand. Selon moi le pays d’Europe le moins menacé par le nihilisme, c’est l’Italie, parce qu’en Italie tout est beau”.
Alors, évacuez le vide métaphysique, oubliez ces minis chiens de garde et savourez la beauté de l’Italie comme une œuvre d’art vivante.
Je compte bien suivre son conseil.
Traduit par Spirit of Free Speech
Voir en ligne : https://ssofidelis.substack.com/p/l...

