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Retour sur les élections présidentielles au Chili

lundi 29 décembre 2025 par André FADDA + PDL et CS

Au Chili, Gabriel Boric et ses alliés du Frente Amplio portent une lourde responsabilité dans la création des conditions qui ont permis l’arrivée de la « peste noire ».
Les résultats de l’élection présidentielle ne sont en rien le fruit du hasard.

Comme l’annonçaient les sondages, le fasciste José Antonio Kast a remporté les élections présidentielles du 14 décembre au Chili.
Avec 58,2 % des suffrages, il a largement dépassé les 41,8 % obtenus par la candidate du gouvernement, JeanneMe Jara.

En plus, le candidat fasciste a recueilli 7 225 021 voix, devenant ainsi le président le plus voté de l’histoire du pays et a gagné dans toutes les régions.

Ce résultat illustre l’ampleur de la défaite subie par Gabriel Boric et son gouvernement, arrivé au pouvoir en 2021 à la suite de la rébellion populaire de 2019. Bien qu’il ait suscité d’immenses attentes au sein des forces de gauche et dans certains secteurs du mouvement social, la fin de son mandat résulte d’une profonde déception, due aux successifs renoncements à une véritable politique de gauche.

S’appuyant sur les immenses attentes des secteurs populaires, les jeunes et une partie du mouvement ouvrier, Boric avait fait croire à une rupture avec les politiques néolibérales qui secouaient le Chili depuis la dictature de Pinochet. Mais la fin de son mandat s’est caractérisée par un profond désenchantement, conséquence d’une succession de renoncements stratégiques, politiques et idéologiques qui ont vidé son projet électoral de tout contenu réellement progressiste, de classe et rupturiste.

Très rapidement, le gouvernement Boric a choisi la voie de l’adaptation aux institutions, de se mettre aux ordres du système en place et de ne pas entraver les intérêts du Capital, au lieu de transformer de fond en comble l’appareil militaro-judiciaire et de s’attaquer aux stratégies économiques et géopolitiques héritées de la dictature et toujours bien ancrées.
Cette orientation a ouvert un boulevard au fascisme.

José Antonio Kast, admirateur de Pinochet

José Antonio Kast, 59 ans, avocat de formation, est une figure historique de l’extrême droite chilienne. Issu d’une famille d’origine allemande installée à Paine, il est surnommé le « nazi de Paine », en référence non seulement à ses positions idéologiques, mais aussi au fait que son père fut membre du Parti nazi.

Lorsque Pinochet renversa le président socialiste Salvador Allende en 1973, la famille Kast, propriétaires terriens du sud de Santiago, a participé activement et a facilité la répression et la vengeance massives qui ont eu lieu à la suite du coup d’État (enlèvements, tortures, exécutions sommaires) contre les paysans qui avaient bénéficié de la Réforme agraire d’Allende.

Dans les années 1990, José Antonio Kast rejoint l’Union démocrate indépendante (UDI), parti néolibéral fondé par Jaime Guzmán, idéologue de la dictature de Pinochet et architecte de la Constitution de 1980. C’est au sein de cette formation qu’il a construit sa carrière politique : dirigeant de la jeunesse du parti, conseiller municipal, puis député durant 4 mandats consécutifs.

À partir de 2016, Kast rompt avec l’UDI et radicalise son discours. Après la rébellion populaire de 2019, il se positionne comme un acteur central de la contre-offensive de la bourgeoisie, assumant un rôle de défenseur de l’ordre, de la répression et de l’héritage pinochétiste.
Il fonde alors le Parti républicain.

Sur le plan international, Kast entretient des liens étroits avec l’extrême droite mondiale : le bolsonarisme au Brésil, VOX en Espagne, ainsi que des réseaux républicains étatsuniens. Lors de la campagne de 2021, il se fait remarquer par un discours ouvertement pro-Pinochet, déclarant que « si Pinochet était encore en vie, il voterait pour moi ».

En 2025, il a légèrement modifié son image, adoptant un discours de droite classique, tout en gardant l’essentiel de son programme : stigmatisation des migrants, politique sécuritaire ultra-répressive et promesse de coupes budgétaires massives, à hauteur de 6 milliards de dollars, qui ne pourront être appliquées qu’au détriment des conditions de vie de la classe ouvrière.

Boric et son gouvernement, responsables de la défaite

Pour comprendre la victoire de Kast, il faut analyser la politique exercée par le gouvernement Boric. Arrivé au pouvoir grâce à la mobilisation populaire de 2019, celui-ci a rapidement renoncé à s’appuyer sur les masses pour engager de véritables transformations sociales.

Sur le terrain institutionnel, Boric a accompagné, voire facilité, l’échec du processus d’une nouvelle Constitution. Il est bon de rappeler que Boric avait été élu pour en finir avec la Constitution de Pinochet. Mais finalement il a accepté les manœuvres de la droite et de l’extrême droite dont le but était de neutraliser et vider de son contenu toute perspective de changement structurel.
Il quittera le pouvoir en laissant intact le cadre constitutionnel de la dictature, symbolisant l’échec historique de la gauche réformiste chilienne.

