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Les Kurdes de Syrie ont été vendus à Paris

mercredi 28 janvier 2026 par Musa Ozugurlu

Comment les Kurdes de Syrie ont été éliminés de la fin de la partie menée par les États-Unis.

Paris a marqué le moment où Washington s’est discrètement aligné sur Ankara et Tel-Aviv pour clore le chapitre kurde de la guerre en Syrie.

Photo : Paris le 6 janvier 2026 : l’ambassadeur US en Turquie Tom Barrack, le MAE français Jean-Noël Barrot, le MAE syrien Asaad Al Shibani.

Les événements en Iran ont poussé de nombreux bienfaiteurs de l’humanité à appeler à une intervention militaire pour les mêmes motifs qui justifièrent la destruction de la Libye, de la Syrie et de l’Afghanistan. Nous en sommes au point d’espérer pour certains ou de craindre pour d’autres une intervention militaire américaine contre ce pays.

Mais dans la région, une autre situation fait réagir les bienfaiteurs de l’humanité, celle des Kurdes en Syrie dont les positions ont été battues en brèche par l’armée de celui qui a renversé le régime baathiste au point de ne plus contrôler qu’une portion congrue du territoire qu’ils administraient.

On entend des voix en France qui appellent le gouvernement à agir en faveur des Kurdes syriens au nom de l’honneur de la France.

Le problème est que si les Kurdes syriens ont été trahis par leurs « amis » américains et sionistes, cette trahison et ses modalités de concrétisation sur le terrain ont été définies à Paris le 6 janvier 2026. Ce qui n’empêche pas le porte-parole du Quai d’Orsay d’affirmer sans rire « Nous ne lâchons pas les Kurdes » en Syrie.

Il y a longtemps que la France ou plutôt ceux qui la gouvernent ont du mal à comprendre ce qu’est l’honneur ainsi que l’a démontré leur attitude pusillanime et hypocrite face aux crimes commis à Gaza, en Cisjordanie et au Liban par le régime sioniste.

Comment les Kurdes de Syrie ont été éliminés de la fin de la partie menée par les États-Unis

Pendant près de 15 ans, les drapeaux américains ont flotté en toute impunité sur le territoire syrien, des villes kurdes aux avant-postes pétroliers. Dans le nord-est, les Forces Démocratiques Syriennes (Syrian Defence Force, SDF), dominées par les Kurdes, tenaient des points de contrôle, les convois américains circulaient librement et les conseils locaux gouvernaient comme si cet arrangement était permanent.

L’occupation n’était pas officialisée, mais elle n’avait pas besoin de l’être. Tant que Washington restait sur place, l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) avait de facto un État sauf qu’il ‘nétait pas désigné ainsi.

Puis, durant la première semaine de janvier, cette illusion s’est dissipée . Ce qui tenait lieu de partenariat militaire a été discrètement démantelé dans les coulisses parisiennes – hors la présence des Kurdes, sans avertissement et sans résistance. En quelques jours, le plus fidèle allié de Washington en Syrie s’est retrouvé privé de sa protection.

Un effondrement qui n’a paru soudain que vu de l’extérieur.

Depuis la fin de l’année dernière, le paysage politique et militaire syrien a connu des bouleversements fulgurants. Le règne de l’ancien président syrien Bachar al-Assad a pris fin et, peu après, les SDF – longtemps considérées comme la force la plus disciplinée et organisée du pays – ont suivi la même trajectoire.

Pour les observateurs extérieurs ou peu avertis, l’effondrement des Forces de Défénse Syriennes a paru brutal, voire choquant. Pour de nombreux Syriens, notamment les Kurdes, le sentiment de victoire qui avait marqué les quatorze dernières années s’est dissipé en quelques jours. Il a été remplacé par la confusion, la peur et la prise de conscience grandissante que les garanties sur lesquelles ils comptaient n’avaient jamais existé.

