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Payer le prix fort pour le privilège de perdre, telle est la devise des élites européennes
mercredi 24 décembre 2025 par Pepe Escobar
Si les Européens manquent de certitudes, qu’ils relisent donc Tacite. En bon Romain, il considérait en effet que le sacrifice n’a de valeur que s’il est consenti pour le bien de la patrie. À son époque, c’était l’Empire romain. À la nôtre, c’est l’État-civilisation italien.
Tacite était un fervent défenseur de la résistance — il s’interrogeait sur l’héroïsme des condamnés au suicide par Néron et Domitien. Il a suivi toutes les batailles juridiques et la condamnation de martyrs laïques, comme Sénèque. Il les évoque avec respect, mais estime leur sacrifice inutile.
Tacite n’a pas succombé à la tentation de l’héroïsme et s’est demandé s’il existe, entre ferveur et servilité, un chemin exempt de vanité.
Quoi qu’il en soit, il doutait de l’avenir de Rome. Il a vécu sous un système dictatorial, à l’image de l’Union européenne (UE) et de la Commission européenne (CE) d’aujourd’hui, et conclu que l’exercice du pouvoir absolu est tout aussi néfaste que de s’y soumettre.
Les questions qui le taraudaient sont éternelles. Un peuple protagoniste et dominateur de l’Histoire en est-il digne ?
Les gouvernants sont-ils capables de raison garder ?
Et pour les soumis, que faire pour préserver sa dignité ?
Tacite ne s’intéressait qu’à la dimension morale de l’Histoire et de la politique.
Selon lui, l’unique salut possible passait par le salut moral.
Il invoquait notamment quelques vers du brillant poète Lucain, également victime de Néron, qui écrivait que, face aux “pires calamités”, on constate que “les dieux ne se soucient pas de notre sécurité, mais de nous punir”, (Pharsale, livre I, vers 109-110).
Tous ces questionnements sont d’actualité pour les Européens, sous le joug d’élites bellicistes d’une médiocrité abyssale, précipitant le continent dans un chaos bien plus dévastateur que la décadence de Rome. Et “les dieux” ignorent royalement les épreuves infligées aux simples mortels, à savoir les contribuables.
Jeter l’argent par les fenêtres
Voici la dernière arnaque de l’élite européenne : la décision de prêter 90 milliards d’euros à l’“organisation criminelle” de Kiev, selon la terminologie du président Poutine, pour la période 2026-2027, à un taux d’intérêt de 0 %.
La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque ont officiellement refusé de participer à cette escroquerie.
Cet emprunt conjoint de l’UE, qui n’a pas les fonds nécessaires en propre, se convertit automatiquement en dette de l’UE. Ce sont les contribuables de toute l’UE qui en paieront le prix. Non seulement ils seront privés de 90 milliards d’euros de leurs revenus durement gagnés, auxquels s’ajoutent des impôts élevés, mais ils devront aussi rémunérer les banques européennes pour ce dispendieux “cadeau”.
Dans les arcanes de la Commission européenne à Bruxelles, chacun sait que les États membres de l’UE devront payer plus de 3 milliards d’euros par an rien qu’en intérêts.
Conclusion inévitable, les fonds destinés aux services de santé, à l’éducation et aux prestations sociales se verront encore plus restreints qu’aujourd’hui.
En outre, rappelons que ce prêt avantageux ne suffira qu’à maintenir la junte de Kiev en vie pour deux ans. Puis viendra une arnaque supplémentaire. Et encore, ce prêt ne couvrira pas les besoins de 2026-2027, puisqu’il ne comble que les deux tiers du puits sans fond ukrainien.
Les conditions du prêt sont hallucinantes. Kiev devra le rembourser si, et seulement si elle reçoit une “réparation intégrale” de la part de la Russie, hypothèse hautement improbable. La Commission européenne à Bruxelles a chiffré le montant total à plus de 500 milliards d’euros.
Mais ce n’est pas tout. Avant d’accorder ce prêt, la Commission européenne a déclaré l’Ukraine insolvable et annoncé qu’elle ne s’engagerait pas financièrement auprès de Kiev. Elle a néanmoins fini par proposer ce dernier prêt extrêmement avantageux : un financement direct, une subvention de facto.
Selon le négociateur en chef ukrainien, Rustem Umerov,
“deux scénarios sont possibles :
- 1) si le conflit prend fin, les fonds serviront à la reconstruction du pays.
- 2) si l’agression se poursuit, l’Ukraine prévoit de consacrer 40 à 45 milliards d’euros par an à la défense et à la sécurité”.
Ces deux scénarios relèvent de l’absurde.