Sur le plan social, Boric et son gouvernement ont refusé de répondre aux principales revendications portées par la rébellion de 2019 : amélioration des salaires et des retraites, accès universel à la santé et à l’éducation, fin de la précarité et des inégalités. Les conditions de vie des travailleurs ne se sont pas améliorées, tandis que l’inflation, la précarité de l’emploi et l’endettement ont continué de frapper brutalement la population.

Dans le sud du pays, Boric a poursuivi et renforcé la militarisation des territoires mapuches. La répression contre le peuple mapuche s’est intensifiée, avec des arrestations arbitraires, des emprisonnements politiques et des disparitions dénoncées par les organisations de défense des droits humains. Cette répression, assumée au nom de l’ « ordre public », s’inscrit dans une continuité directe avec les gouvernements de droite qui l’avaient précédé.

Les Mapuches défendent leurs terres face aux multinationales qui veulent piller le cuivre, le lithium, l’or, implanter des projets éoliens et étendre l’expansion forestière (pins et eucalyptus destinés à l’exportation), mettant en danger leurs terres agricoles, les rivières, leur culture et leurs lieux sacrés.

Dans le même temps, le maintien en prison de Mauricio Hernández Norambuena
« Commandant Ramiro », ancien dirigeant du Front Patriotique Manuel Rodríguez (FPMR), organisateur de l’embuscade manquée contre Pinochet en 1986, illustre le refus de rompre avec l’appareil militaro-policier et la justice d’exception héritée de la dictature et la criminalisation persistante de la résistance populaire.

Sur le plan international, Boric a opéré un alignement croissant avec la politique impérialiste des États-Unis. La visite au Chili de la générale Laura Richardson, cheffe du Commandement Sud de l’armée étatsunienne, depuis remplacée, a symbolisé cette subordination. Lors de cette visite, des accords avaient été conclus pour renforcer la présence et la coopération militaire étatsunienne en Terre de Feu, positionnant stratégiquement la région comme un avant-poste pour la projection impériale des États-Unis dans l’Antarctique et l’Atlantique Sud.
Ces concessions incluent l’usage des ports et bases aériennes chiliennes par les forces armées étatsuniennes, alignant la défense nationale sur les priorités stratégiques de Washington.

Par ailleurs, Boric et les membres de son gouvernement se sont illustrés par leurs positions contre le Venezuela, Cuba et le Nicaragua, reprenant le discours de l’impérialisme étatsunien et rompant avec toute tradition anti-impérialiste de la gauche latinoaméricaine.

Dans ce contexte de renoncements successifs, la campagne électorale menée par les forces réactionnaires s’est appuyée sur les thèmes qui leur sont chères : l’insécurité, la xénophobie et la répression, y compris dans le discours gouvernemental. Le gouvernement Boric lui-même a adopté des politiques migratoires répressives, ce qui a contribué à légitimer le programme de l’extrême droite.

La campagne de la candidate de la gauche avait perdu toute crédibilité. Comment Jeannette Jara et ses soutiens pouvaient-ils promettre une réforme structurelle du système de santé, si le gouvernement dont elle faisait partie avait choisi de secourir les assurances privées avec l’argent de leurs propres assurés ?
Comment dénoncer la concentration de richesses entre les mains d’une minorité, après avoir signé un contrat faramineux avec le gendre de Pinochet, bénéficiaire de privatisations frauduleuses ?
Comment revendiquer l’égalité tout en renonçant à mettre en œuvre une réforme fiscale plus juste ?
Comment critiquer les fonds de pension privés obligatoires, alors que la contre-réforme des retraites n’a même pas été abrogée ?

De plus, Boric a lui-même facilité son échec en cédant aux pressions de la droite et de l’extrême droite pour rétablir le vote obligatoire. Cette décision a précipité sa chute en mobilisant des secteurs conservateurs et dépolitisés, au détriment des masses populaires qui avaient été à l’origine de la révolte de 2019.

Comme on le constate également en Europe occidentale, l’extrême droite chilienne se nourrit de la désillusion et la colère sociale et apparaît comme une alternative « antisystème ».

Sans remettre en cause le capitalisme, mais en puisant dans le désespoir pour désigner du doigt des boucs émissaires : migrants, peuples autochtones, pauvres.
La victoire de Kast s’explique par un vote sanction contre Boric plus qu’une adhésion massive au fascisme. Cette contradiction ouvre un espace pour la résistance et la mobilisation, d’autant plus que les coupes budgétaires annoncées, les privatisations en vue et le pillage effréné des terres ancestrales mapuches, ne feront qu’approfondir la colère sociale.

D’ores et déjà, des réactions ne se font fait attendre.
Face à la situation créée par une défaite aussi écrasante, de nombreux militants du Parti communiste chilien, tant à l’extérieur du pays, où de nombreux communistes ont connu l’exil, la solidarité internationaliste et la continuité de la lutte, qu’à l’intérieur du Chili, élèvent leur protestation contre la politique suicidaire dans laquelle Gabriel Boric, Jeannette Jara et certains dirigeants communistes les ont entraîné.

Ils appellent ainsi à se lever, à ouvrir le débat, à résister et à reconstruire le Parti communiste du Chili sur des bases clairement ancrées dans la lutte de classe et l’anti-impérialisme.

   

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