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Au Venezuela, renaissance et victoire du parti communiste
dimanche 25 janvier 2026 par Thierry Deronne
Depuis quelques années, des militant(e)s du monde entier reçoivent régulièrement des communiqués signés « parti communiste vénézuélien » dénonçant « le régime néolibéral de Maduro qui persécute les communistes, réprime les travailleurs, écrase les salaires, sème la terreur dans les milieux populaires comme le fait le fascisme ».
Par solidarité automatique, souvent de bonne foi, ils relaient ces messages sans se douter de la vraie nature de leur auteur, ni de la désinformation à laquelle ils participent. Car non seulement le vrai parti communiste vénézuélien soutient activement la révolution bolivarienne et rassemble la grande majorité des militant(e)s, mais il vient de réaliser un score historique aux législatives de mai 2025.
Un peu d’Histoire…
Fondé en 1931, le Parti Communiste du Venezuela (PCV) ne s’est jamais développé comme un fer de lance du prolétariat, mais comme une des niches disponibles de la façade pluraliste voulue par l’oligarchie pétro-rentière, quelque part entre social-démocratie et démocratie-chrétienne. L’éternel 1,5% du PCV aux élections et son opportunisme ont eu le don d’énerver tour à tour Fidel Castro et Hugo Chávez.
Un des problèmes de la gauche d’avant Chávez est d’avoir été dirigée par des fils de la bourgeoisie qui, par une curieuse synthèse de colonialisme et de marxisme, voyaient le peuple comme une « masse aliénée à qui il faut descendre la ligne politique ». Beaucoup rêvaient d’être les nouveaux Fidel Castro ou Che Guevara, laissant derrière eux un cimetière de martyrs, d’étudiant(e)s, de familles paysannes sacrifiées dans la lutte, et beaucoup d’espoirs déçus. Fatigué de ne jamais voir arriver le « grand soir », le peuple a fini par se tourner vers celui qui savait l’écouter et lui parler : un certain Hugo Chávez.
Dans la prison où l’a mené son insurrection civico-militaire contre la corruption gouvernementale, le soldat à la peau brune et d’origine modeste a compris que la révolution ne passerait jamais par cette gauche minoritaire, trop éloignée des masses, et que l’heure avait sonné de « déterrer la semence morte de la mangue pour en semer une nouvelle » [1].
Son « Projet National Simon Bolivar » réveille trois racines anticoloniales dans la mémoire populaire : Bolivar, Rodriguez, Zamora. L’alliance entre civils et militaires patriotes rappelle le képi vissé sur le chapeau paysan d’Ezequiel Zamora, le général des « terres et des hommes libres » (1817-1860). Le philosophe Simon Rodriguez (1769-1854) demande à l’Amérique libérée du joug espagnol par son ex-étudiant Simon Bolivar « d’inventer, d’être originale, de ne plus copier la vieille Europe » et propose comme modèle politique la « toparquia » – un gouvernement communard pour chaque territoire de la République.
Amnistié en 1994, le militaire bolivarien fait le pari de la voie électorale et entame une tournée nationale. Partout, des foules l’écoutent attentivement. Sa forte popularité irrite la direction du PCV. Chávez racontera à Ignacio Ramonet : « Le secrétaire général du Parti Communiste a affirmé, lorsque je suis sorti de prison, que « la présence du caudillo Chávez nuit au mouvement populaire ». Il s’opposait même à ce que je participe à des marches et à des manifestations. Ils n’avaient rien compris.
Ce qu’il y avait chez eux c’était de la récupération électorale et de l’opportunisme » [2]. En 1999, les exclu(e)s de toujours entrent enfin en politique, en élisant Chávez à la Présidence.
Bien que le PCV ne digère pas que le « peuple aliéné » lui ait préféré un fils de maîtres ruraux, il monte sur le porte-avions bolivarien et colle la photo de Chávez sur ses affiches pour augmenter son nombre de voix. Il exige ici des ministères, là des ambassades. Dans l’espoir secret que la révolution bolivarienne ne sera qu’une parenthèse et qu’il redeviendra le seul parti à gauche.
Mais le souffle de vie égalitariste des chavistes s’ancre profondément dans le paysage politique et garde l’appui de l’électorat. En 2020, le secrétaire général du PCV Oscar Figuera décrète soudain que le « socialisme du 21ᵉ siècle n’est pas une doctrine scientifique » et que « Nicolas Maduro n’est pas chaviste mais néolibéral ». La base du parti critique ce retournement de veste et s’inquiète de l’hémorragie de militants [3]. Figuera fait la sourde oreille et pour se perpétuer à la tête du parti, convoque un congrès limité à 80 « fidèles » au lieu des 400 délégué(e)s habituel(le)s.
En 2023, un groupe de militant(e)s saisit la justice. Le Tribunal Suprême leur donne finalement gain de cause. Une direction transitoire est nommée, sous la présidence du militant Henry Parra, pour organiser un congrès qui respecte les statuts légaux. « Des mercenaires du dictateur Maduro ! » dénonce Figuera dans les communiqués destinés au listing international des parti-frères, avant d’entamer la purge des « traîtres » : « après une longue enquête, le plenum de notre comité central a découvert que les responsables historiques de notre département de relations internationales – le député Carolus Wimmer et Ursula Aguilera – étaient en réalité des traîtres au service du régime de Maduro » [4].
Lire la suite :
De la renaissance à la victoire électorale du nouveau PCV
[1] Discours de Hugo Chávez à La Havane, décembre 1994, https://www.youtube.com/watch?v=oVLwamajpXo
[2] « Permettre l’utopie, organiser l’impossible » – Ma première vie, par Hugo Chávez (Conversations avec Ignacio Ramonet), https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/07/11/permettre-lutopie-organiser-limpossible-ma-premiere-vie-par-hugo-chavez-conversations-avec-ignacio-ramonet/. Quelques années plus tard, dans un contexte différent, Gustavo Petro fait la même analyse : “La gauche colombienne n’a jamais gagné la présidence parce qu’elle était trop petite, trop repliée sur elle-même et trop sectaire. L’ego de groupe est très nuisible avec sa « ligne correcte et puriste » et sa manière de regarder avec méfiance tout Colombien ou Colombienne qui ne ressemble pas à un cadre de gauche, que nous appelions autrefois un cadre révolutionnaire.”https://ultimasnoticias.com.ve/mundo/petro-pone-en-duda-continuidad-de-benedetti-en-el-cargo/
[3] En 2018 déjà, lors d’un congrès national du PC, les guérilleros survivants des années 60 avaient quitté la salle pour dénoncer cette dérive anti-Maduro : « c’est pour cette révolution que nous nous sommes tous battus, alors cesse d’insulter ceux qui sont morts pour elle ! » avaient-ils lancé à Oscar Figuera.
[4] Voir le communiqué de Figuera justifiant cette purge, diffusé sans réserve par des sites comme Solidnet : http://solidnet.org/article/CP-of-Venezuela-On-the-expulsion-of-Carolus-Wimmer-and-Ursula-Aguilera-from-the-PCVs-ranks/ ou https://mouvementcommuniste.over-blog.com/2024/08/parti-communiste-du-venezuela-sur-l-expulsion-de-carolus-wimmer-et-ursula-aguilera-des-rangs-du-parti.html

