Le Manifeste

Un point de vue communiste sur l’actualité nationale et internationale

À l’exception de ceux signés « URC », tous les articles proposés sur ce site sont destinés à élargir notre champ de réflexion. Cela ne signifie donc pas forcément que nous approuvions la vision développée par les auteurs. L’utilisation des commentaires en fin d’article, permet à chacune et chacun de s’exprimer et de nourrir le débat démocratique.

Accueil |  Qui sommes-nous ? |  Rubriques |  Thèmes |  Cercle Manouchian : Université populaire |  Films |  Adhésion

Accueil > International > Côte d’Ivoire : L’ingérence impérialiste française dans les élections de 2025

Côte d’Ivoire : L’ingérence impérialiste française dans les élections de 2025

lundi 1er décembre 2025 par Yvan Boitrin

La Côte d’Ivoire offre une illustration parfaite de la perpétuation des mécanismes néocoloniaux français en Afrique. Sous le vernis des relations diplomatiques conventionnelles, se cache la réalité d’une domination impérialiste.

En 2011, usant frauduleusement d’une résolution de l’ONU, relative à la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, La France par les armes, imposa Alassane Ouattara à la présidence de la république.

Ancien directeur adjoint du FMI, formé au haut niveau des cercles économiques et financiers mondiaux, il incarnait aux yeux de l’Elysée, le garant par excellence de la stabilité économique et de la continuité des intérêts français en Côte d’Ivoire. Il exécuta dans la terreur pour le compte des impérialistes deux mandats présidentiels, 2010-2015 et 2015-2020.

En 2020, la France adouba sa candidature pour un troisième mandat illégal à la présidence de la république. En effet, la Constitution ivoirienne, adoptée en 2016, stipulait clairement la limitation des mandats présidentiels.

Justifier une troisième candidature constituait une violation flagrante de l’esprit et de la lettre de la loi fondamentale. Pourtant, face à cette forfaiture, la réaction française fut immédiate et sans ambiguïté : le Quai d’Orsay et l’Élysée apportèrent leur soutien sans réserve à la candidature de Ouattara, inaugurant ainsi le processus de légitimation des mandats anticonstitutionnels de Ouattara.

Le parapluie diplomatique déployé par la France pour soutenir le régime Ouattara fut particulièrement visible lors de la crise post-électorale de 2020. Alors que la plupart des observateurs indépendants dénonçaient un processus électoral vicié, la diplomatie française œuvra activement à la légitimation internationale des résultats.

Cette action s’opéra à travers plusieurs canaux dont les instances des Nations Unies, où la France utilisa son influence pour empêcher toute condamnation ferme du processus électoral vicié et au niveau de l’Union Européenne, où elle pesa de tout son poids pour obtenir une reconnaissance tacite des résultats.

En 2025, la France ne pouvait que soutenir cette autre forfaiture. Néanmoins, elle a fait croire aux autres bourgeois prêts à la servir, qu’elle reconsidérerait sa position. Dès les premiers mois de l’année 2025, les services de l’Élysée avaient intensifié leurs missions de reconnaissance en Côte d’Ivoire, rencontrant discrètement les différents prétendants à la succession.

Ces consultations, menées sous couvert de la neutralité, visaient en réalité à identifier le candidat le plus susceptible à garantir leurs intérêts. Le candidat Tidjane Thiam du PDCI, en alliance avec le PPA-CI de Gbagbo Laurent, allié ancré à gauche, n’inspirait pas confiance à l’impérialisme.

La présence militaire française, bien que formellement réduite avec « la rétrocession » du 43ème BIM à la Côte d’Ivoire, s’est en réalité renforcée depuis 2024 avec la perte des pays du Sahel. Les accords de défense secrets, toujours en vigueur, ont permis un renforcement discret des capacités de surveillance et d’intervention, garantissant que le déroulement du vote ne remette pas en cause les intérêts français.

La coopération militaire, constamment renforcée, a permis le placement d’officiers ivoiriens formés en France à des postes clés au sein de l’appareil sécuritaire.

Sur le plan économique, les rapports économiques révèlent une imbrication d’intérêts qui explique le soutien permanent de la France aux pouvoirs des hauts bourgeois.

Les multinationales françaises occupent des positions dominantes dans tous les secteurs clés de l’économie ivoirienne, notamment Bolloré dans les activités portuaires et aéroportuaires, Bouygues dans l’énergie électrique et l’eau, Total dans le pétrole, Orange dans les télécommunications, et plusieurs grands groupes dans l’agro-industrie, particulièrement dans la filière cacao où la Côte d’Ivoire est leader mondiale.

La préservation de ces intérêts économiques stratégiques constitue une préoccupation majeure de la diplomatie française.
Par ailleurs, le contrôle monétaire exercé à travers le franc CFA représente un autre pilier essentiel de la domination française.

Ce système monétaire, hérité de la période coloniale, permet à la France de maintenir une emprise directe sur l’économie ivoirienne à travers plusieurs mécanismes incluant la centralisation des réserves de change au Trésor français, la présence de représentants français dans les instances de décision de la BCEAO, et la garantie de convertibilité offerte par la France.

La position d’Alassane Ouattara, farouche défenseur du maintien de cette monnaie, a naturellement conforté Paris dans son soutien au président ivoirien.

L’influence médiatique française a aussi joué un rôle crucial dans la construction d’une narrative favorable au régime Ouattara. Les grands médias français, à travers leurs correspondants en Afrique et leurs éditorialistes spécialisés réactionnaires, ont largement relayé une image du pouvoir ivoirien, démocratique, soucieuse du respect des lois.

Ils ont volontairement omis, la violation de la constitution et des lois, les repressions massives, l’emprisonnement des opposants, présentant ainsi, le chef de l’Etat sortant comme un garant de la stabilité face à une opposition désordonnée, violente, ouverte sur des relations de bon voisinage avec les pays de l’AES.

Pendant la campagne électorale, les médias nationaux pro impérialistes, directement ou indirectement liés à des capitaux français ont systématiquement favorisé le candidat soutenu par Paris, tandis que les chaînes internationales comme RFI (Radio France Internationale) et France 24 ont offert une couverture biaisée, minimisant les irrégularités du processus, l’exclusion des principaux candidats de l’opposition.

L’ingérence française dans le maintien de Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire s’inscrit dans une stratégie plus large de maintien de l’influence française en Afrique, à un moment où cette influence est contestée par de nouvelles puissances, notamment la Chine et la Russie.

Les récentes évolutions politiques en Afrique de l’Ouest, marquées par la montée du sentiment souverainiste au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ont encore renforcé aux yeux de Paris l’importance stratégique de la Côte d’Ivoire comme dernier rempart de l’influence française dans la sous-région. Aussi, la France apparait comme le premier obstacle à dégager pour toute émancipation du peuple de Côte d’Ivoire.

Source : L’Éveil Politique, organe du PCR-CI

   

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.