Le Manifeste

Un point de vue communiste sur l’actualité nationale et internationale

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Pour nourrir notre réflexion sur la nation et ses variantes de classe.

mercredi 17 décembre 2025 par Bruno Drwreski

Pour alimenter cette réflexion nous vous proposons un texte de Bruno Drewski.
À discuter !

Il faut connaître cette citation importante de Lénine, qui doit nous démarquer des trotskistes (nihilistes de la question nationale), toutefois sans tomber dans la déviation de droite qui conduit à absolutiser la question nationale.

Lénine écrivait :

  • « Le sentiment de fierté nationale nous est-il étranger, à nous, prolétaires grands-russiens [1] conscients ? » demande Lénine, avant de répondre :

     « Bien sûr que non ! Nous aimons notre langue et notre patrie, nous travaillons sans relâche pour que ses masses laborieuses (c’est-à-dire plus de 9/10 de sa population) s’élèvent au niveau de démocrates et de socialistes conscients. Ce qui nous fait le plus mal, c’est de voir et de sentir comment les bourreaux tsaristes, la noblesse et les capitalistes violent notre belle patrie, l’oppriment et la maltraitent. Nous sommes fiers que ces violences aient suscité une résistance dans notre milieu, le milieu des Grands-Russiens, que ce milieu ait produit Radishtchev, les décembristes, les révolutionnaires razontchiks des années 70, que la classe ouvrière grand-russienne a créé en 1905 un puissant parti révolutionnaire de masse, que le paysan grand-russien a commencé à cette époque à devenir démocrate, à renverser le prêtre et le propriétaire terrien » [2].

Je pense que l’axe de notre pensée sur la nation, en France ici et maintenant, doit être avant tout territorial, c’est-à-dire qu’il doit partir du fait que sur un territoire donné et historiquement constitué vivent des populations qui cohabitent et qui ont des intérêts contradictoires qui se divisent en deux pôles :

  • 1. Celles qui ont toutes en commun intérêt au développement économique, agricole, industriel, artisanal, culturel, scientifique, ici et maintenant pour eux et pour leurs descendants, et
  • 2. Celles qui ont intérêt au "capital volatile" d’un territoire à un autre en fonction des possibilités d’exploitation des travailleurs "ici" ou "là-bas" et de mise en opposition des travailleurs sous tous les prétextes possibles, "race", religion, langue, etc. "là-bas" comme "ici", selon une logique capitaliste "ici" et impérialiste "là-bas".

Dans ce contexte, les survivances et héritages culturels, ethniques, religieux, régionaux, linguistiques, etc., existant sur le territoire français sont secondaires (n’en déplaise aux "régionalistes" et a fortiori aux séparatistes), ou tout au moins dépendant de l’axe central qui est la classe et son avenir sur le territoire politiquement, linguistiquement et historiquement constitué dans des frontières économiques et mentales intégrées dans les structures et les habitudes des populations, indépendamment de leurs origines, croyances, langues etc.
Et quoiqu’on pense de la façon autoritaire, voire criminelle et arbitraire, dont, à l’origine, s’est bâtie la France féodale puis capitaliste centralisée dont nous sommes issus par la force des choses et dont nous sommes encore "tributaires".

La meilleure preuve de cette situation objective est que tous les mouvements de masse, de revendications, auxquels nous assistons, de quelque fraction de la population qu’ils viennent, s’organisent dans le cadre territorial français et ne débordent pratiquement pas de ses frontières, même quand en face on parle la même langue, comme en Belgique. Que ce soit les "issus de l’immigration", les travailleurs de toutes origines ou les gilets jaunes, ces mouvements n’ont pas débordé des frontières nationales.

Il a toujours été illusoire de vouloir organiser par exemple des "grèves européennes" ...sauf en 1848 ...car si à cette époque il n’y avait pas d’UE, la conscience politique internationaliste avait atteint un plus haut degré qu’aujourd’hui en période de reflux provoqué justement en partie par l’UE qui n’est qu’un agent des impérialismes ouest-européens et un éteignoir social et culturel.

L’axe de nos luttes doit donc être de sortir de ces fausses contradictions et de proposer un avenir social et économique de progrès pour les habitants du territoire commun sur lequel nous vivons et vivrons tous, la "République française", dont il faut savoir dépasser les ambiguïtés et les contradictions congénitales à son système.
À la rigueur, il faudrait donc imaginer un drapeau permettant de symboliser, en plus du drapeau rouge international, cette réalité territoriale de toutes nos population, de tout le peuple de France, car le tricolore (à lui seul ?) ne répond pas à cette question car il peut aussi bien symboliser la population 1. que la population 2.

Est-ce qu’on doit penser dans cette situation à inventer un nouveau drapeau "national" comme l’URSS, la Chine populaire, la Corée du Nord ou le Vietnam, rajouter des emblèmes progressistes sur le vieux drapeau national comme la RDA, la Roumanie, la Yougoslavie, la Mongolie ou l’Albanie socialistes, etc ?
Ou garder le vieux drapeau national "intact" comme Cuba, la Tchécoslovaquie, la Pologne ou la Hongrie socialistes ?

On doit, ici en France, poser la question en fonction de notre propre rapport à notre impérialisme et à ses symboliques. La RDA, seul pays impérialiste passé au socialisme, a tranché en gardant le drapeau "national" allemand ambigu mais "républicain", tout en éliminant l’armoirie du Reich (l’aigle noir), et en inventant à la place une toute nouvelle armoirie prolétarienne placée sur le drapeau.

Que devons nous (ou devrons nous) envisager pour la France ?
Est-ce le moment ?
Quand est-ce qu’on doit ou devra poser la question ?

En tous cas, il faut commencer à la poser car le mouvement des gilets jaunes a prouvé que le peuple est en attente d’une symbolique qui soit la sienne et qu’il n’a pas trop su quoi faire. Il en va de même des populations des "régions" et des "issus de l’immigration" qui doivent aussi être prises en compte dans toute nouvelle symbolique intégratrice de tout le peuple de France que nous voulons former et mettre en mouvement "tous ensemble" vers la révolution.


[1Grand-russien est le terme utilisé pour distinguer ce qu’en français on appelle les Russes des Biélorussiens et des Petits-Russiens (Ukrainiens).

[2¹ V. I. Lénine, De la fierté nationale des Grands-Russiens, Œuvres, vol. 21, éd. cit., p. 96.

   

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