Hayat Tahrir al-Sham (HTS), organisation militante extrémiste issue du Front al-Nosra, a progressé avec une force inattendue, réalisant des gains que peu d’analystes avaient prédits. Mais le plus frappant a été l’absence de résistance de la part de forces que l’on considérait, jusqu’à récemment, comme indispensables.

La question n’est donc pas de savoir comment cela s’est produit si rapidement, mais pourquoi le terrain avait déjà été déblayé.

L’illusion des positions stables

Les FDS ont vu le jour immédiatement après l’intervention menée par les États-Unis contre le gouvernement de Damas. Elles n’ont jamais eu vocation à être une formation exclusivement kurde. Dès le départ, leurs dirigeants ont compris qu’une approche ethnique exclusive nuirait à leur crédibilité internationale. Des tribus arabes et d’autres composantes non kurdes ont été intégrées afin de projeter l’image d’une force multiethnique et représentative.

Ironiquement, ces mêmes éléments tribaux allaient plus tard devenir l’une des lignes de fracture qui ont accéléré la désintégration des FDS.

Sur le plan militaire, le groupe avait tiré un avantage considérable des circonstances. Tandis que l’Armée Arabe Syrienne combattait sur de multiples fronts et redéployait ses forces vers des batailles stratégiques – notamment autour d’Alep –, les FDS étendaient leur territoire en rencontrant une résistance minimale. L’acquisition de territoire s’est faite moins par l’affrontement que par l’absence d’opposition militaire.

La décision de Washington d’intervenir en Syrie sous couvert de la lutte contre Assad, puis contre Daech, a conféré aux FDS leur atout le plus précieux : une légitimité internationale. Sous la protection américaine, le mouvement kurde a su transformer des décennies d’expérience politique régionale en une administration de facto autonome et fonctionnelle.

Il semblait que le vent de l’histoire tournait en leur faveur.

La ligne rouge fixée par la Turquie n’a jamais bougé.

Ankara a toujours maintenu deux objectifs en Syrie. Le premier était le départ d’Assad, un but pour lequel la Turquie était disposée à coopérer avec presque tous les acteurs, y compris les Kurdes. Des canaux de communication avaient été ouverts et des messages échangés. Par moments, la possibilité d’un accord semblait réelle.

Mais les dirigeants kurdes ont fait un choix stratégique. Convaincus que leur alliance avec les États-Unis leur donnait un avantage, ils ont fermé la porte et ont insisté pour poursuivre leur propre agenda.

Le second objectif de la Turquie est resté inchangé : empêcher l’émergence de toute entité politique kurde en Syrie. Une entité kurde reconnue à proximité menaçait de bouleverser l’équilibre régional et, plus important encore, d’encourager les aspirations kurdes au sein même de la Turquie.

Cette préoccupation finira par aligner les intérêts de la Turquie avec ceux d’acteurs auxquels elle s’était auparavant opposée.

Les priorités de Washington n’ont jamais été ambiguës.

Les États-Unis n’ont pas caché quels étaient leurs intérêts prioritaires au Moyen-Orient. Préserver leurs positions stratégiques était important. Mais la sécurité d’Israël primait sur tout.

L’opération « Inondation d’Al-Aqsa » lancée par le Hamas en octobre 2023 offrit à Washington et Tel-Aviv une occasion unique. Alors que la guerre génocidaire à Gaza se poursuivait et que l’Axe de la Résistance subissait une pression soutenue, les États-Unis obtinrent en Syrie, aux côtés des Kurdes, un nouveau partenaire plus flexible : Ahmad al-Sharaa, chef du HTS, anciennement connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Julani lorsqu’il dirigeait Al-Qaïda.

Le profil de Sharaa répondait à tous les critères. Ses positions sur Israël et la Palestine ne posaient aucun problème. Son appartenance à une communauté confessionnelle [sunnite, NdT] rassurait les capitales régionales. Son positionnement politique promettait une stabilité sans heurts. Là où les Assad avaient engendré cinq décennies de tensions, Sharaa offrait la prévisibilité.

