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Iran : le verrou eurasien

vendredi 23 janvier 2026 par Abbas al-Zein

La géographie de l’Iran en a fait un pivot stratégique qui ancrent la profondeur sud de la Russie et permet à la Chine d’échapper au confinement maritime américain.

Dans les couloirs où se prennent les décisions stratégiques américaines, l’Iran n’est plus traité comme un dossier régional distinct. Les relations avec Téhéran sont désormais indissociables de la compétition entre les grandes puissances. La coordination entre l’Iran, la Russie et la Chine a dépassé le stade de l’alignement situationnel pour se transformer en ce que les analystes occidentaux décrivent de plus en plus comme une forme de « synergie structurelle » qui sape la capacité de Washington à isoler ses rivaux.

Cette évaluation recoupe les conclusions du rapport du Carnegie Endowment sur les menaces futures pour les États-Unis, qui identifie l’Iran comme un « nœud central » du continent eurasien, empêchant l’isolement géographique de la Russie tout en garantissant les besoins énergétiques de la Chine hors de portée du contrôle naval américain.

Toute déstabilisation sérieuse de la République islamique ne resterait pas confinée à ses frontières. Elle se traduirait par un double blocus stratégique visant à la fois la Chine et la Russie : elle raviverait le chaos sécuritaire à l’intérieur de l’Eurasie tout en frappant les plateformes financières et énergétiques dont les puissances émergentes dépendent de plus en plus pour affaiblir la domination unipolaire.

La géographie comme profondeur stratégique

Pour Moscou, l’importance de l’Iran commence par sa géographie. Il offre à la Russie une ouverture géopolitique vitale au-delà de ses frontières immédiates. Selon les études du Club Valdai, l’importance de l’Iran ne réside pas dans une politique d’alliance formelle, mais dans sa fonction de seul pont terrestre reliant le cœur de l’Eurasie à l’océan Indien via le Corridor international de transport nord-sud (INSTC).

Cette route permet à la Russie de s’isoler de la pression maritime de l’OTAN dans la Baltique et la Méditerranée, transformant ainsi le territoire iranien en une profondeur stratégique qui protège le flanc sud de la Russie.

Cette interdépendance géographique a donné naissance à un intérêt politique commun qui va au-delà de la coordination tactique. La stabilité de l’État iranien agit comme un rempart contre la dérive du Caucase et de l’Asie centrale vers le type de fragmentation qui a précédé la guerre en Ukraine. Les recherches menées par le Conseil russe des affaires internationales (RIAC) présentent la géographie iranienne comme la pierre angulaire du concept de « Grande Eurasie », au cœur des efforts de Moscou pour diluer l’hégémonie occidentale sur le continent.

Pour Pékin, l’Iran joue un rôle comparable dans une équation stratégique différente. Alors que la pression navale américaine se renforce dans le Pacifique, l’extension de la Chine vers l’ouest via l’Iran est devenue de plus en plus difficile à remplacer. Les recherches du Conseil des relations étrangères (CFR) identifient l’Iran comme l’un des nœuds géographiques les plus critiques de l’initiative « Belt and Road » (BRI), offrant à Pékin un corridor terrestre vers l’Asie occidentale qui contourne les points d’étranglement maritimes contrôlés par les États-Unis, du détroit de Taiwan aux approches de la Méditerranée.

La position intermédiaire de l’Iran entre l’intérieur de l’Eurasie et la haute mer a donc imposé un enchevêtrement durable entre Téhéran, Moscou et Pékin. Dans cette configuration, l’alignement politique est moins motivé par l’idéologie que par la nécessité physico-géographique.
Toute tentative de déstabilisation du plateau iranien risquerait de déclencher un choc en cascade à l’intérieur de l’Eurasie, transformant une confrontation régionale en un blocus systémique visant à freiner la montée en puissance des centres de pouvoir rivaux.

État tampon et pare-feu de sécurité

Au-delà de la logistique, l’Iran fonctionne comme un tampon stabilisateur au sein de l’architecture de sécurité de l’Eurasie orientale. Un rapport de recherche de RAND sur « l’extension de la Russie » évoque des stratégies d’épuisement de l’adversaire qui mettent l’accent sur l’utilisation de l’instabilité périphérique pour affaiblir les puissances rivales. De ce point de vue, l’Iran représente un pare-feu essentiel.

L’instabilité à l’intérieur de l’Iran compromettrait mécaniquement la coordination en matière de sécurité dans toute la périphérie sud de la Russie, en particulier dans le Caucase et en Asie centrale. Les évaluations du RIAC avertissent qu’une telle rupture ouvrirait la voie à des réseaux extrémistes, à la contrebande transcontinentale et à la propagation du militantisme, menaces que Moscou a maintes fois qualifiées d’existentielles.

Pour la Chine, la préoccupation réside dans la contagion. La stabilité de l’Iran limite la propagation des troubles à travers les corridors montagneux d’Asie centrale, où Téhéran joue un rôle essentiel en tant que partenaire de sécurité au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Ce rôle offre à Pékin une certaine isolation en matière de sécurité, lui permettant de poursuivre ses ambitions mondiales sans être entraîné dans des conflits frontaliers épuisants.

Souveraineté énergétique et financière

Sur le plan économique, le rôle de l’Iran dépasse la logique commerciale conventionnelle. Ses partenariats avec la Russie et la Chine s’inscrivent de plus en plus dans une architecture financière et énergétique alternative conçue pour contrer l’influence occidentale.

Du point de vue de Pékin, le pétrole iranien est devenu une forme d’isolation stratégique. Les données indiquent que la Chine achète environ 1,3 million de barils par jour (bpj) de brut iranien, soit environ 13,4 % de ses importations de pétrole par voie maritime, près de 80 % des exportations iraniennes étant acheminées vers l’est. Le recours croissant à des mécanismes de règlement non libellés en dollars, notamment le yuan numérique, a encore réduit la vulnérabilité face à la pression américaine, en particulier aux points d’étranglement tels que le détroit de Malacca.

Les rapports de l’Electricity Hub confirment que la Chine a importé plus de 57 millions de tonnes de pétrole iranien – ou présumé iranien – en 2025, souvent acheminé via des intermédiaires tels que la Malaisie. Ces chiffres soulignent l’efficacité décroissante des sanctions face à la nécessité géoéconomique.

Le calcul de la Russie suit une voie différente pour aboutir au même résultat. La coopération avec l’Iran est devenue l’un des moyens les plus importants dont dispose Moscou pour contourner l’isolement imposé par le système SWIFT. Les données du gouvernement de la Fédération de Russie montrent que le commerce bilatéral a augmenté de 35 % à la suite de l’accord de libre-échange de l’Union économique eurasienne mis en œuvre en mai 2025.

Le changement central a été monétaire. En janvier 2025, la Banque centrale d’Iran a annoncé la connectivité totale entre les systèmes de paiement MIR russe et Shetab iranien, créant ainsi un corridor financier protégé. Selon les responsables iraniens, l’Iran et la Russie visent à étendre leur commerce bilatéral à 10 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, tandis que les exportations iraniennes vers la Russie devraient atteindre environ 1,4 milliard de dollars d’ici la fin de l’année civile iranienne en cours (20 mars 2026).

Téhéran fonctionne de plus en plus comme une plaque tournante de réexportation pour les technologies et les marchandises russes, ce qui contrecarre les efforts visant à isoler économiquement Moscou.

Traduction JP avec DeepL


Voir en ligne : https://thecradle.co/articles/iran-...

   

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