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Le Figaro : « L’Europe se mouillera-t-elle pour le Groenland ? »

mardi 6 janvier 2026 par Renaud GIrard

Si les États-Unis intervenaient militairement au Groenland, il y a fort à parier que les Européens ne montreraient pas la moindre solidarité militaire avec le Danemark, et ne sanctionneraient même pas l’économie américaine.

Le lendemain de l’opération militaire américaine d’enlèvement à Caracas du président vénézuélien, Katie Miller, l’épouse du secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche, a partagé, sur le réseau social X, le 3 janvier 2026, une carte du Groenland aux couleurs du drapeau américain, assortie d’une légende lapidaire : « SOON » (bientôt).

Le message de Katie Miller doit être pris sérieux. Ce n’est pas une fofolle textant les lubies qui lui passent par la tête. C’est une militante républicaine de haut niveau, diplômée de deux universités américaines, qui travailla pour le parti dès 2014, pour parvenir à la fonction importante de patronne de la communication de la vice-présidence, sous la première Administration Trump. En février 2025, le 47e président des États-Unis la nomma membre du PIAB (President’s Intelligence Advisory Board), la structure d’une douzaine de personnes qui le conseille, au sein de la Maison-Blanche, sur les questions de renseignement.

En réaction à ce tweet provocateur, Mme Mette Frederiksen, première ministre du Danemark, royaume qui possédait déjà l’île du Groenland lorsque les États-Unis proclamèrent leur indépendance, a publié un communiqué sur Facebook exigeant de Washington d’arrêter de parler d’annexer ce vaste territoire glacé.

Situé au nord-est du continent nord-américain, grand comme quatre fois la France, mais peuplé de seulement 55.000 habitants, le Groenland, distant de 35 km du territoire canadien, et de 2 000 km du territoire russe, possède un intérêt stratégique évident pour une Amérique ressuscitant la doctrine Monroe, et soucieuse de défendre, face à toute incursion étrangère, l’« hémisphère occidental », qui va de l’Alaska à la Terre de Feu. Le fait que le Groenland recèle 1,5 million de tonnes de terres rares sur son territoire (contre 2 millions aux États-Unis, et 44 millions en Chine), n’est, en outre, pas indifférent au président américain.

Pour Trump, « être le plus grand du monde par son territoire »

Comme McKinley et Theodore Roosevelt, les deux seuls présidents cités dans son discours inaugural du 20 janvier 2025, Trump est fasciné par les territoires et les kilomètres carrés. Que la Russie, avec ses 17 millions de km2, soit plus vaste que les États-Unis, le contrarie. Si le Canada et le Groenland rejoignaient, d’une manière ou d’une autre, le territoire américain, Washington disposerait d’un territoire continu de 22 millions de km2, ce qui rendrait incontestablement l’Amérique « great again ». Être le plus grand du monde, pas seulement par son économie et son armée, mais aussi par son territoire…

Le royaume du Danemark a beau avoir décidé tout récemment de maintenir sa commande d’avions de chasse F-35 à l’Amérique, cette dernière persiste à le traiter avec une certaine désinvolture. En 2021, à un conseiller de l’Élysée qui lui vantait les mérites de l’idée macronienne d’« autonomie stratégique européenne », Mme Frederiksen avait sèchement répondu que son pays se sentirait toujours plus proche de Washington que de Paris.
Il y a parfois des phrases qu’on doit regretter d’avoir prononcées…

Le statut juridique du Groenland est compliqué. Territoire autonome, constitutif du royaume du Danemark (qui y conserve ses prérogatives en matière de relations extérieures, de défense et de sécurité), le Groenland avait adhéré en 1973 avec le Danemark à la CEE (désormais Union européenne). Mais le territoire autonome décida, douze ans plus tard, par référendum, de la quitter. Il ne fait donc plus partie de l’UE. Mais, en tant que sujets du roi du Danemark, ses habitants demeurent des citoyens européens.

Le nouvel « ordre » international inauguré par Donald Trump, rappelle comment, jadis, la république romaine traitait ses alliés et voisins. Comment réagira l’Europe si, demain, un régiment de fusiliers marins américains s’emparait du Groenland et y plantait la bannière étoilée, une hypothèse que personne ne peut plus exclure ?

Il y aura certainement beaucoup de cris à Copenhague, et, probablement, quelques déclarations réprobatrices dans les pays scandinaves. À Bruxelles, et dans les autres capitales européennes, les communiqués de condamnation seront plus alambiqués.

L’Europe réagira donc par de la salive et de la voix, mais elle ne fera strictement rien de concret.

Car en Europe, comme partout ailleurs, le droit suit la raison d’État et non l’inverse.

Imaginez-vous la Pologne prendre la moindre mesure antiaméricaine par solidarité avec les Danois, alors qu’elle tient, comme à la prunelle de ses yeux, à ses batteries de missiles installées sur son territoire par les Américains, et dirigées vers la Russie.

Imaginez-vous l’Italie, viscéralement attachée à Washington depuis 1945, prendre la moindre mesure pratique contre l’Amérique ? Bien sûr que non. Non seulement, les Européens ne montreront pas la moindre solidarité militaire avec le Danemark mais ils ne sanctionneront même pas l’économie américaine, à laquelle Mme von der Leyen, présidente de la Commission, s’est soumise le 27 juillet 2025, lorsqu’elle se rendit dans le golf privé de Trump en Écosse, pour y passer un « accord » avec lui.

Courageux mais pas téméraires, les chefs d’État et de gouvernement européens multiplieront néanmoins les embrassades publiques avec Mme Frederiksen, aux fins de la consoler.

Car, à la différence de M. Trump, ils sont, évidemment, pleins d’« humanité »…

Quand, il y a soixante ans, le général de Gaulle préconisa pour la France une défense indépendante et « tous azimuts », maints hommes politiques européens se demandèrent plus ou moins publiquement si le président français n’était pas devenu gâteux.

Il était simplement visionnaire.


Voir en ligne : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/r...

   

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