For Washington and Tel Aviv, he represented a cleaner solution.

Pour Washington et Tel Aviv, il représentait une solution plus propre.

Concevoir une Syrie sans résistance

Avec Sharaa en place, Israël s’est retrouvé à pouvoir opérer en territoire syrien avec une facilité sans précédent. Les frappes aériennes se sont intensifiées. Les cibles qui, auparavant, risquaient de provoquer une escalade sont désormais atteintes sans riposte. Des soldats israéliens ont skié sur le mont Hermon et publié des selfies depuis des positions inaccessibles depuis des dizaines d’années.

Damas, pour la première fois dans l’histoire moderne, ne représentait aucun problème stratégique.

Plus important encore, la Syrie sous la charia est devenue pleinement accessible aux capitaux étrangers. Le discours sur les sanctions s’est assoupli tandis que des cadres de reconstruction se sont mis en place. L’économie politique de la guerre entra ainsi dans une nouvelle phase.

Dans ce contexte, une Syrie sans les FDS arrangeait tous les acteurs concernés. Pour la Turquie, cela signifiait éliminer la question kurde. Pour Israël, cela signifiait une absence de résistance à sa frontière nord. Pour Washington, cela signifiait un État syrien redessiné, aligné sur son architecture régionale.

Le nom sur lequel ils se sont tous accordés était le même [celui d’Ahmad al-Sharaa, NdT].

Paris : lieu où la décision a été officialisée

Le 6 janvier, des délégations syrienne et israélienne se sont rencontrées à Paris sous l’égide des États-Unis. Il s’agissait de la première rencontre de ce type dans l’histoire des relations bilatérales. Officiellement, la réunion s’est articulée autour de questions prévisibles : le retrait israélien, la sécurité des frontières et les zones démilitarisées. Mais ces gros titres n’étaient qu’une façade.

Le communiqué conjoint évoquait plutôt des dispositifs permanents, le partage de renseignements et des mécanismes de coordination continue.

Pourtant, ces points étaient manifestement secondaires. Le véritable contenu des discussions transparaît dans les résultats qui se dessinent. Prenons l’extrait suivant de la déclaration :

  • « Les deux parties réaffirment leur engagement à œuvrer pour la mise en place d’accords de sécurité et de stabilité durables pour leurs pays respectifs. Elles ont décidé d’établir un mécanisme de fusion conjoint – une cellule de communication dédiée – afin de faciliter une coordination immédiate et continue en matière de partage de renseignements, de désescalade militaire, d’engagement diplomatique et d’opportunités commerciales, sous la supervision des États-Unis. »

Suite à cela, le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a « souligné… la nécessité de faire progresser la coopération économique au bénéfice des deux pays ».

Le journaliste Sterk Gulo fut parmi les premiers à relever les implications, écrivant qu’ une alliance s’est formée contre l’Administration autonome lors de la réunion tenue à Paris ».

À partir de ce moment, le sort des FDS était scellé.

La campagne de pressions d’Ankara

La Turquie travaillait depuis des années à cet objectif. Selon certaines informations, un accord conclu fin 2025 pour intégrer les unités des FDS à l’armée syrienne au niveau des divisions avait été bloqué au dernier moment en raison des objections d’Ankara. Même la disparition temporaire de Sharaa de la scène publique – qui a alimenté les rumeurs d’une tentative d’assassinat – avait été attribuée par certains à des affrontements internes sur cette question.

D’après plusieurs témoignages, l’ambassadeur des États Unis en Turquie, Tom Barrack, était présent à des réunions à Damas où des clauses favorables aux FDS ont été catégoriquement rejetées. Des affrontements physiques ont alors éclaté. Sharaa a disparu avant de réapparaître sans donner d’explication.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, était présent à Paris et a joué un rôle actif dans les négociations. Ses exigences étaient claires : le soutien américain aux FDS devait cesser et le «  corridor de David » [projet de liaison terrestre entre le plateau du Golan contrôlé par le régime sioniste et la frontière syro-irakienne,soit un territoire alors contrôlé par les Kurdes syriens NdT] devait être bloqué. En échange, la Turquie s’engageait à ne pas entraver les opérations israéliennes dans le sud de la Syrie .

