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Pourquoi l’Europe a cessé de compter

dimanche 30 novembre 2025 par Larry C. Johnson

Ce qui effraie tant la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ce n’est pas tant la défaite imminente de l’Ukraine face à la Russie que la perspective de leur propre obsolescence

S’il est indéniable que l’Europe a représenté, ces 500 dernières années, le fondement de la civilisation occidentale et qu’elle a jeté les bases de la révolution industrielle et des progrès de la science, elle est également responsable d’un héritage colonial meurtrier qui a infligé des souffrances humaines incalculables un peu partout dans le monde.
Avec les États-Unis, l’Europe a dominé le monde sur le plan financier ces trois derniers siècles. Mais l’heure de la décadence a sonné. Elle n’a plus sa place dans le nouvel ordre financier et politique émergent dans les pays du Sud, où la Chine et la Russie jouent un rôle majeur.

Autrefois forte de sa puissance militaire, l’Europe est aujourd’hui tout simplement démunie. Certes, les principales nations européennes, à savoir l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, conservent encore une certaine puissance militaire, mais leur statut de grandes puissances industrielles est révolu.
L’Europe est également largement dépourvue de ressources naturelles essentielles, et dépend des approvisionnements étrangers en pétrole et en gaz.

L’Europe, et plus particulièrement l’Union européenne (UE-27 plus les pays associés comme le Royaume-Uni, la Norvège et la Suisse pour les données commerciales), est un important producteur mondial de céréales. Elle dépend toutefois des importations pour combler les lacunes de sa production nationale, notamment pour les céréales fourragères comme le maïs, mais aussi certaines denrées de base comme le riz.

Le secteur céréalier de l’UE est globalement résilient, affichant un excédent net des exportations dans le commerce agroalimentaire au sens large de 70,1 milliards d’euros en 2023. Toutefois, les importations jouent un rôle essentiel dans la régulation de l’approvisionnement face aux aléas climatiques, à la forte demande en farines animales et aux crises géopolitiques, comme la guerre en Ukraine qui perturbe les exportations depuis la mer Noire.
Cette dépendance varie toutefois selon le type de céréales : l’UE est un exportateur net de blé et d’orge, mais un importateur net de maïs et de riz.

En résumé, l’Europe est modérément dépendante (10 à 15 % dans l’ensemble) : elle est à la fois exportatrice nette et vulnérable aux pénuries de maïs/aliments pour animaux et aux crises externes.

En termes de puissance militaire, l’Europe n’est qu’un tigre de papier totalement impuissant. Les trois grandes puissances européennes de l’OTAN, soit le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, ne peuvent rassembler qu’une force active combinée de 506 000 hommes. Si on y ajoute la Turquie, qui n’appartient pas à l’Europe sur le plan politique mais dispose de la deuxième plus grande armée de l’OTAN avec 355 000 soldats, on obtient un total de 861 000 soldats.

Dans ce contexte, les exigences européennes envers la Russie concernant l’armée ukrainienne sont pour le moins ironiques : les Européens exigent en effet que la Russie approuve la constitution d’une armée ukrainienne de 800 000 hommes. Bien que l’Ukraine ne soit pas membre de l’OTAN, elle l’est de facto depuis 1997. Si la Russie acceptait de répondre favorablement aux exigences européennes — ce que Moscou ne fera certainement pas —, l’Ukraine disposerait de la deuxième plus grande force militaire de l’OTAN, dépassant la Turquie et se classant juste derrière les États-Unis.

De nombreux facteurs relèguent l’Europe au rang d’acteur insignifiant, parmi lesquels des économies stagnantes et désindustrialisées, des gouvernements en proie aux divisions, accablés par une dette financière considérable, une balkanisation politique avec de nombreux gouvernements dirigés par des partis minoritaires dépourvus de soutien populaire, et le déclin du christianisme dans de nombreux pays clés.

Prenons l’exemple de l’évolution en cours au Royaume-Uni. En 1950, environ 85 à 90 % de la population britannique se déclarait chrétienne, d’après les meilleures statistiques historiques disponibles et les enquêtes sur l’appartenance religieuse de l’époque. En 2025, environ 46 % de la population britannique se dit chrétienne, d’après les données les plus récentes et exhaustives issues des recensements de 2021 en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord, ainsi que du recensement écossais de 2022.
Aucun recensement national majeur n’a en effet été effectué au Royaume-Uni en 2025. Ce chiffre reflète une baisse continue depuis 2011, date à laquelle la proportion de chrétiens atteignait 59,5 %, liée à la montée de la laïcité (les non-croyants représentent aujourd’hui environ 38 % de la population) et à la diversité liée à l’immigration.
Voilà pour la lutte pour Dieu et la patrie.

Le plan de paix proposé par Donald Trump pour mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine révèle l’impuissance de l’Europe. Si de nombreux États européens sont encore capables de faire des ravages, ils en sont réduits à supplier Trump de leur accorder une place à la table des négociations et de leur permettre d’exercer un droit de veto sur tout accord jugé trop favorable à la Russie.
Jusqu’à présent, Trump a répondu “non”, exaspérant de nombreux chefs de l’OTAN.
Mais quelle autre option ont-ils, à part bouder comme des ados contrariés ?

L’Europe est une puissance industrielle, financière, culturelle et militaire en déclin. Selon moi, ce qui effraie tant la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ce n’est pas tant la défaite imminente de l’Ukraine face à la Russie que la perspective de leur propre obsolescence.

Le postulat le plus grotesque des bellicistes européens serait que la Russie ambitionnerait de conquérir et d’occuper l’Europe...
Mais pour quoi faire ?
La Russie possède déjà tout ce dont elle a besoin et l’Europe n’a strictement rien à offrir.


Voir en ligne : https://ssofidelis.substack.com/p/p...

   

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