– Primo, Moscou, en tant que vainqueur du conflit, n’acceptera jamais de financer la reconstruction de l’Ukraine via son fonds souverain, confisqué par les Européens. - ------ - Secundo, le régime de Kiev cherche déjà à obtenir davantage d’argent facile, sous-entendant ainsi que “l’agression se poursuit”.
Tout ce remue-ménage n’est dû qu’à l’incapacité de l’UE à piller définitivement les fonds souverains russes, malgré une avalanche de spéculations sur les traîtres (notamment le Petit Roi français qui aurait laissé tomber le chancelier allemand BlackRock à la dernière étape des négociations).
Ce qui importe désormais, c’est que quelques économistes dont le QI excède la température ambiante à Bruxelles ont averti leurs “dirigeants” que si le “vol” (selon les termes de Poutine) des fonds souverains russes se poursuit, les nations détenant ces fonds, de l’Asie au golfe Persique, risquent de ne plus envisager leurs partenariats comme une opportunité économique, mais comme un investissement à haut risque, avec des conséquences catastrophiques.
À Moscou, personne n’est dupe. Le vice-président du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, a fait remarquer que les “voleurs de Bruxelles” n’ont pas renoncé à leurs plans. De plus, Medusa la toxique, à la tête de la Commission européenne, a déjà fait savoir que les actifs russes ne pourront être débloqués que par un vote à la majorité des deux tiers ou des trois quarts des États membres.
Tacite aurait certainement approuvé l’évaluation lapidaire de Poutine sur l’UE : “Ils [l’ancienne administration américaine] croyaient que la Russie pouvait être facilement démantelée. Les ‘cupides laquais’ européens se sont immédiatement ralliés aux manœuvres de l’ancienne administration américaine, espérant tirer profit de l’effondrement de notre pays : récupérer ce qui aurait été ‘perdu’ par le passé et prendre leur revanche. Comme tout le monde peut désormais le constater, toutes ces tentatives, tous ces objectifs destructeurs pour la Russie, se sont soldés par un échec cuisant”.
Garder un œil sur les emprunts européens
Le prêt avantageux de 90 milliards d’euros n’est que la partie émergée de l’iceberg. À cela s’ajoutent les fonds, encore hypothétiques, destinés à armer Kiev et à acheter du gaz, du carburant et de l’électricité, car l’Ukraine est totalement dépendante de l’UE. De plus, l’UE a perdu le marché russe : en 2021, avant le début de l’opération militaire spéciale, elle exportait pour 90 milliards d’euros par an vers la Russie.
Le débat sur les fonds nécessaires à la reconstruction de l’Ukraine prend désormais des proportions inquiétantes. Selon une étude de la Banque mondiale de 2024, ce montant s’élèverait à 600 milliards d’euros, que l’UE devrait payer intégralement, alors qu’elle s’enferme dans une mentalité de guerre éternelle.
Mais à la cadence où la Russie bombarde actuellement les infrastructures militaires ukrainiennes clés, le coût final des agissements de l’Europe — après Napoléon et Hitler, c’est maintenant le tour de la coalition cauchemardesque UE/OTAN — pourrait facilement atteindre et dépasser 1 000 milliards d’euros.
Avec pour corollaire la désindustrialisation de l’Europe, le déclin de sa compétitivité mondiale, son exclusion du marché russe, une série de taxes douanières américaines et une vassalisation totale imposée par l’Empire du chaos.
Comme si le tableau n’était pas déjà assez sombre, les experts financiers allemands avertissent que les taux d’intérêt des obligations européennes augmentent dangereusement.
Qui serait assez naïf pour prêter de l’argent à ces “élites” en guerre perpétuelle à un taux d’intérêt avantageux ?
Désormais, le défi consiste donc à prendre des risques considérables au niveau systémique. On peut citer, entre autres, le refinancement de la dette par les gouvernements à des taux plus élevés, le rééchelonnement de la dette des entreprises dans des conditions encore plus défavorables, ou encore les restrictions des conditions de prêt appliquées par les banques.
En résumé, ces bilans fragiles font fuir les investisseurs. Les obligations constituent d’ailleurs les premières victimes, car elles se basent sur les flux de trésorerie et non sur les discours bellicistes du Vieux Continent.
Toutes les crises majeures s’accompagnent d’une hausse des taux d’intérêt. Un taux de 0 % pour l’Ukraine ne relève même pas du conte de fées pour les investisseurs. Avant tout, c’est ce que les requins de la finance vont facturer sur cette belle subvention de 90 milliards qui doit être évalué.
N’espérez surtout pas voir l’Europe se mobiliser soudainement pour sauver les derniers vestiges de la civilisation.
Il faudrait des générations pour que cela se produise.
En attendant, on applique les principes de Tacite : les dieux se délectent visiblement des châtiments infligés aux simples mortels, en l’occurrence les contribuables.
Voir en ligne : https://ssofidelis.substack.com/p/p...