Il s’agissait d’un alignement transactionnel – et cela a fonctionné.

Supprimer le dernier obstacle

L’affaiblissement des FDS a permis à Sharaa de consolider son pouvoir. Le contrôle du nord-est de la Syrie a permis à Damas de se concentrer sur des dossiers en suspens ailleurs, notamment la question druze.

Ce qui suivit était prévisible. Les affrontements à Alep avant le Nouvel An n’étaient que des galops essais. On avait déjà vu ce schéma auparavant.

En 2018, lors de l’opération turque Rameau d’olivier, les FDS avaient annoncé leur intention de défendre Afrin. Damas avait alors proposé de prendre le contrôle de la zone et d’organiser sa défense. Cette offre fut refusée, probablement sous la pression des États-Unis. La nuit où était attendue une résistance de la part des FDS ces dernières s’étaient retirées.

Le même scénario se répéta à Sheikh Maqsoud et à Achrafieh. La résistance dura plusieurs jours. Les approvisionnements en provenance de l’est de l’Euphrate n’arrivèrent jamais.
Le repli s’ensuivit.

Encore une fois, le retrait américain

Beaucoup considéraient que la ligne de l’Euphrate conservait toute son importance, que les avancées du HTS à l’ouest du fleuve ne se reproduiraient pas à l’est et que Washington interviendrait lorsque son allié kurde serait directement menacé.

Le choc fut brutal lorsque le HTS se dirigea vers Deir Ez-zor, provoquant la défection massive des tribus arabes. Ces tribus étaient stipendiées par les États-Unis. Le message était clair : les salaires seraient désormais versés par quelqu’un d’autre.

Pendant ce temps, les réunions entre Sharaa et les Kurdes, qui devaient officialiser des accords, ont été reportées à deux reprises, et des affrontements ont éclaté immédiatement après.

Washington avait déjà pris sa décision.

Les responsables américains ont tenté de convaincre les dirigeants kurdes d’une nouvelle vision : la participation à un État syrien unifié sans statut politique distinct. Les FDS ont rejeté cette proposition et exigé des garanties constitutionnelles. Elles ont également refusé de dissoudre leurs forces armées, invoquant des raisons de sécurité.

L’erreur du mouvement kurde a été de croire que l’histoire ne se répéterait pas.

L’Afghanistan aurait dû être un avertissement suffisant.

Ce qui reste

La Syrie est entrée dans une nouvelle phase. Le pouvoir s’organise désormais autour d’un triangle Turquie-Israël-États-Unis, Damas faisant office de centre administratif d’un projet conçu ailleurs.

Les Druzes sont les prochains sur la liste. Si la sécurité d’Israël est garantie par l’accord de Paris, les forces de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) finiront par avancer vers Soueïda.

Les Alaouites restent – isolés et exposés.

Les répercussions se font encore sentir. Le 20 janvier, les FDS ont annoncé leur retrait du camp d’Al-Hawl – un centre de détention pour des milliers de prisonniers de l’EI et leurs familles – dénonçant l’inaction de la communauté internationale. .

Damas a accusé les Kurdes d’avoir sciemment libéré les détenus. Les États-Unis, dont la base se situe à seulement deux kilomètres du lieu de cette importante évasion, ont refusé d’intervenir.

Le silence de Washington face au chaos qui règne près de ses propres sites militaires n’a fait que confirmer ce que les Kurdes sont désormais contraints d’accepter : l’alliance est terminée.

Au final, ce n’est pas seulement une force qui s’est effondrée. C’est toute une stratégie de survie, fondée sur l’espoir que les intérêts impériaux puissent un jour s’aligner sur les aspirations kurdes.

*Source : Mounadil al Djazaïri


Voir en ligne : https://mounadil.wordpress.com/2026...

   

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