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Les États-Unis agressent parce que le monde unipolaire s’effondre

vendredi 23 janvier 2026 par Rita Martufi – Salvatore Izzo

« Cuba reste en temps de paix et concentrée sur ses propres problèmes. Elle ne cherche pas la guerre, mais elle n’est pas non plus sans défense. Se préparer à la défense est un droit et un devoir constitutionnel pour tout pays, mais manipuler l’opinion publique et transformer la “préparation” et la “révision et l’approbation des plans” en “déclaration de l’état de guerre” relève d’un journalisme irresponsable. »

C’est ce qu’affirme la chaîne TeleSur en commentant la prolifération de rumeurs sur une possible attaque impérialiste des États-Unis contre Cuba, semblable à celle du 3 janvier au Venezuela, qui aurait vu la séquestration du président légitime Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores.

Mais la stratégie criminelle des États-Unis est désormais claire : droits de douane et sanctions pour tenter de créer du mécontentement au sein des populations, et fake news pour maintenir sous pression les pays qu’ils projettent d’attaquer, comme ils le font avec le Venezuela et Cuba, mais aussi avec l’Iran — de la même manière qu’Israël agit contre l’Iran, la Syrie et le Liban. Une stratégie criminelle marquée par des attaques continues contre Gaza, la Cisjordanie et, depuis maintenant douze ans, le Yémen, que la coalition anglo-arabo-américaine rase régulièrement semaine après semaine à coups de bombes et de missiles, construits aussi en Sardaigne.

« Même si la disproportion des forces est évidente, à la fin — souligne Luciano Vasapollo — le courage et la détermination de ces peuples blessés triompheront, et surtout de ceux qui ont choisi de marcher ensemble pour construire la Grande Patrie imaginée par Simón Bolívar et que, malgré mille difficultés, on tente de réaliser à travers les intuitions géniales de Fidel Castro et Hugo Chávez. »

Professeur, de nombreux observateurs parlent aujourd’hui de « résurgences intégristes » dans la politique étrangère de Donald Trump à l’égard de l’Amérique latine. Comment interprétez-vous cette dynamique ?

Ce que nous observons n’est pas un phénomène isolé, mais la réaffirmation d’un modèle impérial en crise, qui cherche à rétablir la suprématie étasunienne dans un hémisphère de plus en plus autonome et résistant. Les attaques contre le Venezuela, Cuba et d’autres pays latino-américains sont l’expression d’une stratégie de domination qui ne peut tolérer de véritables alternatives au modèle néolibéral et impérialiste.

Les États-Unis réagissent par des sanctions, des pressions économiques et des accusations instrumentales précisément parce qu’ils voient s’effondrer le monde unipolaire qu’ils ont tenté de maintenir pendant des décennies.

Vous parlez souvent d’un monde « plus dialectique, anti-impérialiste et multicentrique ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement dans le contexte latino-américain actuel ?

Cela signifie que les contradictions historiques de la domination unipolaire étasunienne se heurtent à des forces qui promeuvent un ordre international différent : non pas simplement multilatéral, mais multicentrique, né de l’expérience d’alliances comme l’ALBA et des parcours révolutionnaires amorcés avec Cuba socialiste, puis avec le modèle communautaire vénézuélien.

Ces processus ne sont pas abstraits. Déjà en Asie et en Amérique latine, des expériences révolutionnaires comme au Nicaragua, en Chine et au Vietnam, ainsi que des modèles de rupture anti-impérialiste comme les BRICS, montrent qu’il est possible de construire des alternatives concrètes. La vision d’un monde où l’Europe et le Sud global dialoguent sur des bases différentes de celles imposées par Washington naît précisément de ces expériences.

Comment tout cela se rattache-t-il aux figures historiques de Martí, Bolívar et Che Guevara, ainsi qu’à la pensée gramscienne ?

Il existe une profonde continuité entre la pensée de José Martí, qui consacra sa vie à la construction d’une « Nuestra América indo-africaine » libérée de l’oppression coloniale, et les pratiques révolutionnaires de Fidel Castro, Hugo Chávez, Raúl Castro, Miguel Díaz-Canel et Nicolás Maduro. Martí fut une référence incontournable pour Fidel et, avec Bolívar, pour Chávez, comme source d’inspiration de l’action révolutionnaire.

Une révolution qui n’est pas seulement idéologie, mais praxis, dans laquelle pensée et action constituent la substance du devenir historique, social, politique et économique, dans une perspective démocratique et participative, opposée tant à l’impérialisme américain qu’à toute forme de néocolonialisme. Ce lien historique se reflète dans la construction de sociétés libres, justes et dotées d’une autodétermination politique fondée sur la souveraineté sur leurs propres ressources nationales.

Selon vous, que témoignent aujourd’hui les résistances héroïques des peuples cubain et vénézuélien dans ce cadre ?

Les résistances de Cuba et du Venezuela démontrent qu’un autre monde est possible, malgré le siège quotidien de l’agression impérialiste. Ces pays incarnent la continuité d’une lutte qui n’est pas simplement théorique, mais concrète et populaire.

La révolution n’est pas un acte de force, mais un acte profond d’amour envers la communauté, et la culture démocratique populaire qui s’y construit constitue un exemple de participation réelle du peuple à sa propre histoire. C’est un combat dans lequel des catégories d’analyse comme pensée-action sont décisives pour la transformation.

Trump et l’administration étasunienne affirment vouloir « rétablir la suprématie américaine » en Amérique latine. Comment évaluez-vous cette rhétorique ?

Elle fait partie d’un récit impérialiste qui n’accepte pas des modèles alternatifs de développement et de souveraineté. La rhétorique du rétablissement de la suprématie n’est qu’un habillage servant à justifier de nouvelles formes d’interventionnisme et de contrôle, en soumettant des pays comme le Venezuela à des pressions économiques, diplomatiques et à la guerre hybride.

C’est la même logique qui a permis par le passé d’imposer le contrôle sur le Panama ou de tenter d’asphyxier Cuba par des blocus économiques prolongés. La différence aujourd’hui est que ces dynamiques se heurtent à des forces qui refusent la subordination et construisent une solidarité internationale concrète.

Quel est alors le rôle de la gauche révolutionnaire face à ces défis ?

Retrouver pleinement l’enseignement de la pensée et de l’action révolutionnaires n’est pas seulement important, c’est stratégiquement décisif. La lutte pour la libération anti-impérialiste et la caractérisation anticapitaliste du conflit global sont centrales, surtout face à ceux qui se disent de gauche mais qui, dans les faits, enterrent ces idéaux.

Préserver et relancer la mémoire de Martí, Bolívar, Gramsci, Che Guevara, Fidel Castro et Chávez signifie continuer à lutter pour la souveraineté des peuples subalternes et pour une société libérée des oppressions économiques et politiques.

Dans une perspective concrète, quels développements peuvent être considérés comme des avancées de ce monde « multicentrique » ?

Les avancées se manifestent dans la construction concrète d’alliances et dans la capacité des pays latino-américains et d’autres États du Sud global à maintenir des politiques autonomes, à renforcer des démocraties participatives et à promouvoir des projets d’intégration anti-impérialiste.

Ce ne sont pas des processus parfaits, mais ils marquent des pas en avant par rapport à un système qui, jusqu’à récemment, semblait inébranlable. De la résistance de Cuba et du Venezuela à la formation de blocs comme les BRICS, nous vivons une époque où les contradictions géopolitiques ouvrent un espace à des convergences objectives entre culture, démocratie populaire et révolution comme pratique quotidienne d’émancipation.

Traduction URC (ICE)


Voir en ligne : https://contropiano.org/news/intern...

   

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